Je mettrai mon Esprit en vous. Ces mots correspondent à la seconde partie de l'uvre décrite (versets 9 et 10) ; Il est absolument impossible, en les rapprochant de la promesse 36.26-27, de les rapporter à autre chose qu'à une uvre spirituelle qui suivra le rétablissement extérieur et national. Nous avons déjà vu, 36.24-25, ces deux uvres prédites dans le même ordre.
Je vous donnerai du repos. La traduction ordinaire : je vous placerai sur votre sol, n'est conforme ni au contexte, ni à la forme du verbe. Pour le vrai sens de celui-ci, comparez Deutéronome 12.10. Quant au contexte, il exige que ces mots soient rapportés, non au moment du retour, mais à l'état de paix et de bonheur parfait qui a été décrit, 36.28-36, comme devant glorieusement couronner la régénération morale du peuple.
Encore ici donc, comme au chapitre 36, sont indiqués trois degrés distincts dans le rétablissement du peuple :
- Un rétablissement temporel (la reconstitution des corps ; les muscles, la chair, la peau). C'est le retour de la captivité après la chute de Babylone. Le peuple recouvre son existence nationale avec les organes nécessaires à sa prospérité terrestre. Mais ce n'est pas encore là la vraie vie ; celle-ci, l'Esprit seul peut la donner aux nations comme aux individus.
- Le renouvellement spirituel. On peut constater sans doute un commencement d'amélioration morale après l'exil ; le peuple rompt entièrement avec l'idolâtrie et avec tous les vices qui en résultaient. Mais il est évident que cette amélioration relative ne répond que très imparfaitement à l'énergie de l'expression du verset 14 et à la grandeur imposante du tableau qui termine la vision (verset 40) ; comparez aussi les expressions parallèles 36.26. C'est la vie d'en-haut, l'habitation de Dieu réalisée par le Saint-Esprit, qui est ici promise au peuple. Cette pentecôte aurait dû avoir lieu, selon le cours normal des choses, à la venue du Messie. Mais l'incrédulité de la nation a empêché l'accomplissement du plan divin ; la pentecôte a été une uvre limitée à un petit nombre d'individus israélites qui ont accepté le Messie ; elle s'est étendue ensuite aux païens croyants. Faudrait-il conclure de là que la promesse est absolument retirée à Israël ? Nullement ; car les dons et la vocation de Dieu sont irrévocables (Romains 11.29). Le jour viendra où Israël, regardant enfin à Celui qu'il a percé, recevra la plénitude de l'Esprit, et où la fidélité de Dieu se glorifiera pleinement en lui. A ce moment s'appliquera à lui, bien plus complètement encore qu'à l'Israël exilé en Babylonie, le terme d'ossements fort secs ; mais l'accomplissement de la vision reprendra son cours à ce nouveau stage de l'histoire, et cette fois il ira jusqu'au bout ; et d'abord jusqu'à la Pentecôte complète.
- L'ère du bonheur final ; elle n'est qu'indiquée sommairement au verset 14, par la raison qu'elle avait été magnifiquement décrite au chapitre 36, depuis le verset 28.
Il est difficile de croire que saint Paul ne fasse pas allusion à cette prophétie, quand il applique à la conversion finale du peuple juif et à l'influence qu'elle doit exercer sur toute la gentilité chrétienne l'expression de résurrection d'entre les morts, Romains 11.15. C'est également à ce tableau que paraît penser Jésus, quand, au chapitre 5 de l'évangile de Jean, il décrit le Fils opérant par sa parole l'uvre de la résurrection spirituelle au milieu de l'humanité plongée dans la mort (Jean 5.19-27).