Ce passage a fort occupé les commentateurs. Plusieurs critiques modernes, M. Reuss, par exemple, y voient la preuve incontestable que la loi dite mosaïque n'existait point encore au moment où cette parole a été écrite. Mais si ce sens était fondé, comment expliquer tant d'autres passages de Jérémie lui-même qui attestent que le volume de la loi existait déjà et que l'on en faisait même des commentaires et des commentaires écrits ? Comparez 2.8 et 8.8 (note). Comment rencontrerions-nous chez des prophètes plus anciens que Jérémie des paroles qui n'ont de sens qu'autant que la loi était présente et connue de tout le peuple ? Ainsi, lorsqu'Amos reproche à Juda (Amos 2.4) d'avoir méprisé la loi de l'Eternel et de n'avoir point gardé ses ordonnances ; quand par la bouche d'Osée (Osée 8.2) l'Eternel se plaint de ce qu'il a beau écrire pour Israël toutes les ordonnances de la loi ; qu'elles sont traitées par lui comme quelque chose d'étranger ; quand Esaïe (Esaïe 8.20) rappelle le peuple à la loi et au témoignage. Le premier chapitre de Joël nous montre le culte lévitique en plein exercice, tel qu'il était constitué par la loi. S'il n'existait pas de loi écrite, comment Jérémie (31.31 et suivants) opposerait-il à la loi de Sinaï la loi future de la nouvelle alliance, qui sera écrite, non plus extérieurement, mais dans les cœurs ? L'explication que nous combattons témoigne d'une singulière inintelligence de la nature du langage prophétique. Ce langage emploie souvent des formes paradoxales qui en font la force et la beauté et qui doivent être comprises selon l'esprit et, dirons-nous, avec esprit. Osée dit, par exemple (Osée 6.6) : Je veux la miséricorde et non le sacrifice (comparez Matthieu 9.13). Voudrait-il par là bannir les sacrifices ? Esaïe dit (Esaïe 1.11 et suivants) : Qu'ai-je à faire de la multitude de vos sacrifices... ? Qui vous a demandé de fouler mes parvis... ? Voudrait-il éloigner le peuple des autels et du sanctuaire de l'Eternel ? Esaïe dit encore (Esaïe 66.3) : Celui qui immole un bœuf, tue un homme... Veut-il mettre sur la même ligne le sacrifice et le meurtre ? Non ; en parlant ainsi, les prophètes veulent exprimer avec force cette pensée : que Dieu a horreur du culte extérieur, lorsqu'on s'en sert pour abriter le péché. Comparez Esaïe 1.13 : Je ne puis voir ensemble le crime et l'assemblée solennelle. C'est là évidemment le sens du verset 21 ; et cette idée ne fait que s'accentuer au verset 22 avec une énergie nouvelle : Je n'ai point demandé le sacrifice pour le sacrifice, dit Dieu. Ce que je veux de l'homme, c'est son cœur et son obéissance, et non la chair et le sang des victimes. Les sacrifices sont destinés uniquement à représenter et à rappeler la consécration de la vie. Dès que cette disposition morale fait défaut, la cérémonie extérieure me fait horreur ; elle devient une chose que je n'ai jamais réclamée, que je n'accepterai jamais. Comparez Psaumes 40.7-8 ; 50.7-23 ; 51.18-19 ; Amos 5.22. Le prophète semble avoir voulu préciser sa pensée en employant ici cette expression inusitée : au sujet ou en matière de sacrifices ; ce qui signifie sans doute : en vue du rite extérieur et matériel, considéré en lui-même et isolément de l'obéissance, pratique. C'est dans ce sens seulement que notre passage est compatible avec ceux où Jérémie annonce que des sacrifices seront offerts aux temps du Messie et constitueront un des grands bienfaits de Dieu envers le peuple rétabli (17.26 ; 23.18) et que l'alliance conclue avec les sacrifcateurs et les lévites (verset 24) sera aussi durable que celle que Dieu avait contractée avec la famille de David. Comparez certaines manières de parler analogues Luc 10.20 ; 11.47-48 ; 14.26 ; 1Corinthiens 9.9, etc.