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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 19

La perfection chrétienne (premier discours)

Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (Matthieu 5,48)

Au verset 43, le Sauveur dit : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n'agissent-ils pas de même ? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens aussi n'agissent-ils pas de même ? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »

En traitant de la perfection chrétienne, je me propose de suivre cet ordre :

I. Je montrerai ce qu'il ne faut pas entendre par ce commandement : « Soyez donc parfaits » ; autrement dit, ce que la perfection chrétienne n'est pas.

II. Je montrerai quelle est la perfection ici exigée.

III. Que cette perfection est un devoir.

IV. Qu'elle peut être atteinte ; et,

V. Je répondrai à quelques-unes des objections que l'on avance d'ordinaire contre la doctrine de la perfection chrétienne.

I. Je dois vous montrer ce que la perfection chrétienne n'est pas. 1. Il ne nous est pas demandé d'avoir les mêmes perfections naturelles que Dieu.

Dieu a deux sortes de perfections : les naturelles et les morales.

Ses perfections naturelles constituent sa nature, son essence ou sa constitution. Ce sont son éternité, son immutabilité, sa toute-puissance, etc. On les appelle perfections naturelles parce qu'elles n'ont aucun caractère moral. Elles ne sont pas volontaires. Dieu ne se les est pas données, car il ne s'est pas créé lui-même : il a existé de toute éternité, en pleine possession de tous ces attributs naturels. Dieu les possède tous à un degré infini. Ces perfections naturelles ne sont pas la perfection exigée ici. Les attributs de notre nature ont été créés en nous ; il ne nous est pas demandé de produire de nouveaux attributs naturels, et ce ne serait d'ailleurs pas possible. Il ne nous est pas demandé non plus de posséder aucun d'eux au degré où Dieu les possède.

2. La perfection exigée dans le texte n'est pas une perfection de connaissance, même dans les limites de nos facultés.

3. La perfection chrétienne, telle qu'elle est exigée ici, n'est pas l'absence de tentation, que celle-ci vienne de notre constitution ou des choses qui nous entourent. L'esprit peut être aussi durement éprouvé qu'on voudra par les appétits du corps, sans pécher pour autant. L'apôtre Jacques dit : « Chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. » Le péché n'est pas dans les tentations, mais dans le fait d'y céder. On peut être tenté par Satan, aussi bien que par les appétits ou par le monde, sans avoir de péché pour autant. Tout péché consiste à consentir volontairement aux désirs.

4. La perfection chrétienne n'implique pas non plus que l'on soit dispensé de ce qu'il faut entendre par le combat chrétien.

5. La perfection exigée n'est pas la perfection morale infinie qui est en Dieu ; car l'homme, étant une créature finie, n'est pas capable d'affections infinies. Dieu étant infini en lui-même, être parfait, pour lui, c'est être infiniment parfait. Mais cela ne nous est pas demandé.

II. Je dois montrer ce qu'est la perfection chrétienne, autrement dit quel est le devoir réellement exigé dans le texte.

C'est l'obéissance parfaite à la loi de Dieu. La loi de Dieu exige une bienveillance parfaite, désintéressée, impartiale : l'amour pour Dieu et l'amour pour notre prochain. Elle exige que nous soyons animés des mêmes sentiments que Dieu, et que nous agissions selon les mêmes principes que lui ; que nous laissions le moi hors de la question aussi constamment qu'il le fait, que nous soyons aussi séparés de l'égoïsme qu'il l'est ; en un mot, que nous soyons, à notre mesure, aussi parfaits que Dieu. Le christianisme exige que nous ne fassions ni plus ni moins que ce que prescrit la loi de Dieu. Rien de moins que cela n'est la perfection chrétienne. C'est être, moralement, tout aussi parfait que Dieu. Tout est compris là-dedans : sentir comme il sent, aimer ce qu'il aime et haïr ce qu'il hait, et pour les mêmes raisons qui le font aimer et haïr.

Dieu considère chaque être de l'univers selon sa valeur réelle. Il considère ses propres intérêts selon leur valeur réelle dans l'échelle des êtres, et pas davantage. Il exerce envers lui-même le même amour qu'il exige de nous, et pour la même raison. Il s'aime suprêmement, à la fois de l'amour de bienveillance et de l'amour de complaisance, parce qu'il est suprêmement excellent. Et il exige que nous l'aimions exactement ainsi, que nous l'aimions aussi parfaitement qu'il s'aime lui-même. Il s'aime de l'amour de bienveillance, c'est-à-dire qu'il considère son propre intérêt, sa gloire et son bonheur comme le bien suprême, parce que c'est le bien suprême. Et il exige que nous l'aimions de la même manière. Il s'aime d'une complaisance infinie, parce qu'il sait qu'il est infiniment digne et excellent, et il exige de nous la même chose. Il aime aussi son prochain comme lui-même : non au même degré qu'il s'aime lui-même, mais dans la même proportion, selon la valeur réelle de chacun. Du plus haut des anges jusqu'au plus petit des vers, il considère leur bonheur avec un amour parfait, selon ce qu'ils valent. C'est son devoir de se conformer à ces principes, tout autant que c'est le nôtre. Il ne peut pas plus que nous s'écarter de cette règle sans commettre un péché ; et s'il le faisait, ce serait plus grave que si nous le faisions, dans la mesure même où il est plus grand que nous. Dieu est infiniment obligé de le faire. Sa nature même, qui ne dépend pas de sa propre volonté mais qui est incréée, l'y oblige. Et il nous a créés êtres moraux, à son image, capables de nous conformer à la même règle que lui. Cette règle exige que nous ayons le même caractère que lui, que nous aimions aussi impartialement, d'un amour aussi parfait, que nous recherchions le bien des autres avec un regard aussi simple que le sien. Cela, et rien de moins, voilà la perfection chrétienne.

III. Je dois montrer que la perfection chrétienne est un devoir.

1. Cela ressort du fait que Dieu l'exige, à la fois sous la loi et sous l'Évangile.

Le commandement du texte : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait », est donné sous l'Évangile. Christ commande ici exactement la même chose que ce qu'exige la loi. Certains pensent qu'il nous est beaucoup moins demandé sous l'Évangile que sous la loi. Il est vrai que l'Évangile n'exige pas la perfection comme condition du salut. Mais aucune part de l'obligation de la loi n'est levée. L'Évangile tient ceux qui sont sous lui à la même sainteté que ceux qui sont sous la loi.

2. Je soutiens que la perfection chrétienne est un devoir, parce que Dieu n'a pas le droit d'exiger moins.

Dieu ne peut pas nous dispenser de l'obligation d'être parfaits, au sens où j'ai défini la perfection. S'il tentait de le faire, il donnerait, dans la même mesure, une permission de pécher. Il n'a aucun droit de donner une telle permission. Tant que nous sommes des êtres moraux, aucune puissance de l'univers ne peut nous dispenser de l'obligation d'être parfaits. Dieu peut-il nous dispenser de l'obligation de l'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée et de toute notre force ? Ce serait dire que Dieu ne mérite pas un tel amour. Et s'il ne peut pas nous dispenser de la loi tout entière, il ne peut pas non plus nous dispenser d'aucune de ses parties, pour la même raison.

3. Si quelqu'un prétendait que l'Évangile exige moins de sainteté que la loi, je lui demanderais de dire exactement combien il en exige de moins.

S'il nous est permis de nous arrêter en deçà de l'obéissance parfaite, où nous arrêterons-nous ? Jusqu'à quel point sommes-nous tenus d'être parfaits ? Où trouverez-vous dans la Bible une règle qui détermine de combien vous avez le droit d'être moins saints sous l'Évangile que vous ne le seriez sous la loi ? Dirons-nous que chacun doit en juger pour lui-même ? Alors je vous demande si vous pensez qu'il est de votre devoir d'être plus parfaits que vous ne l'êtes maintenant. Probablement tous répondraient : Oui. Pouvez-vous fixer un point où, une fois arrivés, vous pourrez dire : « Maintenant, je suis assez parfait ; il est vrai qu'il me reste un peu de péché, mais je suis allé aussi loin qu'il est de mon devoir d'aller en ce monde » ? D'où tirez-vous l'autorité d'une telle idée ? Non ; la vérité, c'est que tous ceux qui sont vraiment pieux sentent d'autant plus fortement l'obligation d'être parfaits, comme Dieu est parfait, qu'ils sont plus pieux.

IV. Je vais maintenant montrer que la perfection chrétienne peut être atteinte, ou qu'elle est praticable, dans cette vie.

1. On peut légitimement conclure que la perfection chrétienne peut être atteinte, du fait qu'elle est commandée.

Dieu nous commande-t-il d'être parfaits comme il est parfait, et dirons-nous pourtant que c'est une impossibilité ? Ne devons-nous pas toujours conclure, quand Dieu commande une chose, qu'il est naturellement possible de faire ce qu'il commande ? Je me souviens d'avoir entendu quelqu'un dire qu'il prêcherait aux pécheurs qu'ils doivent se repentir, parce que Dieu le commande, mais qu'il ne leur prêcherait pas qu'ils peuvent se repentir, parce que Dieu n'a dit nulle part qu'ils le peuvent. Quel jeu puéril ! Supposez qu'un homme dise qu'il prêchera aux citoyens qu'ils doivent obéir aux lois du pays parce que le gouvernement les a promulguées, mais qu'il ne leur dira pas qu'ils peuvent y obéir, parce qu'il n'est écrit nulle part dans le recueil des lois qu'ils en ont la capacité.

Il faut toujours comprendre, quand Dieu exige quelque chose des hommes, qu'ils possèdent les facultés nécessaires pour le faire. Sinon, Dieu exige de nous des impossibilités sous peine de mort, et il envoie les pécheurs en enfer pour n'avoir pas fait ce qu'ils n'étaient en aucune façon capables de faire.

2. Qu'il y ait une capacité naturelle d'être parfait, c'est un simple fait.

Il ne peut y avoir là-dessus aucun doute. Qu'est-ce que la perfection ? C'est aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée et de toute notre force, et aimer notre prochain comme nous-mêmes. Autrement dit, elle exige de nous non pas que nous mettions en œuvre les facultés de quelqu'un d'autre, mais nos propres facultés. La loi elle-même ne va pas plus loin que d'exiger le bon usage des facultés que vous possédez. Si bien que c'est un simple fait que vous possédez la capacité naturelle, ou le pouvoir, d'être tout aussi parfaits que Dieu l'exige.

Objection. Ici, certains objecteront peut-être que, s'il y a une capacité naturelle d'être parfait, il y a une incapacité morale, ce qui revient au même ; car une incapacité est une incapacité, appelez-la comme vous voudrez, et si nous avons une incapacité morale, nous sommes aussi réellement incapables que si notre incapacité était naturelle.

Réponse 1. Il n'y a pas plus d'incapacité morale à être parfaitement saint qu'à être saint tout court. Pour ce qui est de la capacité morale, vous pouvez aussi bien être parfaitement saint qu'être saint tout court. La vraie distinction entre la capacité naturelle et la capacité morale est celle-ci : la capacité naturelle concerne les pouvoirs et les facultés de l'esprit ; la capacité morale ne concerne que la volonté. L'incapacité morale n'est rien d'autre que le refus de vouloir faire une chose. C'est ainsi que l'explique le président Edwards dans son traité sur la volonté, ainsi que d'autres auteurs qui ont écrit sur le sujet. Quand vous demandez si vous avez la capacité morale d'être parfaits, si vous entendez par là : êtes-vous disposés à être parfaits ?, je réponds : Non. Si vous étiez disposés à être parfaits, vous seriez parfaits ; car la perfection exigée n'est rien d'autre que la parfaite conformité de la volonté à la loi de Dieu, ou, en d'autres termes, le fait de vouloir ce qui est droit. Si vous demandez alors : Sommes-nous capables de vouloir ce qui est droit ?, je réponds que la question renferme une contradiction, puisqu'elle suppose qu'il puisse exister un agent moral incapable de choisir, ou de vouloir. Le président Edwards dit expressément, dans son chapitre sur l'incapacité morale, comme vous pouvez le voir si vous voulez bien le lire, qu'à proprement parler l'incapacité morale n'existe pas. Quand nous parlons d'incapacité à faire une chose, si nous voulons être compris comme parlant d'une incapacité réelle, cela implique que l'on veut la faire, mais que le pouvoir manque. Dire, par conséquent, que nous sommes incapables de vouloir est absurde. C'est dire que nous voulons et que, en même temps, nous sommes incapables de vouloir.

Réponse 2. Mais j'admets et je crois qu'il y a, dans ce cas, un refus désespéré de vouloir. Et si c'est là ce que vous entendez par incapacité morale, c'est vrai. Il y a chez les pécheurs un refus obstiné de devenir chrétiens, et chez les chrétiens un refus obstiné de devenir parfaits, ou de s'élever jusqu'à la pleine perfection qu'exigent à la fois la loi et l'Évangile. Les pécheurs peuvent souhaiter fortement devenir chrétiens, et les chrétiens peuvent souhaiter ou désirer fortement être débarrassés de tous leurs péchés, et prier pour cela, même avec angoisse. Ils peuvent croire qu'ils sont disposés à être parfaits, mais ils se trompent eux-mêmes. Ils peuvent avoir l'impression, à l'égard de leurs péchés pris tous ensemble, ou en général, qu'ils sont prêts à y renoncer entièrement. Mais prenez-les en détail, un par un, et il y a beaucoup de péchés qu'ils ne veulent pas abandonner. Ils luttent contre le péché en général, mais s'y cramponnent dans le détail.

J'ai connu des cas de ce genre où des gens sont brisés au point de penser qu'ils ne pécheront plus jamais ; puis, une heure plus tard peut-être, il survient quelque chose pour quoi ils sont prêts à se battre afin de pouvoir se l'accorder, et il faut qu'ils soient brisés encore et encore. Il faut littéralement traquer les chrétiens de cette manière, d'un péché à l'autre, avant qu'ils consentent à les abandonner, et malgré tout ils ne consentent pas à abandonner tous leurs péchés. Quand ils sont vraiment disposés à abandonner tout péché, quand ils n'ont plus de volonté propre, mais qu'ils fondent entièrement leur volonté dans celle de Dieu, alors leurs liens sont brisés. Quand ils veulent bien se soumettre absolument à la volonté de Dieu, alors ils sont remplis de toute la plénitude de Dieu.

Après tout, voici le vrai point de la question : Ai-je le moindre droit de m'attendre à être parfait en ce monde ? Ai-je une raison quelconque de croire que je puisse être si complètement dompté que mon âme brûle d'une flamme constante, et que j'aime Dieu entièrement, à la hauteur de ce qu'exige la loi ? Que ce soit un vrai devoir, personne ne peut le nier. Mais la grande question est : peut-on l'atteindre ?

Je réponds : Oui, je crois que c'est possible.

Permettez-moi de faire observer ici qu'on a tant parlé, depuis quelques années, de perfection chrétienne, et que des personnes qui ont adopté cette doctrine de la perfection se sont jetées dans tant d'idées extravagantes, qu'on dirait que le diable a devancé les mouvements de l'Église et créé un tel état d'esprit que, dès qu'on presse l'Église d'accepter la doctrine biblique de la sanctification, l'un et l'autre s'écrient : « Mais c'est du perfectionnisme ! » Je dirai pourtant que, malgré les erreurs où sont tombés certains de ceux qu'on appelle perfectionnistes, la Bible présente bel et bien une perfection chrétienne, et que la doctrine biblique sur ce sujet n'a rien que personne doive craindre, mais que tout le monde a besoin de connaître. Je rejette entièrement l'accusation de soutenir les particularités, quelles qu'elles soient, des perfectionnistes modernes. J'ai lu leurs publications, j'en ai connu beaucoup personnellement, et je ne puis souscrire à bon nombre de leurs vues. Mais la doctrine selon laquelle la perfection chrétienne est un devoir, je l'ai toujours soutenue ; et depuis quelques mois je suis plus convaincu qu'elle peut être atteinte dans cette vie. Beaucoup en doutent, mais je suis persuadé que c'est vrai, pour diverses raisons.

1. Dieu le veut.

Le premier doute qui s'élèvera dans bien des esprits est celui-ci : « Dieu veut-il réellement ma sanctification en ce monde ? » Je réponds : Il dit qu'il la veut. La loi de Dieu est en elle-même l'expression la plus forte qu'il puisse donner de sa volonté sur ce sujet, et elle est appuyée par une sanction infinie. L'Évangile n'est qu'une nouvelle publication de la même volonté, sous une autre forme. Comment Dieu pourrait-il exprimer sa volonté sur ce point plus fortement qu'il ne le fait dans le texte : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » ? En 1 Thessaloniciens 4,3, il nous est dit expressément : « Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification. » Si vous examinez la Bible avec soin d'un bout à l'autre, vous verrez qu'il y est partout enseigné tout aussi clairement que Dieu veut la sanctification des chrétiens en ce monde, qu'il veut que les pécheurs se repentent en ce monde. Et si nous nous en tenons à la Bible, nous pourrions tout aussi bien mettre en question qu'il veuille que les hommes se repentent, que mettre en question qu'il veuille que les chrétiens soient saints. Pourquoi ne s'y attendrait-il pas raisonnablement ? Il l'exige. Qu'exige-t-il ? Quand il exige que les hommes se repentent, il exige qu'ils aiment Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de toute leur pensée et de toute leur force. Quelle raison avons-nous de croire qu'il veut qu'ils se repentent un tant soit peu, ou qu'ils l'aiment un tant soit peu, qui ne soit pas aussi une raison de croire qu'il veut qu'ils l'aiment parfaitement ? Étrange logique, en vérité, que d'enseigner qu'il le veut dans un cas, parce qu'il l'exige, et de ne pas admettre la même conclusion dans l'autre ! Personne ne peut montrer par la Bible que Dieu n'exige pas la sanctification parfaite en ce monde, ni qu'il ne la veut pas, ni qu'elle n'est pas tout aussi accessible que n'importe quel degré de sanctification.

J'ai parcouru la Bible en m'attachant spécialement à ce point, et j'avais pensé noter sur ma fiche, où se trouve le plan de mon discours, les passages qui enseignent cette doctrine. Mais j'ai trouvé qu'ils étaient beaucoup trop nombreux pour que ce soit possible, et que si je les rassemblais tous, je ne ferais rien d'autre ce soir que rester debout à lire des passages de l'Écriture. Si vous n'avez jamais examiné la Bible dans cette perspective, vous serez étonnés de voir combien il y a plus de passages qui parlent d'être délivré de la pratique du péché que de passages qui parlent d'être délivré du châtiment du péché. Les passages qui ne parlent que d'être délivré du châtiment ne sont rien en comparaison des autres.

2. Toutes les promesses et toutes les prophéties de Dieu qui concernent la sanctification des croyants en ce monde doivent naturellement s'entendre de leur sanctification parfaite.

Qu'est-ce que la sanctification, sinon la sainteté ? Quand une prophétie parle de la sanctification de l'Église, devons-nous comprendre qu'elle ne sera sanctifiée qu'en partie ? Quand Dieu exige la sainteté, devons-nous l'entendre d'une sainteté partielle ? Assurément non. En vertu de quel principe, alors, l'entendrez-vous d'une sainteté partielle quand il promet la sainteté ? Nous avons pris depuis si longtemps l'habitude de comprendre les Écritures en fonction de l'état de choses actuel que nous en perdons de vue le sens véritable. Mais si nous ne regardons qu'au langage de la Bible, je défie quiconque de prouver que les promesses et les prophéties de sainteté signifient quelque chose de moins que la sanctification parfaite, à moins que les exigences de la loi et de l'Évangile ne doivent s'entendre d'une obéissance partielle, ce qui est absurde.

3. La sanctification parfaite est la grande bénédiction promise d'un bout à l'autre de la Bible.

L'apôtre dit que nous avons de très grandes et très précieuses promesses ; et quelles sont-elles, et à quoi servent-elles ? « Elles nous assurent les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise. » (2 Pierre 1,4) Si ce n'est pas là la sanctification parfaite, je demande ce qu'elle est. C'est une déclaration claire que ces « plus grandes et plus précieuses promesses » sont données dans ce but : qu'en les croyant, en nous les appropriant et en nous en servant, nous devenions participants de la nature divine. Et si nous voulons bien nous en servir pour les fins en vue desquelles elles ont été mises dans la Bible, nous pouvons devenir parfaitement saints.

Considérons quelques-unes de ces promesses en particulier. Je commencerai par la promesse de l'alliance faite avec Abraham. La promesse est que sa postérité posséderait le pays de Canaan, et que par lui, au moyen du Messie, toutes les nations seraient bénies. Le sceau de l'alliance, la circoncision, dont chacun sait qu'elle est une figure de la sainteté, nous montre quelle était la principale bénédiction en vue. C'était la sainteté. C'est pourquoi l'apôtre nous dit, dans un autre passage, que Jésus-Christ a été donné afin de se sanctifier un peuple qui lui appartienne.

Toutes les purifications et autres cérémonies du rituel de Moïse signifiaient la même chose, puisqu'elles annonçaient toutes un Sauveur à venir. Ces ordonnances qui purifiaient le corps furent établies, toutes sans exception, en vue de la purification de l'esprit, c'est-à-dire de la sainteté.

Sous l'Évangile, la même chose est signifiée par le baptême : l'ablution du corps représente la sanctification de l'esprit.

En Ézéchiel 36,25, cette bénédiction est expressément promise comme la grande bénédiction de l'Évangile : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. »

Il en est de même en Jérémie 33,8 : « Je les purifierai de toutes les iniquités qu'ils ont commises contre moi, je leur pardonnerai toutes les iniquités par lesquelles ils m'ont offensé, par lesquelles ils se sont révoltés contre moi. » Mais il faudrait trop de temps pour citer tous les passages des prophéties de l'Ancien Testament qui présentent la sainteté comme la grande bénédiction de l'alliance. Je vous prie tous de sonder la Bible par vous-mêmes, et vous serez étonnés de voir avec quelle constance la bénédiction de la sanctification y est présentée comme la principale bénédiction promise au monde par le Messie.

Mais qui peut douter que le grand but de la venue du Messie fût de sanctifier son peuple ? Juste après la chute, il fut prédit que Satan lui blesserait le talon, mais qu'il écraserait la tête de Satan. Et l'apôtre Jean nous dit : « Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. » Il a entrepris de mettre Satan sous ses pieds. Son but est de nous ramener à notre allégeance envers Dieu, de nous sanctifier, de purifier nos esprits. Comme il est dit en Zacharie 13,1 : « En ce jour-là, une source sera ouverte pour la maison de David et les habitants de Jérusalem, pour le péché et pour l'impureté. »

Et Daniel dit : « Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l'iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints. » Mais il est inutile de nommer la multitude de ces textes. L'Ancien Testament en est plein.

Dans le Nouveau Testament, le premier récit que nous ayons au sujet du Sauveur nous dit qu'il fut appelé « Jésus ; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». Il est dit de même : « Il a paru pour ôter nos péchés », et « afin de détruire les œuvres du diable ». En Tite 2,11-14, l'apôtre Paul parle de la grâce de Dieu, c'est-à-dire de l'Évangile, comme nous enseignant à renoncer à l'impiété, « en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres ». Et en Éphésiens 5,25-27, nous apprenons que « Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible ». Je ne cite ces quelques passages qu'à titre d'illustration, pour montrer que le but pour lequel Christ est venu est de sanctifier l'Église à un degré tel qu'elle soit absolument « sainte et irrépréhensible ». De même en Romains 11,26-27 : « Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu'il est écrit : Le libérateur viendra de Sion, et il détournera de Jacob les impiétés ; et ce sera mon alliance avec eux, lorsque j'ôterai leurs péchés. » Et en 1 Jean 1,9, il est dit : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » Qu'est-ce que « nous purifier de toute iniquité », si ce n'est pas la sanctification parfaite ? Je présume que vous tous qui êtes ici ce soir, s'il y a dans la Bible une promesse de sanctification parfaite, vous désirez le savoir. Eh bien, qu'en pensez-vous ? En 1 Thessaloniciens 5,23, l'apôtre Paul fait une prière très remarquable : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! » Qu'est-ce que cela ? « Vous sanctifie tout entiers. » Cela veut-il dire la sanctification parfaite ? Vous penserez peut-être que cela ne veut pas dire la sanctification parfaite en ce monde. Mais l'apôtre ne demande pas seulement que votre âme et votre esprit tout entiers, mais encore que votre corps soit « conservé irrépréhensible ». Un apôtre inspiré pourrait-il faire une telle prière, s'il ne croyait pas possible la bénédiction qu'il demande ? Mais il poursuit, au verset suivant : « Celui qui vous a appelés est fidèle, et c'est lui qui le fera. » Est-ce vrai, ou est-ce faux ?

4. La sanctification parfaite des croyants est le but même pour lequel le Saint-Esprit est promis.

Citer les passages qui le montrent prendrait trop de temps. Toute la teneur de l'Écriture au sujet du Saint-Esprit le prouve. Tout l'ensemble des moyens de l'Évangile par lesquels agit le Saint-Esprit vise ce but et est adapté à cette fin : sanctifier l'Église. Tous les commandements d'être saints, toutes les promesses, toutes les prophéties, toutes les ordonnances, toutes les dispensations de la providence, les bénédictions et les jugements, tous les devoirs de la religion, sont les moyens que le Saint-Esprit doit employer pour sanctifier l'Église.

5. Si être parfaitement saint en ce monde n'est pas un devoir praticable, il s'ensuivra que le diable a si complètement réalisé son dessein de corrompre le genre humain que Jésus-Christ est pris en défaut et n'a pas d'autre moyen de sanctifier son peuple que de le retirer du monde.

Est-il possible que Satan ait pris un tel avantage sur Dieu que le royaume de Dieu ne puisse pas être rétabli en ce monde, et que le Tout-Puissant n'ait d'autre ressource que de battre en retraite et d'emmener ses saints au ciel avant de pouvoir les rendre saints ? Le royaume de Dieu ne doit-il être établi qu'en partie, et en sera-t-il toujours ainsi, que les meilleurs saints passent la moitié de leur temps au service du diable ? Le peuple de Dieu doit-il toujours se traîner dans la religion, languissant et sans force, et vivre dans le péché jusqu'à ce qu'il arrive au ciel ? Que signifie cette pierre détachée de la montagne sans le secours d'aucune main, qui doit remplir la terre, si elle ne montre pas qu'il y aura encore un triomphe universel de l'amour de Dieu dans le monde ?

6. Si la sanctification parfaite ne peut pas être atteinte en ce monde, cela doit tenir soit à un manque de motifs dans l'Évangile, soit à un manque de puissance suffisante dans l'Esprit de Dieu.

On dit que, dans une autre vie, nous pourrons être semblables à Dieu, parce que nous le verrons tel qu'il est. Mais pourquoi pas ici, si nous avons cette foi qui est « une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas » ? Il y a une promesse pour ceux qui « ont faim et soif de la justice » : « ils seront rassasiés ». Qu'est-ce qu'être « rassasié » de justice, sinon être parfaitement saint ? Et ne serons-nous jamais rassasiés de justice avant de mourir ? Devons-nous traverser la vie affamés, assoiffés et jamais satisfaits ? C'est ainsi qu'on a compris la Bible, mais ce n'est pas ce qu'elle dit.

OBJECTIONS.

1. « La puissance de l'habitude est si grande que nous ne devons pas nous attendre à être parfaitement sanctifiés dans cette vie. »

Réponse. Si la puissance de l'habitude peut être assez entamée pour qu'un pécheur impénitent soit converti, pourquoi ne pourrait-elle pas être absolument brisée, de sorte qu'une personne convertie soit entièrement sanctifiée ? La plus grande difficulté, assurément, c'est quand l'égoïsme a l'entière maîtrise de l'esprit, et que les habitudes de péché sont entièrement intactes. Cet obstacle est si grand, dans tous les cas, qu'aucune puissance autre que celle du Saint-Esprit ne peut le surmonter ; et si grand, dans bien des cas, que Dieu lui-même ne peut pas, en restant d'accord avec sa sagesse, employer les moyens nécessaires pour convertir l'âme. Mais est-il possible de supposer qu'après avoir commencé à le surmonter, après avoir brisé la puissance de l'égoïsme et l'obstination de l'habitude, et effectivement converti la personne, Dieu n'ait plus, après cela, assez de ressources pour sanctifier l'âme tout entière ?

2. « Une vie de péché a créé bien des difficultés physiques qui ne peuvent être surmontées ou ôtées par des moyens moraux. »

C'est une objection courante. Les hommes sentent qu'ils se sont attaché des appétits et des influences physiques qu'ils ne croient pas possible de surmonter par des moyens moraux. L'apôtre Paul, au chapitre 7 des Romains, décrit un homme en grand conflit avec le corps. Mais au chapitre suivant, il parle de quelqu'un qui a remporté la victoire sur la chair : « Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l'esprit est vie à cause de la justice. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Cette vie rendue au corps ne s'entend pas de la résurrection du corps, mais de l'influence de l'Esprit de Dieu sur le corps : la sanctification du corps.

Vous demanderez : « L'Esprit de Dieu produit-il un changement physique dans le corps ? » Je l'illustrerai par le cas de l'ivrogne. L'ivrogne a attiré sur lui un état maladif du corps, une soif contre nature, insatiable, et si forte qu'il semble impossible qu'il soit ramené. Mais vous connaissez très probablement des cas où des ivrognes ont été ramenés et ont entièrement surmonté cet appétit physique. J'ai entendu parler de cas où des ivrognes ont été amenés à voir le péché de l'ivrognerie sous un jour si cru qu'ils ont eu en horreur les boissons fortes et y ont renoncé pour toujours, avec un tel dégoût qu'ils n'en ont plus jamais eu le moindre désir.

J'ai connu autrefois quelqu'un qui était esclave du tabac. Il finit par être convaincu que c'était pour lui un péché d'en user, et la lutte qu'il mena contre cette habitude le jeta enfin devant Dieu dans une telle angoisse de prière qu'il remporta d'un coup la victoire sur cet appétit, et n'en eut plus jamais le moindre désir. Je ne vous donne pas ici de la philosophie, mais des faits. J'ai entendu parler de personnes sur qui une vie de péché avait donné à certains appétits une parfaite maîtrise, mais qui, en temps de réveil, ont vu ces appétits réduits à un repos parfait, et ces appétits sont restés ensuite aussi morts que si ces personnes n'avaient pas eu de corps. Je suppose que la vérité est que l'esprit peut être tellement occupé et absorbé par de plus grandes choses qu'il n'accorde pas une pensée à ce qui ranimerait l'appétit vicieux. Si un ivrogne passe devant un débit de boissons, ou voit des gens boire, et qu'il laisse son esprit s'y attarder, l'appétit se réveillera. C'est pourquoi le sage lui dit : « Ne regarde pas le vin qui paraît d'un beau rouge. » Mais il ne fait aucun doute que n'importe quel appétit du corps peut être dompté, si une impression suffisante est faite sur l'esprit pour le briser. Je crois que tout vrai chrétien sera prêt à admettre, d'après sa propre expérience, que c'est possible. N'avez-vous pas connu, bien-aimés, des moments où un grand sujet absorbant remplissait tellement votre esprit et dominait tellement votre âme que les appétits du corps restaient, pour un temps, parfaitement neutralisés ? Supposez maintenant que cet état d'esprit dure, qu'il devienne constant : toutes ces difficultés physiques dont vous dites qu'elles barrent le chemin de la sanctification parfaite ne seraient-elles pas surmontées ?

3. « La Bible est contre cette doctrine, quand elle dit qu'il n'y a sur la terre point d'homme juste qui vive sans jamais pécher. »

Réponse. Supposons que la Bible dise qu'il n'y en a pas un sur la terre : elle ne dit pas qu'il ne peut pas y en avoir. Ou bien il a pu être vrai qu'à cette époque, ou sous cette dispensation, il n'y avait pas un seul homme au monde qui fût parfaitement sanctifié ; et pourtant il ne s'ensuit pas forcément qu'aujourd'hui, ou sous la dispensation de l'Évangile, il n'y ait personne qui vive sans péché. « Car la loi n'a rien amené à la perfection », mais l'introduction d'une meilleure espérance l'a fait (Hébreux 7,19). C'est-à-dire l'Évangile.

4. « Les apôtres reconnaissent qu'ils n'étaient pas parfaits. » Réponse. Je sais que l'apôtre Paul dit, en un endroit :

« Ce n'est pas que j'aie déjà remporté le prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection. » Mais il n'est pas dit qu'il soit resté ainsi jusqu'à sa mort, ni qu'il ne soit jamais parvenu à la sanctification parfaite ; et la manière dont il parle dans la suite du verset donne à penser qu'il s'attendait à y parvenir : « Mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus-Christ. » Il ne me paraît d'ailleurs pas exact que, dans le passage cité, il parle de la sanctification parfaite ; il parle plutôt de la connaissance parfaite.

Et l'apôtre Jean parle de lui-même comme s'il aimait Dieu parfaitement. Mais quelle que soit la vérité sur le caractère réel des apôtres, il ne s'ensuit pas, de ce qu'ils n'étaient pas parfaits, que personne d'autre ne puisse l'être. Ils déclarent clairement que c'est un devoir, et qu'ils y tendaient, exactement comme s'ils s'attendaient à y parvenir dans cette vie. Et ils nous commandent de faire de même.

5. « Mais n'est-ce pas présomption de notre part de penser que nous pouvons être meilleurs que les apôtres et les premiers chrétiens ? »

Réponse. Où est la présomption dans ce cas ? N'est-ce pas un fait que nous avons, pour l'expérience religieuse, de bien plus grands avantages que les Églises primitives ? Le bénéfice de leur expérience, les Écritures complètes, l'état du monde, l'approche du millénium, tout nous donne l'avantage sur les premiers croyants. Devons-nous supposer que l'Église doit toujours rester sur place en matière d'expérience religieuse, et ne jamais avancer en rien ? Quelle Écriture y a-t-il pour cela ? Pourquoi l'Église ne deviendrait-elle pas toujours meilleure ? L'idée dominante semble être que l'Église doit toujours regarder en arrière vers les saints des premiers temps comme vers sa mesure. Je pense que le devoir est tout l'inverse, et que nous devrions toujours viser une mesure bien plus élevée que la leur. Je crois que l'Église doit aller bien au-delà des premiers chrétiens avant que le millénium puisse venir. Je laisse de côté les apôtres, parce qu'il n'est pas clairement établi qu'ils ne soient pas devenus pleinement sanctifiés.

6. « Mais tant de gens prétendent être parfaits qui ne le sont pas, que je ne peux pas croire à la perfection dans cette vie. »

Réponse. Combien de gens prétendent être riches qui ne le sont pas ! Direz-vous pour autant que vous ne pouvez croire que quelqu'un soit riche ? Belle logique !

7. « Tant de ceux qui professent la perfection sont tombés dans l'erreur et le fanatisme que j'ai peur rien que d'y penser. »

Réponse. Je constate dans l'histoire qu'une secte de perfectionnistes est sortie de chaque grand réveil général qui ait jamais eu lieu. Et c'est justement là un des chefs-d'œuvre du diable pour contrecarrer les effets d'un réveil. Il sait que si l'Église était amenée au niveau de sainteté qui convient, ce serait bientôt un coup mortel pour sa puissance sur la terre ; et il prend ce moyen pour faire échouer les efforts de l'Église en vue d'élever le niveau de la piété : il effraie les chrétiens pour les empêcher de marcher droit au but et de viser à vivre en parfaite conformité avec la volonté de Dieu. Et il y a si bien réussi que, dès que vous commencez à presser l'Église d'être sainte et d'abandonner tous ses péchés, quelqu'un s'écrie : « Mais cela mène au perfectionnisme ! » ; et l'on donne ainsi mauvaise réputation à la chose, et on l'étouffe.

8. « Mais croyez-vous vraiment que quelqu'un ait jamais été parfaitement saint en ce monde ? »

Réponse. J'ai des raisons de croire qu'il y en a eu beaucoup. Il est très probable qu'Hénoc et Élie étaient exempts de péché avant d'être enlevés du monde. Et, à différentes époques de l'Église, il y a eu bon nombre de chrétiens intelligents et droits, à qui l'on ne pouvait rien reprocher, qui ont attesté qu'ils vivaient eux-mêmes sans péché. Je sais qu'on répond qu'ils devaient être orgueilleux, et que personne ne dirait être exempt de péché pour un autre motif que l'orgueil. Mais je demande : pourquoi un homme ne pourrait-il pas dire qu'il est exempt de péché, si c'est le cas, sans être orgueilleux, tout aussi bien qu'il peut dire qu'il est converti sans être orgueilleux ? Les saints ne le diront-ils pas dans le ciel, à la louange de la grâce de Dieu qui aura ainsi couronné son œuvre glorieuse ? Et pourquoi ne pourraient-ils pas le dire maintenant, pour le même motif ? Je ne prétends pas moi-même, à présent, avoir atteint la sanctification parfaite ; mais si je l'avais atteinte, si je sentais que Dieu m'a réellement donné la victoire sur le monde, la chair et le diable, et qu'il m'a rendu libre du péché, est-ce que je garderais le secret, enfermé dans mon propre cœur, et laisserais-je mes frères continuer à trébucher dans l'ignorance de ce que peut faire la grâce de Dieu ? Jamais. Je leur dirais qu'ils peuvent s'attendre à une complète délivrance, s'ils veulent seulement saisir le bras secourable que Christ leur tend pour sauver son peuple de ses péchés.

J'ai entendu des gens dire que, si un chrétien était vraiment parfait, il serait le dernier à le dire. Mais diriez-vous d'une personne qui fait profession d'être convertie : « Si elle était vraiment convertie, elle serait la dernière à le dire » ? Au contraire, le premier élan d'un cœur converti n'est-il pas de dire : « Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu, et je raconterai ce qu'il a fait à mon âme » ? Pourquoi donc le même désir n'existerait-il pas chez celui qui sent qu'il a obtenu la sanctification ? Pourquoi tous ces soupçons, et ce refus d'accorder foi aux preuves ? Si quelqu'un donne des preuves d'une grande piété, si sa vie est irréprochable et que l'on ne puisse se plaindre de son esprit, s'il montre l'esprit même du Fils de Dieu, et si cette personne atteste qu'après de grandes luttes et des prières pleines d'angoisse Dieu lui a donné la victoire, et que son âme a été mise en liberté par la puissance de la grâce divine, pourquoi ne serions-nous pas tenus de recevoir son témoignage tout autant que lorsqu'elle dit qu'elle est convertie ? Ce témoignage-là, nous l'acceptons toujours. Et maintenant qu'elle dit qu'elle est allée plus loin, qu'elle a remporté la victoire sur tout péché, et que Christ a effectivement accompli sa promesse à cet égard, pourquoi ne la croirions-nous pas aussi ?

J'ai lu récemment le Simple exposé de la perfection chrétienne de M. Wesley, un livre que je n'avais jamais vu avant ces derniers temps. J'y trouve certaines expressions auxquelles je ferais objection, mais je crois que c'est plutôt l'expression que la pensée.

Et je pense que, sous cette réserve, c'est un livre admirable, et je souhaite que chaque membre de cette Église le lise. Une édition est sous presse, ici même, dans notre ville. Je recommanderais aussi la biographie de James Brainerd Taylor, et je souhaite que chaque chrétien se la procure et l'étudie. J'en ai lu la plus grande partie trois fois en quelques mois. Bien des choses de ce livre montrent clairement qu'il croyait à la doctrine selon laquelle la perfection chrétienne est un devoir, et qu'elle peut être atteinte par les croyants dans cette vie. Rien de ce qui a été publié ne montre qu'il ait déclaré l'avoir atteinte, mais il est manifeste qu'il la croyait accessible. Mais on m'a dit que beaucoup de ce qui se trouve dans son journal sur ce sujet, ainsi que certains passages de ses lettres, ont été supprimés par ses biographes, comme ne convenant pas aux yeux de l'Église dans son état actuel. Je crois que si tout pouvait venir au jour, on verrait qu'il croyait fermement à cette doctrine. Ces livres devraient être lus et médités par l'Église.

J'ai présent à l'esprit un homme qui était membre de l'Église, mais très mondain ; quand un réveil est venu, il s'y est d'abord opposé ; mais ensuite il a été réveillé, et après un terrible combat il a été brisé, et depuis lors il a mené une vie de la piété la plus dévouée, travaillant et priant sans relâche, comme son Maître béni, pour faire avancer le royaume de Dieu. Je n'ai jamais entendu cet homme dire qu'il se croyait parfait, mais je l'ai souvent entendu parler du devoir d'être parfaitement sanctifié, et de la possibilité de l'être. Et s'il y a au monde un homme qui l'est, je crois que c'est lui.

Les gens ont les idées les plus étranges sur ce sujet. Vous les entendrez parfois argumenter contre la perfection chrétienne en disant qu'un homme parfaitement saint ne pourrait pas vivre, ne pourrait pas exister en ce monde. Je crois avoir parlé exactement ainsi moi-même, autrefois. Je sais que j'ai parlé comme un insensé sur ce sujet. Mais voyons, un saint qui serait parfait serait plus vivant que jamais pour le bien de ses semblables. Jésus-Christ ne pouvait-il pas vivre sur la terre ? Il était parfaitement saint. On pense que si quelqu'un était parfaitement sanctifié et aimait Dieu parfaitement, il serait dans un tel état d'exaltation qu'il ne pourrait pas rester dans son corps, qu'il ne pourrait ni manger ni dormir, ni vaquer aux devoirs ordinaires de la vie. Mais rien ne le prouve. Le Seigneur Jésus-Christ était un homme, exposé à toutes les tentations des autres hommes. Il aimait aussi le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force. Et pourtant il ne paraît pas qu'il ait été dans un tel état d'exaltation qu'il ne pût à la fois manger et dormir, travailler à son métier de charpentier, et garder une parfaite santé du corps et un parfait calme de l'esprit. Et pourquoi un saint parfaitement sanctifié devrait-il être emporté par une exaltation incontrôlable, ou tué par l'intensité de l'émotion, plus que Jésus-Christ ? Il n'y en a aucun besoin, et la perfection chrétienne n'implique rien de tel.

REMARQUES.

Nous pouvons voir maintenant pourquoi il n'y a pas plus de perfection dans le monde.

1. Les chrétiens ne croient pas que ce soit la volonté de Dieu, ou que Dieu consente à ce qu'ils soient parfaitement sanctifiés en ce monde.

Ils savent qu'il leur commande d'être parfaits comme il est parfait, mais ils pensent qu'en secret il ne le veut pas et qu'il ne souhaite pas vraiment qu'ils le soient. « Sinon, disent-ils, pourquoi ne fait-il pas davantage pour nous rendre parfaits ? » Sans doute Dieu préfère-t-il qu'ils restent tels qu'ils sont, plutôt que d'employer d'autres moyens ou un autre système d'influences pour les rendre autres ; parce qu'il voit que ce serait un plus grand mal d'introduire un nouveau système de moyens que de les laisser tels qu'ils sont. Quand l'un des maux est inévitable, il choisit le moindre des deux ; et qui peut douter qu'il préfère qu'ils soient parfaits dans les circonstances où ils se trouvent, plutôt qu'ils ne pèchent dans ces circonstances ? Les pécheurs raisonnent exactement comme raisonnent ces croyants de profession. Ils disent : « Je ne crois pas qu'il veuille ma repentance ; s'il la voulait, il me ferait repentir. » Pécheur, il se peut que Dieu préfère votre impénitence persistante et votre damnation à l'emploi d'autres influences que celles qu'il emploie pour vous amener à la repentance. Mais en conclure qu'il ne souhaite pas que vous cédiez aux influences qu'il emploie, voilà une étrange logique ! Supposez que votre domestique raisonne ainsi et dise : « Je ne crois pas que mon maître veuille que je lui obéisse, puisqu'il ne reste pas à côté de moi toute la journée pour me tenir au travail. » Est-ce une juste conclusion ? Très probablement, le temps du maître est si précieux que ce serait un plus grand dommage pour ses affaires que de voir ce domestique rester les bras croisés toute la journée.

Il en est de même dans le gouvernement de Dieu. Si Dieu faisait porter toute la puissance de son gouvernement sur un seul individu, il pourrait sauver cet individu, mais en même temps cela dérangerait si gravement son gouvernement que ce serait un mal infiniment plus grand que de laisser cet individu aller en enfer. De la même manière, dans le cas d'un chrétien, Dieu lui a fourni tous les moyens de sanctification et lui a demandé d'être parfait ; et voilà que celui-ci se retourne et dit : « Dieu ne préfère pas réellement que je sois parfait ; s'il le préférait, il me rendrait parfait. » C'est exactement l'argument du pécheur impénitent, et il ne vaut pas mieux dans un cas que dans l'autre. La simple vérité, c'est que Dieu désire, de l'un comme de l'autre, que dans les circonstances où ils sont placés ils fassent exactement ce qu'il leur commande de faire.

2. Ils ne s'y attendent pas eux-mêmes.

La plus grande partie de l'Église ne s'attend pas réellement à être plus pieuse qu'elle ne l'est.

3. La plupart du temps, ils ne désirent même pas la sanctification parfaite.

4. Ils se contentent d'avoir faim et soif de la justice, et ne s'attendent pas à être rassasiés.

Permettez-moi de dire ici qu'avoir faim et soif de la sainteté n'est pas la sainteté. Le désir d'une chose n'est pas la chose désirée. S'ils ont faim et soif de la sainteté, ils devraient ne laisser à Dieu aucun repos jusqu'à ce qu'il accomplisse sa promesse, qu'ils seront rassasiés de sainteté, c'est-à-dire rendus parfaitement saints.

5. Ils perdent de vue le grand dessein de l'Évangile.

L'Église a trop longtemps eu l'habitude de penser que le grand dessein de l'Évangile est de sauver les hommes du châtiment du péché, alors que son dessein et son but réels sont de délivrer les hommes du péché. Mais les chrétiens se sont placés sur l'autre terrain : ils ne pensent à rien d'autre qu'à continuer de vivre dans le péché, et tout ce qu'ils espèrent, c'est d'être pardonnés et, à leur mort, rendus saints dans le ciel. Oh ! s'ils comprenaient seulement que toute la charpente de l'Évangile est destinée à briser la puissance du péché et à remplir les hommes, sur la terre, de toute la plénitude de Dieu, comme il y aurait vite une seule flamme d'amour constante dans le cœur du peuple de Dieu à travers le monde entier !

6. Les promesses ne sont pas comprises, ni appropriées par la foi.

Si l'Église voulait lire la Bible et saisir chacune des promesses qui s'y trouvent, elle les trouverait très grandes et très précieuses. Mais à présent, l'Église perd son héritage et reste dans l'ignorance de l'étendue des bénédictions qu'elle peut recevoir. Si j'en avais le temps ce soir, je pourrais vous conduire à certaines promesses dont vous comprendriez, si seulement vous les saisissiez et vous les appropriiez, ce que je veux dire.

7. Ils la cherchent par la loi, et non par la foi.

Combien cherchent la sanctification par leurs propres résolutions et leurs propres œuvres, leurs jeûnes et leurs prières, leurs efforts et leur activité, au lieu de saisir directement Christ, par la foi, pour leur sanctification, comme ils le font pour leur justification ! Ce ne sont qu'œuvres, œuvres et encore œuvres, alors que tout devrait se faire par la foi en « Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption ». Quand ils iront saisir directement la force de Dieu, ils seront sanctifiés. La foi fera entrer Christ droit dans l'âme et la remplira du même esprit qui respire en lui. Ces œuvres mortes ne sont rien. C'est la foi qui doit sanctifier, c'est la foi qui purifie le cœur ; cette foi qui est une ferme assurance des choses qu'on espère saisit Christ et le fait entrer dans l'âme pour y demeurer, l'espérance de la gloire ; afin que la vie que nous vivons ici-bas soit une vie dans la foi au Fils de Dieu. C'est parce qu'on ne sait pas cela, ou qu'on n'en tient pas compte, qu'il y a si peu de sainteté dans l'Église.

Et enfin,

8. Cela vient du manque d'une dépendance de la bonne sorte.

Au lieu de se faire de leur dépendance une idée conforme à l'Écriture, de voir où est leur force, de bien comprendre combien Dieu est disposé à donner son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent, maintenant et continuellement, et de saisir ainsi le bras de Dieu et de s'y tenir, ils s'assoient dans l'incrédulité et le péché pour attendre le temps de Dieu, et ils appellent cela dépendre de Dieu. Hélas ! après tous ces discours sur la dépendance à l'égard du Saint-Esprit, comme on la sent peu ! Comme on la sent peu en réalité ! Et comme il y a peu d'abandon de l'âme tout entière à sa direction et à sa conduite, avec foi en sa puissance pour éclairer, pour conduire, pour sanctifier, pour enflammer les affections et remplir continuellement l'âme de toute la plénitude de Dieu !

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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