Chapitres 17 à 21 : Deux appendices
La narration de l'époque des Juges finit proprement avec l'histoire de Samson. Les deux fragments qui suivent (chapitres 17 et 18, d'une part, et chapitres 19 à 21, d'autre part) ont été ajoutés à ce livre sous forme d'appendices. Car ils ne continuent nullement l'histoire commencée ; nous pouvons reconnaître au contraire à bien des indices que les événements qui y sont racontés appartiennent aux tout premiers temps de l'époque des Juges. Le but pour lequel ces deux récits ont été placés à la fin de ce livre n'est pas seulement de caractériser par deux exemples frappants l'état religieux et moral du peuple après la mort de Josué et des Anciens qui pendant un certain temps avaient maintenu vivant l'esprit de piété avec lequel Israël était entré dans la Terre promise. A quatre reprises l'auteur a introduit dans ces récits une remarque de son propre crû, qui en est comme le refrain et qui révèle clairement sa pensée (17.6 ; 18.1 ; 19.1 ; 21.25) : En ces jours il n'y avait point de roi en Israël, et chacun faisait ce qu'il trouvait bon. Cette caractéristique de l'état des choses à cette époque a pour but de montrer l'insuffisance des institutions antérieures en vue des nouvelles circonstances dans lesquelles le peuple était entré par la conquête, et de justifier l'établissement de la royauté. Les deux appendices forment ainsi la transition naturelle du récit de l'époque des Juges à celui du temps des Rois.
Ce but évident peut nous servir à déterminer avec certitude le temps de la composition de ces deux morceaux. Ils proviennent des premiers temps de la période des Rois, où l'institution nouvelle avait encore besoin d'être recommandée au respect et à l'attachement du peuple. Il nous paraît absurde de les placer à la fin de cette période et de leur attribuer ce sens : Vous voyez bien par là que la monarchie elle-même n'était pas une garantie suffisante pour la parfaite légalité du culte (Reuss, page 216).
Ces deux récits paraissent provenir de la même main ; le mode de narration est également circonstancié dans tous deux, et la remarque sur la nécessité de l'établissement de la royauté qui se trouve dans l'un et l'autre, les lie étroitement, à moins qu'on ne veuille faire de cette parole une adjonction qui aurait été insérée après coup par le rédacteur même du livre des Juges. Une étude attentive du texte a fait penser à quelques critiques que ces fragments étaient du même auteur que le double préambule qui commence le livre.
Chapitres 17 et 18 : Premier appendice : Le lévite Mica.
Culte illégitime de Mica et son transfert à Laïs-Dan.
Cet événement met en lumière le manque de toute discipline religieuse qui existait depuis la mort de Josué et des Anciens, qui lui avaient survécu (Juges 2.7). Il ne résulte point de là qu'il n'y eût aucune loi condamnant de pareils cultes. Nous constatons seulement qu'à mesure qu'Israël s'était dispersé dans le pays conquis, les différentes branches du peuple s'étaient de plus en plus affranchies de la discipline légale et de la relation avec le sanctuaire unique. Le mal, dans le cas qui nous occupe, commence au sein d'une famille et, par un effet des circonstances, s'étend à toute une demi-tribu.
1 à 6 Origine et organisation de ce culte.
Le commencement si brusque de ce récit a paru à plusieurs prouver qu'il était tiré d'un écrit plus considérable.