Ils reviennent à la vie, grec ils vécurent.
Ce verbe peut signifier qu'ils reprirent vie après être morts (Apocalypse 2.8) ou qu'ils conservèrent la vie en étant préservés de la mort.
Des interprètes, qui admettent que ceux qui n'avaient point adoré la bête forment une catégorie distincte des martyrs décapités, et que parmi eux plusieurs étaient encore en vie au moment du retour de Christ pensent que l'auteur donne ce double sens au verbe : ils vécurent ; les uns revécurent, les autres furent conservés en vie. Cela nous paraît très peu probable, car l'acte dont ils ont tous bénéficié est qualifié de "première résurrection," (verset 6) et à ceux qui en sont l'objet l'auteur oppose les autres morts. Il s'agit donc bien de morts qui reviennent à la vie.
Mais ce retour à la vie, comment l'auteur se le représente-t-il ? Est-ce le retour à une vie spirituelle, glorifiée, dont le ciel est le théâtre ? Les interprètes nombreux qui sont de cet avis se fondent sur les mots qui suivent immédiatement : ils régnèrent avec Christ.
Dans la plupart des passages de l'Apocalypse, (Apocalypse 1.6,9 ; 3.21 ; 5.10 ; 22.5) la royauté promise aux fidèles est une royauté spirituelle dans les cieux. Dans Apocalypse 5.10 et Apocalypse 22.5, la terre sur laquelle ils régneront est la terre renouvelée et glorifiée. D'ailleurs,"ils règnerontavec Christet, par conséquent, là où est Christ, dans le ciel."Bengel.
Quelques-uns entendent le règne, auquel ces ressuscités ont part avec Christ, de l'action spirituelle qu'ils exercent sur les nations (verset 3) pour les conquérir à leur Maître ; c'est ainsi qu'ils sont sacrificateurs (verset 6) en même temps que rois. D'autres y voient simplement l'affirmation du fait qu'ils ont part au royaume des cieux et goûtent la félicité de la communion parfaite avec Dieu.
Cette explication, qui spiritualise les données de notre passage, couperait court à toutes les rêveries plus ou moins charnelles que, dans tous les temps, des chrétiens ont été tentés de fonder sur lui. Malheureusement, elle se heurte à des objections dont une exégèse impartiale ne saurait méconnaître la portée :
1° Elle rompt l'unité de l'épisode de versets 1-10, qui semblent pourtant former un seul tout. Si l'on transporte dans le ciel le règne de mille ans, la scène se passerait successivement sur la terre (versets 1-3) dans le ciel (versets 4-6) et de nouveau sur la terre. (versets 7-10)
2° La conception du règne de mille ans se rattache aux promesses des anciens prophètes, qui annonçaient que le royaume de Dieu s'établirait sur la terre, et à la croyance en une première résurrection des justes, à l'entrée de l'ère messianique, qui était chez les Juifs comme le corollaire de cette espérance d'un règne terrestre du Messie.
C'est sur la terre aussi que Jean place le royaume millénaire des martyrs ressuscités ; (comparez verset 9, note) mais il se garde bien de leur prêter une vie de jouissances matérielles, comme les chiliastes grossiers, Papias déjà, le firent à l'envi. La domination par la contrainte, que les Juifs espéraient exercer alors sur les Gentils, il la transforme en une royauté morale, qui consistera à gagner les nations à Christ. Les saints ressuscités deviendront ainsi les véritables prêtres de l'humanité ; (verset 6) ils accompliront au milieu d'elle un travail fécond, qui ne sera plus entravé par l'action de Satan, et ils prépareront le grand jour du jugement définitif.
Cette idée d'une première résurrection, suivie d'une phase nouvelle et particulièrement triomphante du règne de Dieu, est propre à l'Apocalypse. Tous les autres écrits du Nouveau Testament envisagent le retour de Christ, la résurrection et le jugement dernier comme trois actes simultanés. (Matthieu 13.30,40-43,49,50 ; 24.36-42 ; 25.1-13,31 ; Jean 5.28,29) Quelques passages de Paul, (1Corinthiens 15.23 ; Philippiens 3.11 ; 1Thessaloniciens 4.15-18 notes) où l'on a cru retrouver le même enseignement qu'ici, ne le renferment pas.