L'Eternel ouvrit la bouche de l'ânesse. C'est sur ces mots que repose l'interprétation qui attribue à l'animal un vrai langage humain, et c'est bien là en effet le sens qui se présente le premier à la pensée. Mais comment comprendre dans ce cas que Balaam ne témoigne aucune surprise et qu'il entre tout simplement en conversation avec l'animal ? Ne devons-nous donc pas plutôt placer ce trait dans le même domaine intermédiaire entre le monde des sens et le monde spirituel, auquel paraît appartenir l'apparition tout entière ? Le côté extérieur du fait fut sans doute l'intonation intelligente et parfaitement intelligible du cri de l'animal que le contact immédiat avec un être d'un monde supérieur élevait, d'une manière que nous ne pouvons déterminer, à un état supérieur à sa nature. Il est bien remarquable que dans les paroles attribuées à l'ânesse rien absolument ne dépasse les vraies sensations et, si l'on peut ainsi dire, les vraies pensées d'un animal placé dans cette situation. Mais le cri plaintif et plein de reproche par lequel elle exprime ses sensations douloureuses prend un caractère si intelligible qu'il retentit dans l'esprit et à l'oreille de Balaam comme un véritable langage humain. Quelle différence avec les scènes des poètes païens où sont décrits des faits analogues, telles que celles du cheval d'Achille qui révèle à son maître les secrets de l'avenir !