Cette indication se heurte à des objections.
D'après le récit de Luc, Saul serait resté à Damas assez longtemps (verset 23, note) et aurait commencé son apostolat immédiatement après sa conversion. (versets 20-22) La persécution des Juifs l'aurait obligé bientôt à quitter Damas et il aurait fait alors son premier voyage à Jérusalem. (versets 23-26)
Mais nous avons, sur cette époque de sa vie, une relation de l'apôtre lui-même, qui présente avec celle de Luc de notables différences.
Paul nous apprend :
1° "que lorsqu'il plut à Dieu de révéler son Fils en lui (c'est ainsi qu'il désigne sa conversion), aussitôt, sans consulter la chair et le sang, il ne monta point à Jérusalem vers ceux qui avaient été apôtres avant lui, mais s'en alla en Arabie ;" (Galates 1.15-17)
2° qu'après ce séjour en Arabie "il revint de nouveau à Damas ;"
3° que ces deux séjours, tant en Arabie qu'à Damas, durèrent trois ans, au terme desquels seulement il "monta à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et il demeura quinze Jours chez lui, mais ne vit aucun autre des apôtres, sinon Jacques, frère du Seigneur."
Paul attache une grande importance à ce récit des faits qui suivirent sa conversion, puisqu'il ajoute : "Dans les choses que je vous écris, je proteste devant Dieu que je ne mens point." (Galates 1.18-20)
- Les exégètes ont cherché de diverses manières à concilier ces deux relations, tous admettant d'ailleurs que celle de Paul lui-même doit servir de règle. Les uns, pour faire rentrer le voyage en Arabie dans le récit de Luc, le placent entre verset 22 et Actes 23 ; d'autres, après sa fuite de cette ville. (verset 25) Mais il est évident que la première supposition brise le récit de Luc, qui ne comporte point une absence à ce moment, et quant à la seconde, est-il probable que l'apôtre serait revenu à Damas après sa fuite et aurait pu y séjourner encore, comme le raconte l'épître aux Galates ?
- Il faut donc reconnaître franchement que le aussitôt de Paul (Galates 1.16) contredit le aussitôt de Luc. Celui-ci aura été égaré par des renseignements incomplets. Son récit trahit du reste quelque incertitude : après avoir dit que Saul, après sa conversion, fut quelques jours avec les disciples à Damas, (verset 19) il suppose (verset 23, note) qu'un "assez grand nombre de jours" s'étaient écoulés, quand la persécution obligea Saul à fuir Damas. Il a confondu les deux séjours que l'apôtre fit dans cette ville à un intervalle de quelques années.
Après sa conversion, Saul ne passa que quelques jours avec ses nouveaux frères. Quel devait être alors le besoin profond de son âme ? De prêcher dans les synagogues (verset 20) de disputer avec les Juifs ? nullement ! Lui qui, par de graves raisons, ne voulait pas que l'évêque fût un nouveau converti, (1Timothée 3.6) se sentait encore trop faible dans la connaissance et l'expérience chrétienne il éprouvait le besoin du recueillement, de la prière, d'une silencieuse communion avec Dieu, qui lui permit de recevoir de nouvelles lumières, de nouvelles forces, même des révélations nouvelles. (Galates 1.12 ; Ephésiens 3.3)
Voilà ce qu'il alla chercher dans une retraite prolongée en quelque contrée de l'Arabie. Puis il revint à Damas, et c'est à cette seconde visite que s'adapte fort bien le récit de Luc. (versets 20-30)
Le texte reçu porte : il prêchait Christ. Mais c'était bien Jésus (Sin., B, A, C) que Paul, dès ce premier commencement de son apostolat, prêcha comme étant le Fils de Dieu. La nature divine du Sauveur s'était révélée à lui dans l'apparition de Jésus sur le chemin de Damas.
Il est dit ensuite à verset 22 qu'il "démontrait que ce même Jésus est le Christ," le Messie, l'Oint de l'Eternel.
Le titre de Fils de Dieu révèle la nature du Sauveur, le titre de Christ son office et sa royauté dans l'œuvre de la rédemption. Ces deux termes ne sont point équivalents.