La construction de ces versets est difficile à comprendre à cause de la vivacité et de l'extrême concision du langage de l'apôtre. Essayons de donner une idée de la forme dans laquelle il jeté sa pensée. Il omet tout verbe pour énoncer uniquement les dons et la manière de les pratiquer.
La période entière dépend du participe : or, ayant des dons différents (comme les membres du corps ont des onctions diverses).
Plusieurs exégètes et éditeurs rattachent ce participe au verbe précédent : nous sommes un seul corps en Christ, tous membres les uns des autres, mais en ayant des dons différents.
Paul énumérerait dans la suite ces dons différents, en indiquant la sphère dans laquelle chacun s'exerce. On peut objecter :
1° que l'antithèse à l'unité du corps est déjà exprimée à verset 5 "nous qui sommes plusieurs," et que ce verset a ainsi un sens complet par lui-même ;
2° que l'exhortation de verset 3, à nous limiter selon la mesure de la foi qui nous est départie, domine tout ce passage, que ce n'est donc pas arbitrairement que l'on prête à l'apôtre l'intention d'inviter ses lecteurs à employer comme ils le doivent les dons qu'ils ont reçus et qu'il énumère ; les compléments : selon la mesure de la foi, (verset 6) dans le ministère, (verset 7) etc., ne se comprennent que s'il a cette intention d'exhorter ses lecteurs à bien employer leurs dons ; à verset 8, en particulier, la note de l'exhortation est clairement donnée.
Il est donc naturel de sousentendre le verbe : exerçons les, après le participe : ayant des dons différents.
Les dons (grec charismes, du mot charis, grâce) sont communiqués par le Saint-Esprit et reçus par la foi ; nous les possédons selon la grâce qui nous a été donnée.
A verset 3, Paul appelait son apostolat la grâce qui m'a été donnée ; ici il applique cette expression au ministère que tout membre de l'Eglise exerce dans son sein. Soit l'énumération de ces dons.
Chacun est accompagné d'un complément circonstanciel qui indique la manière ou la sphère de son emploi. Soit la prophétie : si c'est le don de prophétie que nous avons reçu, exerçons-le selon la mesure de la foi.
Le prophète, c'est celui qui "parle, édifie, exhorte, console," (1Corinthiens 14.3) sous l'inspiration de l'Esprit. Dieu lui accorde des révélations pour qu'il en fasse part à ses frères. Il doit, pour montrer sa modestie et ne pas sortir des limites qui lui, sont assignées, prophétiser (grec) selon l'analogie de la foi. Le mot analogie ne se trouve qu'ici dans le Nouveau Testament ; il signifie proportion, correspondance.
D'anciens interprètes ont entendu par la foi la croyance, la doctrine reçue dans l'Eglise ; le prophète devrait se conformer à cette doctrine. Mais le mot foi n'a jamais cette signification chez Paul ; il est toujours pris au sens subjectif de confiance, sentiment religieux, conviction. Cette confiance n'est pas sans objet ; elle s'attache à Jésus-Christ et à son œuvre rédemptrice ; néanmoins la foi est, avant tout, un sentiment personnel.
On peut dès lors se demander si la foi qui doit servir de règle au prophète c'est la sienne ou celle de ses auditeurs. Dans ce dernier cas, l'apôtre inviterait le prophète à ne point troubler ceux qui l'écoutent par des révélations ou des exhortations qu'ils ne seraient pas en état de recevoir ou de suivre.
Mais il nous semble plus probable, vu la ressemblance des expressions, qu'il répète, en l'appliquant spécialement à ceux qui ont le don de prophétie, la recommandation de verset 3 : se limiter selon la mesure de la foi que Dieu a départie à "chacun ;" que le prophète se garde de dépasser cette mesure en affichant, par orgueil, une assurance qu'il ne possède pas vraiment !
- Soit un ministère : si nous avons un ministère, exerçons-le dans les limites de ce ministère, sans en sortir pour étendre, par vaine ambition, notre activité à d'autres domaines : que l'ancien n'aspire pas à jouer le rôle de prophète, que le diacre n'empiète pas sur les fonctions de l'ancien.
Quelques historiens invoquent cette recommandation pour prouver qu'il y avait déjà dans l'Eglise de Rome des charges régulièrement instituées. On leur objecte que, dans tout ce passage, il s'agit de dons (verset 6) plutôt que de charges, que l'apôtre a en vue des activités spontanément exercées par des membres de l'Eglise. Cependant l'énumération de ces multiples fonctions et la recommandation faite à ceux qui les remplissent de se borner chacun à sa tâche nous paraissent supposer une organisation plus ou moins arrêtes.
Le terme de ministère (grec diaconie) peut s'appliquer aux fonctions des anciens et des évêques, aussi bien qu'à celles des diacres. Ceux qui exercent un ministère, ce sont ceux qui servent l'Eglise dans une activité pratique, tandis que les prophètes la servent par la parole. (comparez 1Pierre 4.11)