Notre épître s'ouvre par l'affirmation du grand fait de la révélation, sur lequel reposait la foi des fidèles de l'ancienne comme de la nouvelle Alliance.
Dieu a parlé. Cet exorde rappelle le prologue de l'évangile de Jean ; mais au lieu de prendre son point de départ dans les profondeurs de l'éternité et de nous présenter d'emblée "la Parole qui était au commencement avec Dieu," l'auteur de l'épître aux Hébreux se place sur le terrain de l'histoire et envisage la Parole divine telle qu'elle s'est manifestée dans les prophètes et dans le Fils. C'est ce que porte littéralement le grec : la Parole divine pénètre ses organes, habite en eux, et ne les emploie pas comme des instruments passifs.
Dieu a parlé par les prophètes à plusieurs reprises et en plusieurs manières. Ces deux termes indiquent, le premier, que la révélation de l'Ancien Testament a eu un caractère morcelé, et s'est produite en des occasions multiples, pendant des siècles ; le second qu'elle a présenté une grande variété, soit dans les modes de communication, (Nombres 12.6-8) soit dans sa teneur (loi, prophétie, promesses, menaces), soit dans son appropriation au développement d'Israël et dans son perfectionnement graduel.
Cette variété est une richesse ; elle donne à l'Ancien Testament une grande valeur pédagogique, mais elle fait aussi son infériorité : fragmentaire et progressive, la révélation de l'ancienne Alliance est incomplète ; la révélation une et définitive n'a été donnée que dans le Fils ou dans un Fils ; l'article manque en grec, soit parce que le mot fils est assimilé à un nom propre, soit parce que l'organe de la révélation est présenté comme un être qui a la qualité de fils et qui possède les attributs énumérés dans Hébreux 1.2 et suivants
Enfin, l'auteur fait ressortir que la parole adressée aux pères a retenti autrefois, dans une période close depuis quatre siècles par l'apparition du dernier prophète, Malachie ; tandis que la révélation dont le Fils est le porteur nous est accordée en ces derniers jours, ou plus exactement, selon le vrai texte (tous les majuscules), à la fin de ces jours : on désignait ainsi, d'après la formule usitée chez les prophètes, le temps qui devait s'écouler entre la première venue du Christ et son glorieux retour, attendu comme prochain. (Comparer 1Corinthiens 10.11) On ne pouvait ouvrir l'épître par une pensée plus propre à faire impression sur ces Hébreux dont la foi chancelante hésitait entre les deux économies, entre Moïse et le Fils de Dieu.