Sin., B, quelques minusc. et versions ont : Tu me persuades de (me) faire chrétien.
Cette leçon est adoptée par Tischendorf, Weiss, Nestle. Lachmann et Blass préfèrent le texte de A : tu te persuades (verbe au moyen), c'est-à-dire tu crois me faire chrétien. Cette leçon paraît être une correction, de même que celle des majuscules plus récents et de la plupart des minusc. qui est : tu me persuades de devenir chrétien.
Le texte le plus autorisé : En peu tu me persuades de faire un chrétien, résulte, comme le dit M. Wendt, de la fusion de ces deux idées : tu vas me persuader de devenir chrétien, et : tu vas faire de moi un chrétien. Il doit donc se traduire : En peu tu vas en me persuadant faire de moi un chrétien.
Mais quel est le sens des mots en peu dans cette parole d'Agrippa, en peu...en grand..., dans la réplique de Paul ?
Pour compléter cette locution, on peut sous entendre : temps ou discours. Ce dernier terme semble indiqué par l'antithèse qui se trouve dans la réponse de Paul : en un grand.
Qu'on voie dans ces mots un circonstanciel de temps ou qu'on les entende du moyen employé, le sens est au fond le même : il s'agit la promptitude ou de la facilité avec laquelle serait opérée la conversion d'Agrippa au christianisme.
Une autre question, plus importante, mais plus difficile à résoudre d'une manière certaine, est celle-ci : la parole d'Agrippa est-elle ironique ou non ?
Si l'on y voit une fin de non recevoir, empreinte d'ironie, il faut traduire : C'est en un temps bien court, ou en un bien bref discours (Rilliet : à peu de frais) que tu prétends me persuader de me faire chrétien, mais il en faudrait beaucoup plus !
On fait remarquer, à l'appui de cette interprétation, que le mot de chrétien, peu en faveur à cette époque, doit avoir, dans la bouche d'Agrippa, un sens ironique. Telle est l'explication de la plupart des interprètes modernes (Meyer, Zöckler, Weiss, Blass, Barde).
- Mais on peut objecter à cette explication :
1° l'assurance avec laquelle Paul a parlé de la foi aux prophètes qu'il supposait à Agrippa ;
2° la réponse de l'apôtre, réponse si cordiale, si engageante, qu'il n'aurait pu faire, si le roi s'était exprimé avec ironie. Elle semble prouver que, dans cette parole, Agrippa reconnaissait la force de l'argumentation de Paul, qu'il était touché par le récit que l'apôtre venait de faire de l'apparition de Jésus et qu'il voulait lui dire : Tu es bien près de me persuader ; il suffirait, pour atteindre ce résultat, que tu ajoutasses un peu à tes discours.
Cette seconde interprétation, qui nous paraît la plus probable, a été présentée déjà par Chrysostome et les Pères ; elle a été introduite par Th. de Bèze dans nos anciennes versions françaises. Calvin hésitait entre les deux. Elle se trouve aussi dans la version anglaise et dans celle de Luther ; le profond exégète R. Stier la défend énergiquement, et récemment M. Wendt l'a soutenue dans un exposé très clair et convaincant.
Cette perspective même d'être persuadé par l'apôtre fait reculer Agrippa. Qu'il devienne un chrétien, lui, le roi juif, c'est impossible ! Aussi sa réflexion, bien qu'elle soit exprimée avec émotion et qu'elle témoigne de l'impression qu'il a reçue, est-elle une manière de rompre l'entretien.
Mais sans se laisser arrêter, Paul, dans son ardent amour des âmes, réplique : (grec) Je voudrais prier Dieu que, et avec peu et avec grand, c'est-à-dire, qu'il suffise pour cela de peu de paroles, ou qu'il faille un grand discours, tu deviennes tel que je suis.
Puis il étend ce vœu de son cœur à tous ceux qui l'écoutent.
Enfin, par un reste émouvant et plein de délicatesse, entendant ses mains chargées de chaînes, il ajoute : à l'exception de ces liens.
Jamais l'apôtre Paul ne s'était montré plus grand que dans ce discours, en présence du dernier des rois de son peuple.