Au premier coup d'il il ne paraît pas qu'il y ait rien de répréhensible dans cette allocution que Moïse adresse au peuple. C'est pourquoi plusieurs ont pensé que sa faute et celle d'Aaron avaient consisté à frapper le rocher, tandis que Dieu leur avait simplement ordonné de lui parler. Mais on ne comprend pas dans ce cas pourquoi Dieu lui aurait ordonné de prendre en main la verge, cette verge dont il s'était, dans un cas tout semblable (Exode 17.6), servi pour frapper. L'auteur du Psaume 106 n'a certainement pas compris la chose de cette manière. car c'est dans les paroles de Moïse qu'il fait consister sa faute :
Ils (les Israélites) aigrirent son esprit et il parla légèrement de ses lèvres (verset 33).
On doit admettre en tout cas que la faute de Moïse provint avant tout de l'état d'impatience et d'irritation où l'avait jeté cette explosion soudaine de mécontentement et de révolte de la part de la nouvelle génération qu'il avait lieu de croire meilleure que la précédente. De là dériva une première faute : il désobéit à Dieu en s'adressant non pas au rocher, comme cela lui avait été ordonné, mais au peuple. Il aurait dû être l'intermédiaire entre la volonté divine et le rocher en transformant celui-ci, par l'ordre divin, en une source bienfaisante. Au lieu de cela, il se place entre Dieu et le peuple en adressant à celui-ci les plus vifs reproches. Cette fausse position qu'il prend est son premier tort.
Voici le second : au lieu de faire porter son reproche sur la conduite du peuple envers Dieu, il laisse percer le sentiment amer de la blessure personnelle dont il est l'objet avec Aaron. Rebelles, vous ferons-nous sortir de l'eau ? Précédemment il disait : Qui est Aaron ? c'est-à-dire : quel est-il et que suis-je moi-même, pour que vous vous en preniez à nous ? Il s'effaçait ainsi lui et son frère derrière le Dieu au nom duquel ils agissaient. Maintenant il met en avant sa propre personne et celle de son frère. comme si c'étaient eux qui étaient en cause.
En troisième lieu il est difficile de méconnaître dans la question de Moïse : Vous ferons-nous sortir... ? une sorte de doute comme s'il hésitait à promettre positivement la délivrance. Au lieu de glorifier Dieu par une parole de foi joyeuse et triomphante, il voile l'éclat de la majesté divine par une interrogation ambiguë. Ajoutons enfin à tout cela ce double coup de verge qui trahit l'irritation et l'impatience et semble vouloir ajouter un déploiement de force tout humaine à l'action de la puissance divine. Comparez sur ce point les divers passages où il est fait allusion à cet événement : verset 24 ; 27.14 ; Deutéronome 32.51 ; Psaumes 106.33.