Les chrétiens convertis du judaïsme, auxquels est adressée cette lettre, étaient portés à envisager le christianisme comme un ensemble de croyances et de pratiques, qui laissaient dans l'ombre la personne de Christ et son œuvre médiatrice, et ne constituaient, ainsi comprises, qu'un mosaïsme supérieur.
Cette tendance les rapprochait des juifs éclairés qui ne croyaient pas en Christ, et pouvait être un acheminement vers une rechute totale. (Hébreux 6.4-10) Les doctrines qui sont ici désignées avaient été prêchées dès le commencement par Jean-Baptiste et par le Seigneur lui-même, (Marc 1.4,15) et elles étaient la base de toute prédication de l'Evangile et de toute instruction des catéchumènes, soit chez les juifs, soit parmi les païens. (Actes 2.38,8.14-17 ; 10.34-48 ; 17.30-31 ; 24.25)
La repentance des œuvres mortes est, selon le sens complet de l'original, la conversion, le changement de dispositions morales, qui détourne des œuvres mortes, de toutes les pratiques légales accomplies dans un esprit pharisaïque, de toutes les œuvres humaines qui ne procèdent pas de l'amour pour Dieu, qui ne sont pas un fruit de son Esprit dans l'homme régénéré. (Hébreux 9.14)
Cette repentance, dont le Précurseur et Jésus lui-même (Matthieu 3.2,4.17) ont proclamé la nécessité, était bien et sera toujours le premier pas de l'homme pécheur pour recevoir l'Evangile ; mais elle n'est pas tout l'Evangile ni toute la vie chrétienne.
La foi en Dieu, c'était la confiance au Dieu de l'alliance, qui avait fait les promesses à son peuple et qui "ne pouvait mentir." (Hébreux 6.13 et suivants ; Hébreux 11.6) Mais, séparée de Celui en qui et par qui s'accomplissait le salut promis, cette foi en Dieu risquait de n'être plus que la conviction froide et morte de son existence. (Comparer Jacques 2.19)
La doctrine des baptêmes pouvait être non seulement des enseignements sur le baptême de Jean, sur le baptême chrétien, sur leurs différences, mais encore sur "les divers baptêmes" (Hébreux 9.10) ou ablutions en usage déjà chez les juifs. (Marc 7.4)
L'imposition des mains suivait d'ordinaire le baptême et était souvent accompagnée des dons divers du Saint-Esprit. (Actes 8.17 ; 19.6 ; 1Timothée 4.14, 2e note ; 2Timothée 1.6)
Les doctrines de la résurrection des morts que le Sauveur défendait contre les sadducéens, (Matthieu 22.23 et suivants) et du jugement éternel, qui revient si souvent dans ses discours (Matthieu 25.31 et suivants ; Marc 3.29), peuvent aussi être conçues sans rapport direct avec la personne de Christ et avec son œuvre. (Actes 17.30 ; 24.15)
Ainsi, en toutes ces doctrines, superficiellement comprises, il n'est question ni de l'expiation des péchés par le sacrifice de Christ, (Hébreux 6.9,10) ni de la régénération et de la sanctification de l'homme pécheur par le Saint-Esprit, ni de ses progrès dans la communion intime et vivante avec Dieu : ce n'est réellement que le commencement de Christ. (Hébreux 6.1, note.)
- Il ne faudrait pas en conclure, toutefois, que ces doctrines n'eussent pas d'importance aux yeux de l'auteur. Il déclare qu'il "ne pose pas de nouveau le fondement," il les considère donc comme le fondement de l'enseignement chrétien. S'il exhorte ses lecteurs à laisser ces éléments, c'est pour aller plus loin, pour les instruire dans l'œuvre rédemptrice de Christ, qui est l'édifice proprement dit de la vérité chrétienne.