L'idée d'une "maison de Dieu" conduit l'apôtre à dire comment les croyants en font partie et quel en est le fondement et la nature. (Ephésiens 2.20-22)
Cette image, si fréquente dans les saintes Ecritures, est empruntée au temple de Jérusalem, qui était un type de ce que l'Eglise du Dieu vivant devait être en réalité. Les croyants y sont édifiés (bâtis) comme autant de pierres vives. (1Pierre 2.4,5) Ils reposent sur l'inébranlable fondement des apôtres et prophètes, c'est-à-dire, non sur leur personne, mais sur le fondement qu'ils ont posé, la Parole et le témoignage de Dieu (comparer : Matthieu 16.18, note ; 1Corinthiens 3.10 ; Romains 15.20), dont la pierre angulaire, celle sur laquelle s'appuie tout l'édifice, est Jésus-Christ lui-même. (1Corinthiens 3.10,11 ; Esaïe 28.16 ; Psaumes 118.22 ; Matthieu 21.42 ; 1Pierre 2.4)
Tel est l'unique fondement de l'Eglise, Jésus-Christ, Jésus-Christ mort pour nos offenses, ressuscité pour notre justification, vivant pour achever son œuvre jusqu'à la perfection ; en un mot, JésusChrist tel que l'ont annoncé les apôtres et prophètes. Il était l'objet de toute leur prédication, et son esprit est la vérité et la vie de leur parole.
Mais qui sont les prophètes dont Paul parle ici ? A cette question, les interprètes ont donné trois réponses diverses : les anciens, y compris Calvin, entendent par là les prophètes de l'Ancien Testament ; la plupart des modernes admettent qu'il s'agit des prophètes du Nouveau Testament, de ceux des chrétiens qui avaient le don de prophétie ; enfin plusieurs interprètes rapportent ces noms d'apôtres et prophètes aux apôtres seuls, qui réunissaient les deux caractères. Cette opinion se fonde d'abord sur ce que l'article manque devant le mot de prophètes et qu'ainsi il faut traduire : les apôtres et prophètes.
Bien que cette remarque grammaticale ne soit pas une preuve décisive, on est presque irrésistiblement conduit à adopter la dernière interprétation, à cause des graves objections qui s'élèvent contre les deux autres.
Quant à la première, celle qui voit ici les prophètes de l'Ancien Testament, elle serait fort plausible, quoi qu'on en ait dit, si l'apôtre, reprenant sa pensée, (Ephésiens 3.5) ne l'exprimait de telle manière qu'il est impossible de croire qu'il parle des prophètes de l'Ancien Testament. Là, en effet, non seulement il omet encore l'article au mot prophètes, non seulement il place pour la seconde fois les prophètes après les apôtres, ce qui déjà renverserait l'ordre des temps s'il avait en vue les anciens prophètes ; mais surtout il déclare positivement que le "mystère a été maintenant révélé par l'Esprit à ses saints apôtres et prophètes," ce qui exclut l'idée d'un temps antérieur.
S'agit-il donc enfin des prophètes de la primitive Eglise ? Bien moins encore ; car à quel titre seraient-ils déclarés le fondement de l'Eglise ? Le don passager, variable, de la prophétie n'est jamais égalé à l'apostolat comme autorité ; notre apôtre lui-même veut que ce don soit subordonné à ses enseignements ; (1Corinthiens 14.29) Jésus-Christ n'a institué dès l'origine que les apôtres pour ses témoins authentiques ; les prophètes du Nouveau Testament avaient eux-mêmes été instruits et amenés à Christ par les apôtres, et ainsi ils reposaient sur le fondement de ces derniers ; enfin, où est maintenant pour l'Eglise ce fondement des prophètes du Nouveau Testament ? Il aurait disparu ? Ne pouvant admettre ni la première ni la seconde de ces opinions, Il ne reste que la troisième.
Mais quoi qu'il en soit, le point essentiel auquel l'apôtre veut tout ramener, sur lequel il veut tout fonder, c'est la PIERRE ANGULAIRE, Jésus-Christ.