Le jugement final du monde païen :
Chapitres 38 et 39
Israël est depuis longtemps rétabli ; déjà le règne de Dieu est réalisé dans son sein. Il jouit d'une prospérité, parfaite et de la plus entière sécurité. Tout à coup une invasion de peuples lointains et barbares menace son existence. Gog, roi du pays de Magog, fond sur la Terre Sainte avec une armée innombrable, composée des peuples les plus divers. C'est la dernière attaque du paganisme contre le peuple de Dieu. Mais à son arrivée dans le pays qu'il se propose de piller, cet ennemi est subitement anéanti par un jugement de Dieu qui de là s'étend même jusqu'aux contrées d'où Gog est parti. Pendant sept ans Israël brûle les armes des envahisseurs, et pendant sept mois il ensevelit leurs cadavres, que les oiseaux de proie et les bêtes des champs lui disputent durant ce temps. Ainsi Dieu glorifiera définitivement son nom aux yeux de tous les survivants d'entre les Gentils, qui sauront dorénavant qu'il est l'Eternel, et aux yeux des Juifs, qu'il ne privera plus jamais de sa grâce.
Tel est le contenu de ces deux chapitres qui décrivent la chute finale du paganisme sur la terre. Déjà les anciens prophètes, surtout Joël, Michée, Sophonie, après avoir décrit le jugement d'Israël dont les païens seront les exécuteurs, avaient annoncé celui qu'auraient à subir les païens de la part de Dieu lui-même. C'est cette dernière idée qui est mise en scène de la manière la plus dramatique dans cette prophétie. Plusieurs traits (sept ans, sept mois) nous forcent à lui attribuer un caractère symbolique et un sens spirituel ; néanmoins il est manifeste que le prophète parle de l'événement qu'il décrit comme d'un fait vraiment historique. Avant cette dernière lutte de l'humanité contre l'Eternel, le règne de Dieu ne peut obtenir sa constitution définitive. Cet édifice éternel ne s'élèvera que sur les ruines de tous les éléments résistants dans la race humaine. Peut-être la terrible invasion des Scythes dans toute l'Asie occidentale, qui avait eu lieu un demi-siècle avant cette prophétie (comparez Jérémie 4.5, note), a-t-elle suggéré au prophète quelques traits de ce tableau.
On sait que Jean place cette invasion de Gog et Magog à la suite du règne de mille ans (Apocalypse 20.7-10), avant l'apparition du ciel nouveau et de la nouvelle terre (Apocalypse 21.1-5) ; elle occupe une place analogue dans Ezéchiel ; comparez les chapitres 40 à 48 qui suivent.
Chapitre 38
Dans les 17 premiers versets, le prophète décrit la mise sur pied et l'arrivée de l'armée de Gog ; dans les versets 18 à 22, sa destruction.
Gog, au pays de Magog. On trouve, Genèse 10.2, parmi les noms des sept fils de Japheth celui de Magog ; il est placé entre Gomer et Madaï. Ce dernier nom désigne sans aucun doute les Mèdes, au sud de la mer Caspienne. On est assez d'accord aujourd'hui pour reconnaître dans Gomer les Cimmériens, dont les demeures paraissent avoir été situées au nord de la mer Noire et sur les bords de la mer d'Asow. Il est probable que Magog occupait une position intermédiaire, mais beaucoup plus septentrionale (verset 45), ainsi sur les bords de la mer Caspienne et vers les vastes steppes de l'Oural. Quant au nom de Gog, ou bien Ezéchiel l'a formé lui-même en le tirant de celui de Magog, dont il aurait retranché la syllabe Ma, indiquant la contrée, ou bien il l'avait reçu de la légende populaire, comme celui des souverains de ce peuple éloigné. Ces deux noms, Gog et Magog, ne reparaissent dans la Bible que Apocalypse 20.8 (sauf 1Chroniques 5.4 où Gog est le nom d'un descendant de Ruben) ; ils semblent être dans l'Apocalypse deux noms de peuple.
Prince souverain de Mésec et de Tubal. Le mot traduit par souverain est rosch : tête. Ce pourrait être aussi le nom d'un peuple : prince de Rosch, Mésec et Tubal, comme beaucoup traduisent ; mais les anciens ne mentionnent nulle part un pays de Rosch. Au dixième siècle seulement les écrivains byzantins parlent d'un peuple de Ross, habitant soit le Taurus septentrional, soit les rives du Volga et que l'on pourrait identifier avec les Russes, quoique ceux-ci paraissent n'être venus qu'au neuvième siècle de la Scandinavie. La traduction que nous avons suivie et qui se justifie pleinement, ne permet aucun rapprochement de ce genre. Nous avons déjà indiqué où se trouvaient Tubal et Mésec ; le premier à l'angle sud-est de la mer Noire, le second plus à l'est dans la vallée située entre l'Arménie et le Caucase (27.13 ; 32.26). Notre traduction suppose que le roi de Magog avait étendu son pouvoir vers le sud, jusque sur ces deux peuples.