Parmi lesquels se rapporte aux fils de la rébellion, (Ephésiens 2.2) et non aux offenses et aux péchés. (Ephésiens 2.1)
- Nous tous y avons vécu autrefois, dit l'apôtre, ne voulant pas plus excepter les Juifs que les païens de ce jugement qui s'étend à tout enfant d'Adam dans son état naturel. Puis il indique en l'homme la source du péché, ou la cause pour laquelle il vit parmi les rebelles, et le moyen par lequel le tentateur agit en lui : sa corruption naturelle. La source du mal est dans les convoitises, c'est-à-dire les mauvais désirs du cœur charnel. (Jacques 1.14)
Ces désirs, nourris dans le cœur, deviennent des volontés, à la fois volontés de la chair et des pensées ; les premières ont leur source dans les sens, les secondes en sont indépendantes ; tout l'être est alors corrompu et dominé par la chair. (Comparer Matthieu 15.19 ; 1Pierre 4.3)
Cette expression enfants de colère s'explique par une foule d'autres passages où se trouve la même façon de parler. Ainsi, les "enfants (ou fils) de rébellion ;" (Ephésiens 2.2) "fils de la mort," que nos versions rendent par "voués à la mort ;" (Psaumes 79.11 ; Psaumes 102.21 ; 2Samuel 12.5) "fils de perdition ;" (Jean 17.12 ; 2Thessaloniciens 2.3) "fils de la géhenne ;" (Matthieu 23.15) et dans un sens opposé, "fils de paix." (Luc 10.6)
Il y a toujours dans cette expression une profonde réalité : elle indique l'origine, la source (la paternité) d'où dérivent les dispositions ou l'état moral dont il s'agit. Aussi trouvons-nous ici le mot enfants de colère dans un rapport intime avec celui-ci : par nature, auquel nous allons revenir.
Un enfant de colère est un homme qui, non seulement est digne de la colère de Dieu, mais qui de fait est l'objet de cette colère, c'est-à-dire de la sainte indignation que Dieu éprouve pour le mal, et qui est par là même sous le poids de sa justice et de ses châtiments. (Voir à ce sujet Jean 3.36, note, et comparez Matthieu 3.7 ; Romains 1.18 ; 2.5 ; Ephésiens 5.6 ; Colossiens 3.6)
L'apôtre va plus loin, et jette un regard plus profond dans l'origine du mal ; il ajoute : par nature. Tous les efforts tentés par certains interprètes pour se débarrasser de la doctrine du péché originel tombent impuissants devant l'inexorable signification de ce mot. Qu'on relise la description de l'état moral de l'homme naturel que fait ici l'apôtre, (Ephésiens 2.1-5) et qu'on se demande : d'où peut provenir cet état ? A cette question il n'y a d'autre réponse que le fait de la chute, de la maladie invétérée du péché, héritée de génération en génération par nature, c'est-à-dire par la naissance.
Nous sommes pécheurs en vertu d'une disposition innée qui porte ses fruits de mort avant même que nous ayons conscience de nos actes.
"Ce motpar naturequi est toujours employé pour marquer les caractères essentiels et le développement propre d'une chose, par opposition aux qualités accessoires et à l'influence extérieure, (Galates 2.15 ; 4.8) nous avertit que ce qui provoque la colère de Dieu n'est pas seulement dans l'individu, mais dans la race et dans la nature humaine, bien entendu dans la nature déchue et non dans la nature primitive et normale."A. Monod.
En effet, les autres explications qu'on a voulu donner du fait patent de la corruption humaine se réduisent aux deux suivantes : "Les hommes, nés bons, se corrompent les uns les autres" ce qui est un cercle vicieux, absurde ; ou bien : "Dieu a créé l'homme tel qu'il est," ce qui est un blasphème, faisant Dieu auteur du mal. Les enseignements de l'Ecriture sur la chute et les suites de la chute sont tous fondés sur l'idée profondément vraie que l'humanité forme devant Dieu un tout vivant et agissant selon la loi universelle de la solidarité. (Comparer Romains 5.12 et suivants)
Cette loi, reconnue et invoquée aujourd'hui par la philosophie elle-même, ne détruit point la liberté, ni la responsabilité individuelle ; car, si notre nature a été corrompue par le péché, elle porte encore les traces de sa première origine, qui est de Dieu ; l'homme peut reconnaître et déplorer cette corruption, et, en présence de la grâce qui lui est offerte, s'il reste dans la ruine, cette ruine ne peut être attribuée qu'à lui-même.
Aussi l'Ecriture ne sépare-t-elle jamais ces deux vérités : si c'est par un seul homme que le péché est entré dans le monde, la mort règne sur tous, parce que tous ont péché ; (Romains 5.12) et si nous sommes déclarés enfants de colère par nature, il n'en reste pas moins vrai que "l'âme qui aura péché, mourra." (Ezéchiel 18.4)
C'est donc dépasser la pensée de l'apôtre que d'admettre avec la doctrine augustinienne de l'imputation du péché d'Adam que chacun de nous est responsable de la faute du père de notre race.
Mais d'autre part, la vérité profonde et d'une grande portée pratique qui est enseignée par cette parole de Paul, c'est que nous sommes les objets de la colère divine, non seulement en raison de telle ou telle faute que nous avons commise, mais en vertu de tout notre état de corruption.
Combien notre culpabilité nous apparaît plus grande, quand nous considérons qu'elle ne résulte pas seulement de nos transgressions positives, mais de tout ce fonds de dispositions mauvaises que les meilleurs sentent en eux. Cette pensée a inspiré notre vieille confession des péchés : "Nous reconnaissons et nous confessons que nous sommes de pauvres pécheurs, nés dans la corruption, enclins au mal..."