Déjà dans l'Ancien Testament le rapport du Seigneur et de son peuple était représenté sous l'image de l'union conjugale, (Esaïe 54.5,Jérémie 31.32) et il y a dans cette image une profonde vérité.
Combien plus, depuis que ce rapport est devenu celui de Christ et de son Eglise ! (Matthieu 9.15 ; 25.6 ; 2Corinthiens 11.2)
Rien donc ne pouvait donner du mariage une idée plus élevée, plus spirituelle, plus sainte, que de le mettre en parallèle avec l'union de Christ et de son Eglise, comme notre apôtre le fait ici. Et il n'a pas en vue une simple comparaison par analogie, mais une profonde réalité. Ainsi, tandis qu'ailleurs (1Corinthiens 7)
Paul parle du mariage en l'envisageant par son côté purement humain et terrestre, parce que telle était la question du moment et que ses lecteurs avaient besoin de ces directions pratiques, ici il le saisit à son point de vue idéal, dans ce qu'il a de plus spirituel, tel qu'il doit être entre chrétiens.
En ce sens, le devoir de la soumission qu'il impose à la femme ne peut pas se restreindre et signifier : Soyez soumises à vos maris, parce que tel est l'ordre du Seigneur, ou : obéissez-leur comme au Seigneur, dans le sens où cela est commandé aux enfants, (Ephésiens 6.1) aux serviteurs ; (Ephésiens 6.5-7) mais littéralement : Soyez soumises à vos maris comme vous l'êtes au Seigneur.
Tel est indubitablement le sens de Ephésiens 5.22, ce que prouve Ephésiens 5.24, et ce qu'implique la raison donnée à Ephésiens 5.23.
Si l'on objecte que c'est là dépasser toutes les bornes des devoirs que l'on peut avoir envers une créature, il faut se souvenir que l'apôtre envisage ici le mari comme le représentant du Seigneur auprès de sa femme. (Comparer 1Corinthiens 11.3 ; 1Timothée 2.11)
Si l'on objecte encore que souvent, dans le mariage, ce rapport-là n'est ni réel ni possible, quand, par exemple, le mari n'est pas chrétien, il n'y a à cela qu'une réponse, c'est que Paul suppose que les deux époux appartiennent au Seigneur.
Un autre apôtre, Pierre, a prévu le cas où le mari "n'obéirait pas à la Parole" et y voit également un sérieux motif de soumission pour la femme, quoique à un point de vue différent.. (1Pierre 3.1 et suivants) Paul lui-même se contente de recommander ailleurs la soumission "selon le Seigneur," (Colossiens 3.18) et de là vient que plusieurs interprètes se sont efforcés de réduire notre passage à ce sens mitigé, mais c'est malgré les termes exprès du texte.
On peut envisager ces mots comme apposition de ce qui précède : Christ est le Chef, parce qu'il est le Sauveur. On peut aussi en faire une pensée indépendante : "Lui-même (lui seul, il est vrai) est le Sauveur du corps, mais comme l'Eglise est soumise à Christ, que les femmes..." (Ephésiens 5.24) La pensée de l'apôtre est que, comme Sauveur, Christ est unique, que le mari ne peut plus lui être comparé, mais que, malgré cette infériorité, la femme lui doit obéissance. Alors on comprend cette particule adversative mais, que nos versions ordinaires transforment en un donc contraire au sens grammatical.