L'épreuve terrible d'Abraham (Genèse 22.1) ne fut point avant tout celle de sa tendresse de père, et ne mit pas seulement au grand jour son amour pour Dieu et son obéissance ; ce qui fut le plus vivement mis à l'épreuve en lui, c'est sa foi.
Les promesses qui étaient le fondement de sa vie religieuse, l'objet de toute son espérance, il savait, avec une parfaite certitude, qu'elles ne s'accompliraient qu'en Isaac ; (Hébreux 11.18) et il reçoit l'ordre de sacrifier ce fils ! Quelle contradiction en Dieu !
Que va devenir la foi d'Abraham ? Cette foi lui donne l'assurance que Dieu saura bien concilier toutes les contradictions, sauver l'honneur de sa fidélité et de sa vérité, dût il pour cela ressusciter Isaac d'entre les morts.
C'est pourquoi, en vertu de sa foi (d'autres prennent le mot grec dans son sens local : d'où, c'est-à-dire d'entre les morts), aussi il le remporta (comme on remporte le prix d'une victoire) aussi figurément ou en figure (grec en parabole), c'est-à-dire comme un symbole de la puissance qu'a Dieu de ressusciter les morts. (Voir le même mot Hébreux 9.9)
Pour Abraham, au moment où il saisit le couteau, le sacrifice était fait, son fils était mort. Qu'importe ! se disait-il ; plutôt que de manquer à ses promesses, Dieu rendra la vie à mon fils.
Ainsi la délivrance que Dieu lui accorda, en l'arrêtant au moment où il allait frapper l'enfant, fut bien pour lui, et est pour tous ceux qui le suivent dans sa foi, une parabole de la résurrection, car les promesses divines s'étendent jusqu'à la vie éternelle. Quiconque donne à Dieu ses bien-aimés par la foi, les recevra de nouveau par la résurrection.
Plusieurs interprètes ont pensé que l'auteur voyait dans ce fait une image de la résurrection du fils de Dieu, d'après une allusion à Abraham que Paul fait Romains 8.32. Il est peu probable que cette pensée soit dans notre passage.
Mais d'autre part la traduction : par une sorte de résurrection, c'est-à-dire par une délivrance qui ressemblait à une résurrection (Calvin, Osterwald, Segond), ne tient pas assez compte du terme en parabole.
Quelques-uns, au lieu de traduire le terme grec par en parabole, le rendent, selon le sens du verbe d'où il est dérivé par : dans l'offrande, "dans le sacrifice" (Weizsäcker), "au moment même où il l'exposait." (Oltramare.) Cette traduction est contraire au sens constant du mot. (Comparer Hébreux 9.9)