Un grand nombre d'interprètes envisagent cette nouvelle description comme se rapportant au même événement que la précédente : Joël recommencerait en termes plus énergiques le tableau du fléau qu'il n'avait en quelque sorte qu'esquissé au chapitre 1. Cette supposition nous paraît inadmissible. D'abord ce serait un manque de goût choquant, dont un écrivain tel que Joël n'est pas capable, que de recommencer ainsi dans un second tableau à peu près semblable la description du même fait. Puis la plaie dont il est parlé au chapitre 1 est un fait décrit comme presque passé, lors même que la sécheresse se fait encore durement sentir. Ce fléau est tellement un fait accompli que les trois transformations de la sauterelle ont déjà eu lieu, Joël invite les parents à transmettre la mémoire de cet événement lugubre à leurs enfants et par ceux-ci à leurs descendants ; les sacrificateurs doivent publier un jeûne et toutes les classes du peuple mener deuil. Enfin, 1.2-5, le prophète parle des ravages causés par les sauterelles comme d'un malheur actuel que Dieu réparera dans l'avenir en cas de repentance. Dans le chapitre 2, au contraire, tout est encore à venir. On doit sonner de la trompette pour annoncer le nouveau malheur qui approche. Ce malheur ne sera pas seulement un prélude de la journée de l'Eternel, comme celui de 1.15 ; ce sera la journée de l'Eternel elle-même (2.1-2). Tous les efforts de quelques interprètes pour distinguer ce jugement que décrit le chapitre 2 d'avec la journée de l'Eternel, dont il ne serait aussi que le prélude, échouent contre les termes du texte. Comparez particulièrement le verset 11 qui identifie absolument les deux choses.
D'après cela, Israël se trouve placé, au moment où lui parle le prophète, entre deux jugements, l'un actuel sous le poids duquel il est courbé, l'autre dans l'avenir, qui, s'il vient à se réaliser, sera pour le peuple le jour de la destruction complète. L'invitation au jeûne et à la repentance qu'il adresse au peuple a pour but non seulement d'obtenir la réparation des maux causés par le premier, mais encore plus de prévenir l'accomplissement du second. Mais il reste à savoir quelle est la nature du jugement futur que voit arriver Joël. Est-ce une nouvelle invasion de sauterelles, plus considérable encore que celle dont souffre déjà Israël ? Ou est-ce une invasion d'armées ennemies décrite sous une image empruntée à la forme du châtiment actuel ? Il serait bien étrange de voir le jour de l'Eternel rattaché à une invasion d'insectes, et un fléau de ce genre annoncé par le son du cor, tandis que ce signal d'alarme se rapporte partout ailleurs à l'invasion d'une armée ennemie (Jérémie 4.5 ; 6.1 ; Osée 5.8 ; 8.1). L'on est inévitablement conduit à donner à ce second tableau un sens beaucoup plus grave qu'au premier. Si le fléau des sauterelles, semble dire le prophète, ne vous conduit pas à la repentance, craignez un jugement plus sévère, celui que l'Eternel accomplira par une invasion de sauterelles d'une nature toute différente (celle d'une armée venant du nord, 2.20).
Le cor. Cet instrument était fait originairement avec la corne du bélier.
La trompette : voir Jérémie 4.5, note.
Il vient, il est proche (voir 1.15, note). Le prophète cherche à communiquer à tout le peuple l'émotion dont il est saisi. La crainte du jugement qui s'approche doit le réveiller de l'engourdissement spirituel.