Cette crainte était bien naturelle (verset 5) elle fut cause que, pour un temps du moins, aucun de ceux qui n'étaient pas sincèrement croyants n'osait se joindre à l'Eglise. (verset 13)
La plupart des interprètes considèrent le terrible jugement qui atteignit Ananias et sa femme comme un acte de discipline sévère exercé dans l'Eglise de Jérusalem.
Mais cet acte n'est il pas beaucoup plus dans l'esprit de l'Ancien Testament (Lévitique 10.1-5 ; Josué 7.1) que dans l'esprit du Nouveau ? (Matthieu 18.15-17 ; Jacques 5.19,20)
Plus d'un lecteur n'est il pas tenté de demander avec de Wette :"Est-ce que le christianisme a besoin de tels moyens ? Deux vies d'hommes enlevées au sein même de leur péché sans aucun délai pour la repentance !"
Le pieux et savant Bengel lui-même se demande si ce jugement n'est pas en opposition directe avec Luc 9.52-56.
A quoi il répond :
1° Jacques et Jean demandaient que le feu du ciel tombât sur les Samaritains, en obéissant à leur propre inspiration et dans un sentiment d'irritation charnelle, tandis que c'est l'Esprit de Dieu qui anime Pierre ;
2° les Samaritains ignoraient qui était Jésus, tandis qu'Ananias et Saphira connaissaient sa gloire et avaient eu en lui tous les moyens du salut ;
3° les deux époux avaient donc péché grièvement, librement, d'un commun accord, et ainsi comblé d'un coup la mesure de leur crime,
4° au commencement de l'économie nouvelle, ce châtiment fut un exemple salutaire pour plusieurs, qui répandit la crainte de Dieu ;
5° la gravité de la peine qui les atteignit dans leur corps a pu avoir pour effet d'épargner leur âme.
Ces explications sont fort respectables ; ce sont les seules qu'on puisse donner si l'on veut expliquer.
En tout cas il faut rejeter l'opinion de quelques Pères, de nouveau soutenue par Meyer, que ce fut l'apôtre Pierre lui même qui non seulement annonça ce jugement, mais qui l'exécuta le sachant et le voulant, sans doute par la puissance de Dieu.
Le fait compris comme une œuvre de l'homme sanctionnerait en quelque sorte à l'avance tant d'actes odieux des prétendus successeurs de Pierre.
Non, il faut voir dans ce jugement une intervention immédiate de Dieu ; une action miraculeuse de sa justice, que nul, dès lors, ne peut ni expliquer, ni imiter, ni critiquer mais que tous doivent contempler avec crainte et tremblement.