La citation de Malachie 1.2,3, introduite par selon que, est destinée à montrer la cause de l'assujettissement d'Esaü à Jacob : l'amour de l'Eternel pour Jacob sa haine pour Esaü. Dans l'original, il s'agit des deux peuples.
C'est affaiblir le sens du verbe : j'ai haï que de l'interpréter : "j'ai aimé moins." Mais il faut reconnaître que haïr est quelquefois employé dans an sens hyperbolique (Deutéronome 21.15 ; Proverbes 13.24 ; Matthieu 6.24,Luc 14.26, comparez Matthieu 10.37 ; Jean 12.25).
Par cette citation, Paul veut faire ressortir que la préférence accordée à Jacob et à ses descendants n'est pas motivée par leurs mérites, mais par la seule volonté de Dieu.
Dans le prophète les mots : J'ai haï Esaü sont expliqués par ceux-ci, ajoutés immédiatement : "J ai fait de ses montagnes une solitude et de son héritage des demeures de désert." (Malachie 1.3)
On voit en quoi consiste la "haine" de l'Eternel pour Esaü : c'est le châtiment que les Edomites, descendants d'Esaü, avaient attiré sur eux par leurs iniquités.
Mais il est peu probable que, dans la citation abrégée qu'il fait du passage de Malachie Paul ait eu l'intention de relever la responsabilité d'Esaü dans le jugement qui l'atteint. Il cite la sentence prononcée sur lui comme une confirmation de l'idée que "l'élection" dépend "non des œuvres mais de Celui qui appelle," que la volonté souverainement libre de Dieu en est la cause déterminante. Elle n'est méritée en aucune manière par l'homme pécheur. Il n'en résulte pas qu'elle repose sur un choix arbitraire car il ne saurait y avoir d'arbitraire dans les actes du Dieu saint et juste.
Quelque mystère qui enveloppe ses dispensations, elles ne sauraient être contraires à la justice. Elles respectent, par conséquent, la liberté morale de l'homme et laissent subsister sa responsabilité. Si cette liberté et cette responsabilité nous paraissent inconciliables avec la souveraineté de Dieu, telle que l'apôtre la présente dans cet enseignement, souvenons-nous que nous ne saurions tout expliquer dans ce monde de ténèbres et de péché.
Et si nous voulons entrevoir au moins la solution, cherchons-la non dans les raisonnements de notre intelligence mais dans notre expérience religieuse et morale.