Chapitres 40 à 48
La consommation du règne de Dieu en Israël
La prophétie d'Ezéchiel se termine par ce grand morceau, unique en son genre dans l'Ancien Testament et qui se détache nettement sur tout le reste du livre. Il n'en forme pas moins le couronnement et la conclusion naturelle de toute l'uvre d'Ezéchiel, et il n'est pas difficile d'apercevoir et de définir sa relation avec tout ce qui le précède. De quelque manière qu'on le comprenne d'ailleurs, il apparaît comme l'application des promesses contenues dans le morceau précédent (chapitres 33 à 39) et en particulier 37.21-28. Toutes les assurances données par l'Eternel à son peuple dans ce dernier passage : Je ramènerai Israël dans le pays ; je ferai de lui une seule nation ; ils ne se souilleront plus par leurs dieux infâmes ; je les purifierai ; mon serviteur David sera leur prince ; ils suivront mes ordonnances ; ils habiteront le pays et les nations sauront que je suis l'Eternel qui sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera pour toujours au milieu d'eux ; toutes ces assurances forment comme le programme des chapitres 40 à 48. Elles semblent y prendre corps et figure, en se résumant dans l'image d'une habitation parfaite de l'Eternel, servi par un saint sacerdoce, au milieu d'un peuple renouvelé occupant en paix Canaan, et en se développant dans une foule de descriptions et de prescriptions de détail, qui portent toutes le cachet d'une consécration particulière à Dieu. Ainsi le prophète présente d'une manière énergique, au peuple de l'exil, le salut sous la forme qui devait le plus lui sourire, celle d'un temple qui lui manquait. Précédemment il a déjà annoncé l'uvre de Dieu pour son peuple et le culte que ce peuple lui offrira en retour ; il le lui fait maintenant comme toucher du doigt, et cela, selon son habitude, sous des aspects plastiques et concrets.
Un autre rapport, de contraste, celui-ci, relie encore notre prophétie à celle qui précède immédiatement, chapitres 38 et 39. Le chapitre 34 opposait David, le bon pasteur, aux mauvais pasteurs d'Israël ; les chapitres 35 à 37, la restauration de la Terre Sainte à la dévastation éternelle d'Edom ; nos chapitres opposent à leur tour à la fin ignominieuse des nations orgueilleuses soulevées contre Israël, le sort que Dieu prépare à son peuple réconcilié. Tandis que Gog et Magog ont marché dans la Terre Sainte, qu'ils venaient profaner, au-devant de la défaite et de la honte éternelle que leur a infligées le Dieu vengeur de son peuple, Israël y rencontre la présence d'un Dieu miséricordieux et saint, dans le culte duquel tous ses devoirs se concentrent. Gog et Magog, autrefois pleins de force et de vie, ont trouvé en Canaan un tombeau ; Israël, sorti du tombeau, y trouvera la sainteté divine qui sera sa vie. Cette sainteté, pénétrant désormais tous les domaines de son activité, le vivifiera, lui et les nations païennes voisines, représentées sous l'image de la mer Morte. Nous avons dans ce double tableau les deux termes de l'histoire humaine.
Les chapitres 40 et 48 présentent cependant de grandes difficultés et d'ensemble et de détail. Les unes proviennent de l'emploi d'un grand nombre de termes rares et techniques, ou de mesures dont il n'est pas toujours facile de découvrir l'accord. Qu'Ezéchiel, en sa qualité de sacrificateur, au courant du plan et du service de l'ancien temple, fasse fréquemment allusion à des détails familiers aux Israélites qui devaient lire sa prophétie, cela ne doit pas nous surprendre. Le lecteur ne devra pas s'étonner davantage s'il règne dans quelques-unes de nos explications une certaine incertitude provenant de l'éloignement où nous nous trouvons de tout ce cérémonial que les auteurs de la traduction des Septante eux-mêmes ne comprenaient déjà plus qu'en partie. Les autres, qui se rapportent à l'ensemble du morceau, proviennent de l'obscurité qui règne sur l'intention que peut avoir eue le prophète en écrivant avec un soin minutieux une sorte de législation religieuse si précise. A-t-il, comme on pourrait aisément le penser, prétendu donner aux Israélites une constitution, ou tout au moins un modèle de constitution religieuse nouvelle qu'ils devaient réaliser au moment de leur retour, un plan du temple à bâtir après l'exil ? ou bien essaie-t-il seulement de présenter un tableau typique et idéal d'un état de choses parfait, se résumant en un culte parfait dans un sanctuaire parfait bâti sur une terre parfaite ? Et dans ce dernier cas Ezéchiel a-t-il lui-même, par un procédé littéraire fréquent, revêtu ses aspirations et ses inspirations de prophète de formes symboliques choisies par lui, ou bien a-t-il réellement contemplé en vision toutes les choses qu'il décrit ?
Nous ne faisons ici que poser ces questions, déjà sommairement traitées dans l'Introduction, et nous renvoyons la réponse à la fin du livre, après l'étude détaillée de ces neuf chapitres.
- Chapitres 40 à 42 : Le temple
- Chapitres 43 à 46 : Les lois du temple
- Chapitres 47 et 48 : La Terre-Sainte renouvelée.
Le préambule, versets 1 à 4. C'est ici l'introduction de tout le morceau qui ne renferme qu'une seule et même vision.
Si le prophète avait vingt ans au moment de sa déportation qui eu lieu en 599 avant J-C (comparez 1.2, note), onze ans avant la ruine de Jérusalem, il n'était âgé à ce moment-ci (575-574) que de quarante-cinq ans.
Le dix du mois. D'après les mots précédents, c'était le premier mois de l'année (Exode 12.2), celui de nisan, qui correspondait à peu près à la seconde moitié de mars et à la première d'avril. Ce jour était celui où les Juifs, quand ils pouvaient célébrer la Pâque, mettaient à part l'agneau pascal (Exode 12.3). Suivant une autre explication qui s'appuie sur le passage Lévitique 25.9 il s'agirait ici du septième mois, celui de thisri, et le dixième jour serait le jour même de la fête des Expiations, Lévitique 16.29. Quoi qu'il en soit, Ezéchiel veut relever ici le fait que la vision lui fut accordée en un jour déjà solennel en lui-même.
La main de l'Eternel fut sur moi. Il résulte de ces mots qu'Ezéchiel n'a pas cru que le tableau qu'il allait tracer fût le produit de ses propres réflexions. C'est dans une contemplation extatique qu'il voit le plan et les mesures de tout ce qu'il va décrire (comparez Exode 25.40 ; Hébreux 8.5). C'est ce qui ressort également de l'indication précise du jour de la vision.
En ce lieu-là ; littéralement : là, c'est-à-dire au lieu de la vision, ou bien : là-bas, dans la patrie.