Cette description de la bête combine les traits des trois premières bêtes de Daniel, dont la première ressemblait à un lion, la seconde à un ours, la troisième à un léopard. Ces traits, ajoutés aux dix cornes, signe caractéristique de la quatrième bête de Daniel, indiquent que la bête de l'Apocalypse, c'est-à-dire l'empire romain qu'elle figure réunit tous les caractères des monarchies représentées par les trois premières bêtes de Daniel.
Le dragon donna sa puissance à la bête. Jésus avait refusé l'empire du monde quand Satan le lui avait offert. (Matthieu 4.8-10) Rome, dans son ambition de dominer toutes les nations, a fait alliance avec le prince de ce monde. C'est de lui qu'elle tient son pouvoir. Le dragon et la bête représentent les mêmes intérêts et reçoivent les mêmes hommages. (verset 4)
Ce trait sera expliqué à Apocalypse 17.11, où il est dit que les sept têtes représentent sept empereurs romains. On voit généralement dans la tête blessée à mort Néron, qui se tua le 9 juin 68, et qui, d'après un bruit répandu dans l'empire et particulièrement accrédité parmi les Juifs d'orient, n'aurait pas été vraiment mort, mais se serait réfugié chez les Parthes, d'où il devait revenir un jour pour marcher contre Rome et reconquérir les hommages de toute la terre.
Des interprètes, qui ne peuvent admettre que Jean ait cru cette absurde fable, pensent pourtant qu'il y fait allusion pour lui substituer sa prophétie de l'avènement de l'Antéchrist. Tandis que les peuples crédules et superstitieux attendaient le retour de Néron en personne, Jean enseignerait aux chrétiens qu'un empereur devait s'élever, qui serait comme une réincarnation de Néron, ce monstre persécuteur qui a été, pour ses contemporains, un type de ce que sera a la fin des temps le grand adversaire, l'Antéchrist.
D'autres enfin font remarquer que, si l'une des sept têtes est comme blessée à mort, la blessure est infligée à la bête elle-même.
Les mots : sa plaie mortelle fut guérie, doivent, d'après le grec, être rapportés à la bête et non à la tête. Ils en concluent que le fait qui excite l'admiration de toute la terre, ce n'est pas le retour à la vie ou au pouvoir de l'empereur représenté par la tête blessée, mais la restauration de l'empire lui-même figuré par la bête.
Jean ferait allusion à l'ébranlement causé dans l'empire par le suicide de Néron. Avec lui disparaissait le dernier empereur de la famille de Jules César. Pendant un interrègne de plusieurs mois ; Galba, Othon et Vitellius, revêtirent la pourpre. On pouvait croire que l'empire romain allait s'effondrer. Grande fut l'admiration de toute la terre quand on le vit, sous la ferme et sage direction de Vespasien, se relever dans toute sa force. (Comparer verset 18, 2e note, Apocalypse 17.8 et suivants, notes.)
La tête blessée à mort (grec comme égorgée à mort), qui représente l'Antéchrist rappelle l'Agneau qui apparaît lui aussi (Apocalypse 5.6) "comme immolé." (Même terme en grec.) Comparer ci-dessous verset 8.