L'essaim de sauterelles est comparé à une nation envahissante (comparez Proverbes 30.25-27). Voici comment Thomson, (The Land of the Book, pages 416 et suivantes) parle de l'invasion dont il a été témoin :
A chaque phase de leur existence, les sauterelles produisent l'impression d'un jugement de Dieu atteignant le monde coupable. Voici les pionniers de l'armée : ce sont les escadrons volants qui apparaissent au commencement du printemps. C'est par millions et poussés par une sorte de génie malfaisant qu'ils déposent leurs ufs dans les cultures, dans la plaine et dans le désert. Ceci fait, ils s'évanouissent comme la vapeur du matin... Six à huit semaines plus tard, la poussière même semblait s'animer, des vers grouillaient en quantité extraordinaire ; ils donnèrent bientôt naissance à de fort petites sauterelles qui, se traînant et sautant toutes dans la même direction, commencèrent leur marche dévastatrice. Quelques jours plus tard, leur appétit vorace se calma, elles devinrent paresseuses, puis elles se mirent à jeûner comme les vers à soie. Ce jeûne quatre fois répété, elles achevèrent de se transformer et furent pourvues d'ailes... Une fois en marche, les sauterelles dévorent toute verdure avec une merveilleuse célérité. Une vigne voisine de mon jardin était le matin verte comme un pré ; longtemps avant la nuit, elle était nue et dépouillée comme un champ fraîchement labouré ou comme une route poudreuse. Le bruit qu'elles produisent, en marchant et en dévorant, ressemble à celui que fait une forte averse sur une forêt éloignée... Les derniers jours de mai 1845, nous apprîmes que des millions de jeunes sauterelles remontaient la vallée en marchant dans la direction de notre village, (situé sur les prolongements inférieurs). On vint enfin m'annoncer que la colonne arrivait. Réunissant autant de monde que nous pûmes, nous allâmes à la rencontre des sauterelles pour les attaquer, dans l'espoir, sinon de les arrêter du moins d'en détourner le torrent dévastateur. Je n'oublierai jamais l'impression que produisit sur moi leur aspect. Elles étaient dépourvues d'ailes et en quantité incroyable. Nous creusâmes des fossés, nous allumâmes des feux, nous en détruisîmes monceaux après monceaux, mais ce fut en vain. Une vague après l'autre de ce déluge vivant remonta la pente de la montagne, passant par dessus les rochers et les murs, les fossés et les haies. Les derniers arrivants couvraient immédiatement l'espace que venaient d'occuper les insectes détruits. Après un combat prolongé et vain, je descendis dans la plaine pour me faire une idée de l'étendue de cette colonne, mais il me fut impossible d'en voir la fin. Fatigué de marcher dans cette masse grouillante, je pris le parti de rentrer chez moi, renonçant à tout espoir d'arrêter ce fléau dans sa marche progressive.