Ils s'entretiennent bouche à bouche, comme dans une libre conversation. Faut-il se représenter la voix divine comme retentissant uniquement dans l'esprit de Moïse, à la façon d'une suggestion, ou comme parvenant d'une manière audible à son oreille ? Cette seconde interprétation est difficile à admettre sans doute, mais c'est pourtant la seule qui réponde à l'expression : bouche à bouche, laquelle suppose que Moïse de son côté répondait aussi tout haut et de ses lèvres, comme dans un entretien ordinaire entre hommes. C'est également le sens naturel de la parole Exode 33.11 : L'Eternel parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à un autre.
A ce sens parait se rapporter aussi l'expression : Il contemple la figure de l'Eternel ; parole transformée en son contraire dans nos anciennes traductions. Cette figure n'était pas sans doute la Face de l'Eternel (la révélation de son essence) qui fait partie de son être, que nul homme ne peut contempler durant son existence terrestre et que nous ne connaîtrons que dans l'état de perfection (Exode 33.20 ; 1Corinthiens 13.12 ; Jean 1.18). C'était, comme dans les théophanies, une forme sensible dont Dieu se revêtait pour converser ainsi avec lui.
Jamais une relation semblable n'a existé entre l'Eternel et aucun autre de ses prophètes. Ceux-ci étaient appelés à leur heure, pour recevoir et transmettre un message déterminé, après quoi la communication cessait jusqu'à un nouvel appel. C'est ainsi que Samuel entend la voix de l'Eternel qui appelle pour lui confier un message à l'adresse d'Elie (toutefois il ne voit personne) ou qu'Esaïe voit l'Eternel et entend sa voix, mais en vision (chapitre 6). Mais aucun n'a joui de la liberté d'entrée et de sortie journalières que possède Moïse, l'homme de confiance, supérieur à tous les simples serviteurs, et auquel un seul a ressemblé au point de vue de l'intimité des communications, avec cette différence que le commerce continuel, d'extérieur qu'il était pour Moïse, était intérieur pour Jésus.
En me faisant voir (mareé). Ce mot désigne la vue de la personne elle-même et ne doit pas être confondu avec maréa, verset 6, qui n'indique qu'une apparition ou un reflet. La vue accompagnait l'ouïe.