Conclusion, répondant aux versets 1 à 3.
Nations. Malgré ce qui est dit verset 42 il y aura des réchappés. Peut-être les ennemis du verset 41 n'étaient-ils pas les païens en général, mais un peuple spécial, particulièrement hostile à Israël.
Chantez de joie : à mesure que vous comprendrez l'importance du peuple de Dieu pour le monde lui-même.
Car Dieu venge le sang... répandu sans raison.
Il fait propitiation : par la mort des meurtriers qui ont souillé de flots de sang innocent le pays et sa population (Nombres 35.33).
Nous avons indiqué en commençant la marche parfaitement simple et claire de ce morceau poétique. Par une anticipation prophétique l'avenir y est décrit comme déjà réalisé. Il y a même des passages, tels que les versets 16 et 27, où l'infidélité d'Israël est considérée, non seulement comme possible, mais comme certaine. Mais toujours, après avoir montré Israël se mettant en travers de la volonté divine et se faisant écraser par la loi de la justice, le poète nous montre les vues de la miséricorde divine s'accomplissant à son égard au terme de sa douloureuse histoire.
Plusieurs, répugnant à admettre une anticipation comme celle que nous venons de signaler, se refusent à attribuer ce chant à Moïse. Ils allèguent aussi certains termes rares qui ne se retrouvent que dans les écrits d'une époque postérieure (Tékach, enseignement : voir Proverbes ; Eloah, Dieu : Psaumes et Job ; Zarim, dieux étrangers : dans Jérémie, Psaumes, etc.), et certaines tournures qui appartiennent à la littérature prophétique. Il faudrait admettre dans ce cas que le rédacteur final du Deutéronome, celui qui en a composé la partie historique, ayant trouvé cet ancien cantique, l'a ajouté ici, croyant pouvoir l'attribuer à Moïse. D'autre part on y rencontre bien des pensées et bien des expressions qui paraissent être mosaïques (ailes d'aigle, Exode 19.4 ; Rocher, comme nom de l'Eternel, Genèse 49.24 ; jalousie de Dieu, Exode 20.5 ; 34.14). Nous avons déjà parlé du mot jemôth, qui ne se retrouve que dans le Psaume 90, verset 15, attribué à Moïse par le titre ; comparez aussi schenôth pour schené, qui est particulier à ces deux mêmes versets, et le terme tes serviteurs pour désigner les Israélites fidèles, accompagné de l'expression se repentir dans notre verset 36 et dans Psaumes 90.13. Cette parenté de notre cantique avec le Psaume 90 a quelque chose d'étonnant et parle en faveur de l'origine mosaïque du premier. Les traits de ressemblance avec la littérature prophétique proviendraient dans ce cas de l'imitation de cette antique poésie par les psalmistes et les prophètes.