Les pharisiens et les sadducéens formaient deux écoles philosophiques et religieuses et aussi deux partis politiques dans la nation juive.
- Le nom de pharisien signifie les "séparés," non qu'ils constituassent une secte dans la théocratie, mais, pour autant que ce terme indique leur caractère, il se rapporte plutôt à leur orgueilleuse aversion pour les païens, pour les Samaritains, pour les péagers et les pécheurs. Ils se distinguaient par leur zèle servile pour les plus minutieuses prescriptions de la loi, auxquelles ils ajoutaient celles de la tradition. Ils étaient aussi l'expression vivante de l'orthodoxie judaïque, ce qui, joint à leur pouvoir dans le sanhédrin, où ils étaient en majorité, leur donnait une grande influence sur le peuple. Quant aux doctrines de ce parti et à son importance politique et religieuse, on peut apprendre à les connaître par l'historien Josèphe qui y revient souvent et longuement. (Par exemple, Antiq., XIII, 5. 9, etc.) Le rôle que jouent les pharisiens dans la vie du Sauveur, surtout dans l'histoire de ses souffrances et de sa mort, les caractérise mieux encore.
- Les sadducéens, dont le nom dérive, selon les uns, du mot tsadik, juste selon les autres, d'un chef d'école nommé Tsadoc, formaient le parti opposé aux pharisiens. Rejetant toute tradition et même les développements de la révélation divine depuis la loi, les sadducéens niaient en même temps les réalités du monde invisible, l'existence des anges, l'immortalité de l'âme. A cause de cela, et en raison de leur petit nombre, ils exerçaient peu d'influence sur le peuple, mais d'autant plus sur les classes élevées et riches, où, pour plusieurs, certaines négations ont toujours un air de supériorité et de bon ton.
-Il y avait encore parmi les Juifs, au temps du Sauveur, un troisième parti religieux, les esséniens, dont le Nouveau Testament ne parle pas, parce qu'ils vivaient très retirés, le principal caractère de leur piété étant un rigoureux ascétisme. Ils représentaient le mysticisme monacal comme les pharisiens la propre justice orthodoxe comme les sadducéens le rationalisme de toutes les nuances. La vraie vie religieuse était alors retirée dans quelques âmes qui "attendaient la consolation d'Israël.," Luc 2.25
- Voir sur ces divers partis chez les Juifs, E. Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Christ, 2e Édit., p. 259 et suivants, 436 et suivants
On se demande comment et pourquoi plusieurs membres de ces deux partis venaient au baptême de Jean, et, s'ils y venaient, pourquoi Jean leur adresse des paroles si sévères. On a même vu une contradiction à cet égard entre Matthieu et Luc, qui, dans son récit du ministère du Baptiste (ch. 3), ne parle pas d'eux, et qui, ailleurs, (Luc 7.30) dit positivement qu'ils ne l'avaient pas reçu. La réponse à ces questions ne parait pas difficile. Que des hommes avides de popularité vinssent au prophète autour duquel se pressait la foule les uns pour ne pas paraître indifférents ou impies, les autres par simple curiosité, rien de plus naturel. Mais le prophète pénétrait leurs indignes mobiles de là les paroles sévères qu'il leur adresse. En les accueillant de la sorte, il les blessa dans leur orgueil ; ils se retirèrent, sinon tous, du moins pour la plupart, sans s'être soumis au baptême. Cela n'est pas dit expressément, mais cela résulte du discours du prophète. Il y a plus : Luc, sans parler des pharisiens et des sadducéens, rapporte les terribles paroles de Jean, qui ne pouvaient s'adresser qu'à eux, et non aux pécheurs repentants ; il suppose donc leur présence. Enfin cette position équivoque, prise par les hommes de ces deux partis à l'égard de Jean-Baptiste, s'accorde tout à fait avec l'embarras dans lequel une question du Sauveur les mettra plus tard. Matthieu 21.25-27
Hommes rusés, méchants, malfaisants. Image fréquente dans les Ecritures Esaïe 14.29 ; 59.5,Psaumes 58.5 ; Romains 3.13 et qui, dans la symbolique orientale indique les principes et l'esprit du prince des ténèbres. Comparer Genèse 3.1
Jean se défie de leur zèle apparent. Il démêle la ruse qui leur fait rechercher dans l'accomplissement d'une cérémonie extérieure une garantie contre le jugement à venir."Dans cet essai d'éluder le devoir de la repentance au moyen du signe de la repentance Jean reconnaît la suggestion d'un conseiller plus habile que le cœur de l'homme ; de là la question suivante : Qui vous a montré ?"Godet.