Complainte sur la ruine de Tyr
Ce chant funèbre sur la chute de la métropole commerciale du monde antique réunit deux caractères qui paraissent s'exclure : ceux de l'inspiration lyrique et de l'exactitude statistique. C'est que l'auteur n'écrit ni en poète, ni en économiste, mais en prophète, qui combine, en les faisant servir à son but, les vives intuitions de l'imagination et la connaissance très exacte des faits matériels. Son but, c'est celui de l'Ecriture entière : anéantir l'homme et glorifier Dieu. L'homme peut briller par sa force, comme Nébucadnetsar, ou par sa sagesse et son habileté, comme le roi de Tyr. Dans un cas aussi bien que dans l'autre, le jugement de Dieu lui fera connaître son néant.
Le prophète contemple d'abord la grande cité marchande, qui remplit les mers de ses vaisseaux, sous l'image d'un navire admirablement construit et équipé, qui traverse fièrement les grosses eaux, emportant et rapportant les marchandises du monde entier (versets 2 à 25). Puis, dans un second tableau, il voit ce navire sombrer soudain au souffle d'un ouragan venu d'orient et il entend le cri d'effroi du monde entier à la vue de ce désastre (versets 26 à 36).
Le premier morceau comprend, d'abord, le tableau de la beauté et de la puissance de Tyr (versets 2 à 14), puis celui de son immense commerce (versets 12 à 25).
2 à 11 L'Etat de Tyr, représenté sous l'image d'un navire merveilleux pour la construction et l'embellissement duquel le monde entier a réuni tout ce qu'il produit de plus excellent. Cette image d'un navire est empruntée à la situation de Tyr, bâtie sur une île, d'où elle dominait les mers. Le prophète y reste fidèle d'un bout à l'autre du morceau, sauf dans quelques traits de détail (versets 11 : murailles, tours).