C'était précisément ce scandale de la croix qui excitait les faux docteurs contre Paul, et lui attirait la persécution de la part des Juifs.
A cette époque, en effet, les chrétiens n'étaient encore persécutés que de la part des Juifs, qui les dénonçaient aux autorités païennes. Ce qu'ils ne pouvaient souffrir dans l'Evangile, ce qui scandalisait leur orgueil, c'est que Paul prêchait le salut de tous, Juifs ou païens, par la foi seule en un Crucifié, dont le sacrifice d'expiation sur la croix avait obtenu aux pécheurs la seule justice par laquelle ils pussent subsister devant Dieu.
Si du moins l'apôtre avait en même temps prêché la nécessité de la circoncision et de l'observation de la loi pour être sauvé, alors le scandale de la croix aurait cessé, et les Juifs, au lieu de le persécuter, l'eussent approuvé comme un propagateur de leur religion.
D'où vient ici à Paul cette pensée ? Il ne le dit pas, mais ces paroles ont fait supposer avec raison que ses adversaires l'accusaient de prêcher encore dans d'autres Eglises la circoncision. Par là, ils minaient son influence en le mettant en contradiction avec lui-même. Sa réponse, puisée dans les tristes expériences de sa vie, est sans réplique.
- De nos jours encore, aucune doctrine de l'Evangile ne choque autant la propre justice et la sagesse humaine que ce mystère de réconciliation et de justification devant Dieu par le sacrifice de la croix. Affaiblir, effacer cette doctrine, c'est le plus sûr moyen de rapprocher le christianisme de la philosophie et de l'esprit du monde. Par là, le monde recommence à "aimer ce qui est à lui."