Ces paroles sont difficiles à concilier avec d'autres déclarations de Jésus Christ. (Par exemple, Matthieu 11.27,28.18 ; Jean 5.22, etc.)
Aussi ont-elles été très diversement interprétées depuis le temps des Pères jusqu'à nos jours. Ces interprétations se réduisent plus ou moins à la pensée que Jésus parle dans son état actuel d'abaissement, où il s'est volontairement dépouillé de sa puissance aussi bien que de sa gloire, tandis que les autres déclarations que nous venons de citer nous le montrent dans la plénitude de sa royauté divine. Il indiquerait donc ici une restriction temporaire de son pouvoir, comme il nous révèle ailleurs une restriction de sa connaissance. (Matthieu 24.36 ; Marc 13.32)
Mais est-il nécessaire d'insister sur cette distinction Cette parole n'a pas pour but de faire le départ entre le pouvoir de Dieu et celui de Jésus-Christ et d'éclairer l'insondable mystère des relations du Père et du Fils. Jésus veut faire comprendre à ses disciples la condition à laquelle ils pourront être admis à occuper la place la plus éminente dans le royaume de Dieu. Cette faveur, dit-il, ne sera pas donnée d'une manière arbitraire et pour ainsi dire à l'avance. Il faut qu'une âme y soit longuement préparée par un développement qui la conduise à la sainteté parfaite ; et cette préparation dépend à la fois de la souveraineté de la grâce de Dieu et de la fidélité de cette âme.
Le Père a préparé le royaume (Matthieu 25.34) et c'est lui aussi qui prépare ses plus éminents serviteurs pour ce royaume par des grâces spéciales ; et l'on peut ajouter que certainement les deux disciples Jacques et Jean, dont l'ambition se trahit par leur demande, n'étaient pas alors sur le chemin qui conduit au plus haut degré de gloire et de félicité. Ils n'y parvinrent que plus tard.