Gamaliel, après avoir fait entendre son prudent prenez garde, consulte d'abord les leçons de l'expérience ou l'histoire.
Il cite le fait de deux faux prophètes qui, procédant par la révolte, périrent avec leurs entreprises ; de là il tirera sa conclusion aux versets 38,39.
Avant ces jours-ci, c'est-à-dire précédemment déjà, s'éleva Theudas : cette première mention soulève quelques difficultés historiques. Josèphe parle (Ant. XX, 5, 1) d'un magicien ou faux prophète de ce nom, qui entraîna beaucoup de monde à sa suite jusqu'au Jourdain, prétendant que, à sa parole, le fleuve suspendrait son cours. Un détachement de cavalerie romaine, envoyé contre cette foule, la dispersa, son chef fut décapité.
Le récit de Josèphe concorde ainsi en tous points avec l'exemple cité par Gamaliel. Mais, d'après l'historien juif ce Theudas parut vers l'an 45, sous l'empereur Claude, alors que Cuspius Fadus était procurateur de la Judée, c'est-à-dire dix ans environ après l'époque où furent prononcées les paroles de Gamaliel.
Si donc il fallait admettre que le Theudas de Josèphe est celui dont parle Gamaliel, il y aurait là un anachronisme commis par l'auteur du livre des Actes.
Luc aurait été informé par la tradition que Gamaliel, dans son discours avait cité des exemples de soulèvements qui étaient tombés d'eux-mêmes. En refaisant librement ce discours, suivant un procédé familier aux historiens anciens, il aurait, par erreur, mis dans la bouche de Gamaliel cette allusion à un événement postérieur.
Mais, bien que nous n'eussions aucune peine à reconnaître une erreur de chronologie sous la plume d'un écrivain sacré (erreur que Calvin admet ici simplement), nous rappellerons que plusieurs exégètes ont produit des raisons, qui nous paraissent suffisantes, de ne pas identifier les deux Theudas en question.
Il faudrait admettre, en effet, que Luc se fût trompé d'un demi-siècle, puisqu'il place la révolte de Theudas avant celle de Judas le Galiléen ; cela n'est guère admissible chez un historien aussi bien informé généralement et aussi rapproché des événements. (Comparer la note suivante.)
Or Josèphe mentionne plusieurs faux prophètes dans les temps troublés qui suivirent la mort d'Hérode le Grand. Il pouvait y en avoir un parmi eux qui portait le nom de Theudas.
D'autre part, Josèphe raconte (Ant. XVII, 6, 2-4) que dans les derniers temps d'Hérode deux docteurs de la loi, Judas et Matthias s'appliquèrent à combattre toutes les innovations du roi qui étaient contraires aux prescriptions sacrées.
Trompés par le bruit qui courut de la mort du roi, ils avaient entrepris, avec le concours de quarante jeunes gens, d'abattre un grand aigle d'or, placé sur la façade du temple, qu'ils considéraient comme un symbole de paganisme.
Arrêtés et conduits devant Hérode, Matthias et ses complices furent brûlés vifs. Or, quelques savants veulent voir dans ce Matthias notre Theudas, (ou Theodas, Théodore), dont le nom signifie en grec don de Dieu de même que Matthias en hébreu. Pour l'une ou l'autre de ces raisons, un grand nombre d'exégètes n'admettent pas l'identité de notre Theudas avec celui de Josèphe. (Voir l'Introduction)