Ce passage d'Esaïe (Esaïe 53.7,8) est cité d'après la version grecque des Septante, qui diffère en divers points de l'hébreu Philippe l'applique au Sauveur, (verset 35) comme le fait tout le Nouveau Testament. (Matthieu 8.17 ; Marc 15.28 ; Jean 12.38 ; 1Pierre 2.22-25)
Jean-Baptiste lui-même a bien compris qui était cet agneau qui n'ouvre pas la bouche. (Jean 1.29)
La première partie de notre citation (verset 32) s'entend d'elle-même, (Marc 14.60 ; Luc 23.9,Jean 19.9) mais le sens de la seconde (verset 33) est difficile à déterminer.
Plusieurs interprètes traduisent : c'est dans l'humiliation (comparez Philippiens 2.8) que son jugement, ce jugement qu'il subissait de la part des hommes, a été consommé, achevé.
Mais le terme grec signifie enlevé, ôté, et il n'y a pas de motifs de s'écarter de ce sens : par son obéissance, il a vaincu la mort, en s'affranchissant de la condamnation que le péché de l'humanité faisait peser sur lui.
L'hébreu porte : "Il (le Messie) a été enlevé par l'angoisse et le jugement" ce qui signifie simplement que sa mort a été violente et douloureuse.
La phrase suivante de la citation est encore plus obscure : "Qui dira ou racontera sa génération ?"
On a quelquefois traduit ce dernier mot par la durée de sa vie ; mais le terme de génération n'a jamais ce sens.
Les Pères de l'Eglise l'ont entendu de l'origine divine et de la génération éternelle du Fils.
Plusieurs Interprètes modernes traduisent : "Qui dira combien sa génération, c'est-à-dire ses contemporains étaient corrompus et méchants, pour avoir retranché sa vie de la terre ?"
Cette explication tient compte du mais, qui oppose à la juste conduite de Dieu la perversité des hommes.
On objecte que dans notre morceau l'attention est concentrée sur le Messie et son œuvre. C'est pourquoi plusieurs prennent le mot de génération dans le sens de postérité et y voient tous les hommes qui seront sauvés par ses souffrances. Mais cette signification ne s'écarte-t-elle pas trop de l'Hébreu qui porte : "Dans sa génération (parmi ses contemporains), qui prend garde qu'il a été retranché de la terre des vivants et que la plaie l'a frappé pour les péchés de mon peuple" ?
Les Septante ont-ils voulu introduire ici déjà la pensée de verset 10 ? Ce n'est pas impossible, mais l'interprétation de leur texte demeure douteuse, et celle de notre passage ne saurait non plus être fixée avec certitude. Le dernier sens indiqué aurait l'avantage d'introduire naturellement un entretien sur le règne spirituel du Messie.