Avant de demander à Dieu les grâces spirituelles dont nous avons un si profond besoin, le Sauveur nous permet de nous décharger sur lui de nos soucis terrestres. 1Pierre 5.7.
C'est ainsi qu'il faut entendre cette demande, sans la spiritualiser arbitrairement en lui donnant pour objet "le pain de vie." Pourquoi méconnaître cette miséricorde divine qui nous autorise à nous attendre à elle pour toutes choses ? Dans ce sens qui seul convient à l'ensemble de cette requête, chaque mot porte son enseignement :
- Donne, car tout vient de toi, est un don de ta libéralité ; le riche doit s'en souvenir aussi bien que l'indigent,
- nous, dans la communauté de la charité, de sorte que tous sentent que Dieu veut exaucer la prière du pauvre par son frère à qui il a déjà donné ;
- aujourd'hui, non des provisions pour un lointain avenir ;
- notre pain, la nourriture et ce qui est nécessaire à cette vie terrestre, non la richesse et l'opulence.
Reste ce mot que nous traduisons très imparfaitement, d'après l'ancienne version latine, par quotidien, ou de chaque jour. Il est difficile d'en bien déterminer le sens, parce que c'est, dans l'original, un mot composé qu'on peut expliquer par des étymologies diverses, et parce que, en dehors de cette prière, comparer Luc 11.3 il ne se retrouve ni dans le Nouveau Testament ni dans la littérature grecque.
Il n'est pourtant que deux significations admissibles. On obtient l'une en faisant dériver cette expression d'un mot qui signifie : le jour qui vient : "Donne-nous aujourd'hui le pain du lendemain," ce qui est presque une contradiction dans les termes et peu en harmonie avec le verset 34 ; l'autre en cherchant la racine de notre vocable dans un mot qui signifie l'être, la substance ou subsistance :
"le pain de notre subsistance, !" ce qui nous est nécessaire et nous suffit.Ainsi traduit Rilliet, d'accord avec presque tous les Pères de l'Eglise grecque et la plupart des interprètes modernes.
On retrouve donc ici à peu près la belle pensée de la prière d'Agur :"Ne me donne ni indigence ni richesse, mais nourris-moi du pain de mon ordinaire."(Proverbes 30.8)