Pour bien comprendre les réflexions que l'auteur fait, dans les Hébreux 11.7-16, sur la position d'Abraham et des patriarches dans le pays de Canaan, il faut se rappeler les pensées qu'il a exprimées (Hébreux 4.1-11) sur cette terre de la promesse et du repos.
La vie d'étrangers habitant sous des tentes, les patriarches ne l'adoptèrent pas, parce qu'elle leur plaisait, parce qu'elle était dans les mœurs de l'Orient, ou parce qu'ils n'auraient pu acquérir des possessions en Canaan (Abraham était très riche et la remarquable histoire rapportée dans le 23e chapitre de la Genèse montre assez ce qu'il aurait pu faire avec ses biens) ; ils s'y soumirent uniquement dans la confiance inébranlable que Dieu, selon sa parole, donnerait ce pays entier à leur postérité, et qu'ensuite, dans cette postérité, "toutes les familles de la terre recevraient une bénédiction."
Ils ne pouvaient alors concevoir toute la portée de cette promesse. Mais grâce à elle, la possession future de Canaan n'était pas pour eux l'objet d'une espérance purement terrestre ; elle élevait leur foi jusqu'à des objets spirituels et éternels : d'abord, parce qu'elle annonçait le salut du monde, et ensuite parce que, leur donnant à entendre qu'ils ne posséderaient pas eux mêmes le pays de Canaan, (voir Genèse 15.13 et suivants) elle les plaçait en présence d'une contradiction que leur foi seule pouvait résoudre, et qu'elle résolut en effet en leur montrant dans Canaan l'image et le gage d'une patrie meilleure, permanente, céleste, qu'ils attendaient.
Telle est l'interprétation de leur foi et de leur vie, que l'auteur donne de la manière la plus claire dans Hébreux 11.13-16. Ici, il montre qu'Abraham a résolu la contradiction impliquée en sa position d'étranger dans la terre de la promesse, car il attendait la cité qui a des fondements inébranlables (cette image fait contraste avec les tentes légères où lui et ses descendants vivaient) et qui a Dieu lui-même pour architecte et pour constructeur, créateur, ouvrier. (Hébreux 11.16, 3e note.)
Par cette cité l'auteur a en vue Jérusalem, qui, après avoir été la capitale du royaume théocratique établi dans la Canaan terrestre et avoir possédé le temple, signe visible de la présence de Dieu, est devenue, dans les cieux, le séjour de ceux qui sont réunis dans la communion de Dieu. (Comparer Hébreux 11.16 ; 12.22 ; Apocalypse 21)