La justice des rétributions divines.
Les reproches et les menaces du prophète, contenus dans les discours précédents, pouvaient aisément provoquer de la part d'une génération impénitente, comme l'étaient les contemporains d'Ezéchiel, cette objection : Nous souffrons pour les fautes de nos pères, et si nous sommes nous-mêmes dans une mauvaise voie, ce sont eux qui nous y ont mis. Est-il juste de faire peser sur nous une dette dont la plus grosse part n'a point été contractée par nous ? D'autres objections contre la justice du gouvernement divin se joignaient à celle-là. On voit des pécheurs qui changent de conduite et qui périssent par suite de leurs fautes passées ; il est donc inutile de se convertir ! Puis on voit des justes qui se livrent au vice, sans cesser pour cela de jouir du fruit de leurs justices passées. On peut donc se convertir inutilement et se pervertir impunément. Où est la justice de Dieu ? Il faut reconnaître que l'amertume de la situation présente pouvait parfois provoquer, et cela précisément dans la meilleure partie du peuple, en particulier chez ceux qui avaient été emmenés en captivité, de pareilles pensées, de pareilles plaintes.
Dans la première partie du chapitre, (versets 1 à 20), le prophète examine l'objection tirée du rapport entre la conduite des pères et les châtiments dont souffrent les enfants. Dans la seconde (versets 21 à 29), il résout l'autre difficulté, l'inutilité d'un changement en bien ou l'impunité d'un changement en mal dans la vie du même individu. Solidarité dans la vie de la race, solidarité en dedans de l'existence individuelle, voilà donc les questions traitées dans ce chapitre. Le prophète termine par une exhortation pressante à la conversion (versets 30 à 32).
Le sens de ce dicton populaire est celui-ci : Les pères pèchent ; les enfants pâtissent. Cet adage, qui renferme une accusation contre la providence, était déjà usité en Palestine, comme le montre Jérémie 31.29 ; les captifs l'avaient apporté de là avec eux. Mais il y a cette légère différence entre Jérémie et Ezéchiel, que celui-ci ne dit pas : Les pères ont mangé mais : Les pères mangent. Cette dernière forme est mieux appropriée à une maxime générale, à un proverbe, comme dit Ezéchiel.
On a supposé à tort que les deux prophètes se proposaient ici de corriger le décalogue (Exode 20.5) : le Dieu fort qui punit l'iniquité des pères sur les enfants. Mais Moïse lui-même, en ajoutant dans le commandement les mots : de ceux qui me haïssent, avait déjà fait comprendre que, si les châtiments des pères doivent s'accumuler sur la tête des enfants, ce n'est qu'autant que ceux-ci persévéreront dans la voie de révolte frayée par les pères. Or, la menace du décalogue ainsi comprise est d'acord avec cette thèse d'Ezéchiel : que si le fils du père injuste rompt avec la tradition paternelle et revient au bien, il ne portera point la punition du péché de son père. Le second commandement déclare seulement en outre cette vérité, que l'expérience confirme : que si les fils persistent dans la mauvaise voie des pères, ils porteront avec leur propre peine celle des générations précédentes accumulés sur leurs têtes ; comparez Luc 11.47-51. La direction donnée aux juges, Deutéronome 24.16 part aussi du point de vue de la responsabilité personnelle qui a inspiré le passage d'Ezéchiel. Or Dieu ne saurait, avoir deux justices opposées.