La ville est personnifiée ; l'océan qui l'engloutit (verset 19) devient ici l'hadès qui reçoit les morts.
Je mettrai un ornement. Le mot tsevi désigne un joyau (comparez 20.15 ; Esaïe 13.19). A mesure que Tyr, l'ancien ornement du monde, descendra dans le lieu de l'éternel oubli, Dieu la remplacera sur la terre des vivants par un ornement brillant et durable. Il veut parler sans doute de Jérusalem, dont la ruine avait réjoui Tyr quand elle était encore dans sa force, et qui, une fois rétablie, sera, sous le sceptre du Messie, la splendeur de l'univers.
Remarques sur le chapitre 26
Si, comme le pensent plusieurs critiques modernes, le sens de cette prophétie était nécessairement que la ruine finale de Tyr suivra immédiatement le siège de cette ville par Nébucadnetsar, il est évident qu'on aurait le droit de dire que cette prophétie est restée sans accomplissement. Les historiens ne nous disent pas même positivement que Tyr, après les treize années du siège de Nébucadnetsar, ait été prise et pillée. Deux siècles plus tard, elle est encore debout, au temps d'Alexandre-le-Grand, où elle soutient de nouveau un siège mémorable ; après quoi elle passe sous la domination grecque, puis sous celle des Romains. Au temps des apôtres il s'y trouve une église chrétienne. Pillée par les Croisés en l'an 1125 de notre ère, elle est enfin détruite par les Musulmans en 1275. Aujourd'hui, c'est un village de 4 à 5000 habitants, dont les maisons ne sont pour la plupart que des masures. L'un des ports est ensablé, et son commerce a pris fin.
Mais si, comme nous l'avons dit déjà (Esaïe 23.14,18, notes), le coup dont le prophète menace Tyr peut n'être envisagé que comme le commencement de sa décadence, qui s'est consommée ensuite graduellement, alors la menace prophétique d'Ezéchiel n'est point en défaut, et nous ne trouvons ici autre chose que la preuve d'un fait évident : c'est qu'il faut distinguer entre la prophétie et l'histoire. Le prophète voit d'un coup d'il l'arbre tout entier dans son germe ; l'historien suit du regard et signale toutes les phases du phénomène historique qui s'accomplit par degrés.
Quant à la question de savoir si Tyr a réellement été prise et pillée par Nébucadnetsar, nous ne pouvons, en l'absence de données historiques positives, la résoudre que par conjecture. Josèphe raconte que Nébucadnetsar ramena sous la dépendance de son père la Célésyrie et la Phénicie (Antiquités X, 11, 1). Dans son ouvrage Contre Apion (1, 19), il rapporte que ce roi conquit et ravagea la Syrie et la Phénicie tout entière. Il semble, par conséquent, que si Tyr, la capitale, n'eût pas été prise alors, il eût dû mentionner expressément ce fait exceptionnel, d'autant plus qu'il écrivait d'après des documents phéniciens qui n'auraient pas manqué de faire ressortir cet exploit de Tyr, à la gloire de leur patrie. Le grand roi Nébucadnetsar assiégeant cette ville pendant treize ans et obligé de se retirer sans l'avoir forcée..., ce serait là un fait éclatant que l'histoire n'eût pas aisément passé sous silence ; tandis que la prise de la ville était tacitement comprise dans la mention de ce long siège. On objecte, il est vrai, ce qui est dit par Ezéchiel lui-même, 29.17-20, que Dieu donnera l'Egypte en pillage à Nébucadnetsar pour le rude travail que son armée a eu devant Tyr au service de Dieu, et dont il n'a pas été salarié. Ce passage prouve assurément qu'une partie des richesses de Tyr lui avait échappé, mais non pas que la ville n'ait pas été prise. Nébucadnetsar n'avait pas de flotte ; et peut-on croire que pendant treize ans les Tyriens aient pu voir approcher le jour fatal, sans se servir de leurs vaisseaux pour mettre en sûreté dans les colonies une partie de leurs biens ? Ils en ont agi ainsi, nous le savons positivement, lors du siège d'Alexandre ; et cependant ils eurent alors bien moins de temps pour prendre cette mesure. Dieu dit, Ezéchiel 29.20, qu'il veut salarier Nébucadnetsar, parce qu'il a travaillé pour lui. Or, le travail que Dieu avait donné à ce roi, n'était pas d'assiéger Tyr, mais de la prendre. Un ancien historien (Ménandre) rapporte le fait suivant : Après quelque temps, les Tyriens firent revenir de Babylone, pour les gouverner, des membres de leur famille royale, entre autres Merbal et Hiram. Il résulte de là que la famille royale de Tyr avait été emmenée en captivité à Babylone et que Tyr, par conséquent, avait été prise par Nébucadnetsar.
Si nous envisageons cette question du point de vue large auquel il faut se placer pour apprécier les tableaux de nature prophétique, nous reconnaîtrons que ce que Dieu voulait annoncer par Ezéchiel, c'était le châtiment et la chute de Tyr comme grande puissance commerciale, et non pas comme ville quelconque. Or Tyr, comme grand centre de négoce, ne s'est jamais relevée du coup dont l'avait frappée Nébucadnetsar ; dès ce moment, le déclin graduel de sa puissance et de sa richesse n'a pas cessé. Comme grand entrepôt international, elle est et reste ensevelie au fond des mers, et le village qui marque sa place sur la carte, n'est que l'épave qui témoigne de son naufrage.