Cantique de Débora.
La critique actuelle elle-même n'hésite pas à accepter comme authentique la donnée renfermée dans le premier verset. Et en effet la vivacité et la fraîcheur des sentiments qui se font jour dans cette hymne, l'ardent patriotisme qui l'inspire, la haine farouche d'un cur ulcéré par la longue oppression dont il a été témoin et dont il a souffert lui-même, les détails pittoresques de l'état de terreur où avait été plongé le pays, la précision avec laquelle sont citées les tribus qui ont pris part au combat et le mépris avec lequel sont signalées les autres, le tableau dramatique de l'arrivée de l'armée ennemie, l'ironie amère avec laquelle sont décrites l'attente anxieuse de la mère de Sisera et les consolations de ses femmes, tout cela témoigne d'un auteur qui a assisté lui-même à tout ce drame et en a partagé toutes les émotions.
Ce chant de victoire, dit Ewald, nous montre comment, dans ces temps bien antérieurs à David, l'art s'unissait déjà à la simplicité ; il joint à un plan noble et grand une exécution très belle et régulière. Ce modèle de chant de victoire est de huit siècles antérieur à Pindare.
On reconnaît dans la manière dont sont opposées les deux figures de Jaël et de la mère de Sisera les émotions d'un cur de femme.
Chanta... avec Barak. Il est naturel de supposer, surtout quand on pense aux murs de l'Orient, que ce fut dans le jour de fête où l'on célébra cette victoire, que Débora et Barak chantèrent ce cantique devant le peuple assemblé pour cette solennité. Peut-être cette déclamation était-elle accompagnée de musique et même d'une représentation scénique, comme dans la célébration populaire récente de la bataille de Sempach. Cet hymne triomphal comprend trois tableaux, de dix versets chacun :
- celui de la sécurité et de la paix, fruit de la victoire : versets 2 à 11
- celui de la victoire elle-même : versets 12 à 21
- celui de la mort tragique du chef ennemi : versets 22 à 31.
On peut remarquer un certain rythme, rigoureusement observé dans les deux premières, d'après lequel chaque partie contient, à la suite du premier verset qui lui sert d'introduction, trois strophes de trois versets chacune.