Résumé de l'activité négative (purifiai) et positive (établis) de Néhémie. Sur le premier point, voir 9.2 ; 13.1,23 et suivants. Sur le second, voir 10.35-36 et suivants. Au reste les prémices sont mentionnées ici comme spécimen de toutes les offrandes légales dont la liste a déjà été donnée 10.32 et suivants.
Conclusion
Jésus, fils de Sirach, faisant, au chapitre 49 de son livre de l'Ecclésiastique, une rapide revue des hommes de Dieu les plus illustres de tous les temps, ne manque pas de mentionner Néhémie : Sa mémoire, dit-il au verset 15, subsistera toujours, parce qu'il a réparé les murailles abattues et qu'il a rétabli les portes et les barres et qu'il a relevé nos maisons. C'est bien là l'éloge que mérite en première ligne Néhémie, qui ne voyait en effet de salut pour Israël que dans une ville forte et capable de se défendre (11.1 et suivants ; 2.5,17). Josèphe va plus loin et lui attribue même d'avoir fait reconstruire à ses propres frais des maisons pour tous ceux de ses compatriotes qui voulurent s'établir à Jérusalem (Antiquités XI, 8), ce qui n'est pas improbable, de la part d'un homme qui avait racheté un certain nombre de ses compatriotes (5.8). Il y a un temps pour tout, dit l'Ecclésiaste, et entre autres pour bâtir (3.4). Néhémie a vécu dans un de ces temps : le peuple de Dieu était tout entier, avec son culte, ses antiques institutions, son avenir, ses prophètes, ses sacrificateurs, sa race royale, à Jérusalem, et Jérusalem ne pouvait subsister qu'à la condition d'être entourée d'une forte muraille. Plus tard, Zacharie le voyait de son il prophétique et l'annonçait, comme pour avertir ses contemporains et Néhémie lui-même et les empêcher, eux et leurs descendants, de trop abonder dans leur sens, le temps viendrait où Jérusalem serait une ville ouverte, où cette muraille, élevée avec tant d'ardeur, devrait être abattue (Zacharie 2.4). Mais plus de quatre siècles allaient encore s'écouler jusque-là, et, en attendant, une sainte étroitesse pouvait seule sauver Israël. Sous ce rapport Néhémie mérite l'éloge que Paul décerne à David : à un moment donné, il a servi au conseil de Dieu (Actes 13.36).
Au reste, la fidélité de Néhémie ne se manifesta point par une uvre matérielle seulement. Cette muraille ne devait renfermer et protéger qu'un peuple attaché à la loi et au culte du vrai Dieu. Voilà ce que Néhémie a compris également, et, secondé par Esdras, le scribe versé dans la loi du Dieu des cieux (Esdras 7.12), il a énergiquement travaillé à vivifier la communauté. Elle était bien chétive, bien peu nombreuse à son gré ; il n'a cependant pas hésité à en éloigner impitoyablement tous les éléments indignes et réfractaires. Elle n'avait sa raison d'être que dans sa pureté. On peut dire que Néhémie a été le dernier réformateur d'Israël. Deux ordonnances mosaïques qui semblent n'être jamais devenues bien populaires, celle du sacrifice pour le péché et celle du sacrifice de réparation, (voir toutefois 2Rois 12.16), sont scrupuleusement remises en vigueur dans le temps qui nous occupe, l'une par Esdras (Esdras 8.35 ; 10.19), l'autre par Néhémie (Néhémie 10.33). La prophétie allait se taire jusqu'à l'aurore de la nouvelle alliance ; le résidu d'Israël allait être abandonné pour quatre cents ans à lui même et à la loi écrite. Une énergique impulsion dans le sens d'une absolue fidélité à Moïse pouvait seule le faire parvenir heureusement jusqu'au temps de Jean-Baptiste.
Sur l'activité littéraire de Néhémie, voir notre Introduction aux livres prophétiques.
Mais au moment même où Esdras et Néhémie s'efforçaient de remettre en honneur et d'appliquer au milieu de leur peuple la loi de Moïse, ils montrent à son égard une liberté étonnante. Au lieu du demi-sicle légal, ils décident de payer pour l'entretien du culte un tiers de sicle (10.32). Ils prennent des arrangements tout nouveaux en vue de procurer le bois nécessaire aux sacrifices (10.34). Et non seulement cela, mais ils acceptent et ne cherchent point, en restaurant le culte, à combler, comme il leur eût été facile de le faire, les lacunes qui s'étaient produites par suite du malheur des temps. Ainsi ils attendent patiemment l'Urim et le Thummin, qui leur permissent de consulter l'Eternel (7.65), et peut-être une arche qui les mît à même de célébrer de nouveau la plus solennelle de toutes les fêtes mosaïques (8.13, note). Ceci nous engage à poser deux questions : Si les prescriptions légales que nous attribuons à Moïse étaient, comme le pensent beaucoup de théologiens modernes, le fait de prophètes ou de scribes presque contemporains de la restauration d'Israël, tels qu'Ezéchiel ou Esdras, comment ces prescriptions ne seraient-elles pas plus en harmonie avec les circonstances où se trouvait alors le peuple de Dieu ? Et pourquoi n'aurait-on pas à toute force tenu à se conformer à ces ordonnances, du moment qu'on venait de les imaginer soi-même ? Par exemple, pourquoi légiférer sur l'arche, quand il n'y en a plus ? ou bien pourquoi n'en pas fabriquer une ?