L'Eternel, le Dieu des cieux. Cyrus a montré une grande largeur à l'égard des diverses religions qu'il a trouvées dans les pays voisins du sien. Ainsi, lorsqu'il eut conquis la Babylonie, il laissa subsister tel quel le culte des dieux de Babylone et fit même renvoyer dans leurs sanctuaires les statues des dieux de Sumir et d'Akkad que le dernier roi de Babylone en avait éloignées : Les dieux de Sumir et d'Akkad que Nabûnahid, au grand déplaisir du Maître des dieux, avait transportés à Suannaki-Babylone, je les ai fait rentrer en paix dans leurs sanctuaires. Il a toujours témoigné un grand respect aux divinités étrangères : ainsi dans l'extrait que nous venons de citer d'un cylindre découvert dans les annales de Naboned, il reconnaît à Mérodac la qualité de Dieu suprême des Babyloniens, et, dans la suite de cette même inscription, il lui annonce qu'il approche de Babylone et raconte qu'il invoque journellement Bel et Nébo, les priant de bien vouloir intercéder en sa faveur auprès de Mérodac. Est-ce à dire que, pour tout cela, Cyrus se soit converti à la religion de Babylone ? Non ! il est demeuré adorateur d'Ormuzd. Seulement il est probable qu'il considérait Mérodac comme la forme sous laquelle Ormuzd se faisait connaître à Babylone. De même ici. il ne faudrait pas conclure du fait que Cyrus parle de l'Eternel et l'appelle le Dieu des cieux, qu'il se soit converti au judaïsme, pas plus que ne l'avait fait Nébucadnetsar lorsqu'il avait proclamé que nul Dieu ne pouvait délivrer comme celui des Juifs (Daniel 3.29). L'Eternel était pour lui le vrai Dieu, le Dieu unique, en tant que connu et adoré chez les Juifs. et voilà pourquoi il veut se le rendre favorable en lui faisant élever un temple à Jérusalem.
Et il m'a chargé... Josèphe (Antiquités XI, 1) rapporte comme suit l'édit de Cyrus : Nous croyons que le Dieu tout-puissant qui nous a établi roi de toute la terre, est le Dieu que le peuple d'Israël adore ; car il a prédit par ses prophètes que nous porterions le nom que nous portons, et que nous rétablirions le temple de Jérusalem, consacré à son honneur dans la Judée. Puis il ajoute : Ce qui faisait ainsi parler ce prince, c'est qu'il avait lu dans les prophéties d'Esaïe... que Dieu lui avait fait connaître qu'il établirait Cyrus roi sur diverses nations et lui inspirerait la résolution de renvoyer son peuple à Jérusalem pour y rebâtir son temple (Esaïe 44.28 ; 45.1). Cette prophétie lui donna une telle admiration que, désirant l'accomplir, il fit assembler à Babylone les principaux des Juifs et leur dit qu'il leur permettait de retourner en leur pays... Ce passage de Josèphe rend parfaitement compte de l'expression qui nous occupe, mais c'est précisément pour cela qu'il est suspect d'avoir été inventé pour illustrer le décret de Cyrus ; on peut estimer qu'il suffit, pour se rendre compte de l'hommage que ce roi païen rend dans son édit au Dieu des Juifs, de se rappeler le grand crédit dont Daniel avait joui sous Darius et sous Cyrus (Daniel 6.28).
De lui bâtir une maison. Cyrus n'a point renvoyé les Juifs chez eux par humanité, mais par piété. Ce qu'il voulait c'était un temple au Dieu qui se manifeste à Jérusalem, et pour cela il lui fallait des ouvriers.