Quatre membres de l'Eglise avaient fait le vœu du naziréat, (Nombres 6.1) qui durait trente jours ; ce temps touchait à sa fin ; (verset 27) ils devaient offrir un sacrifice dans le temple et se faire couper les cheveux ; on les laissait croître pendant la durée du vœu. (Nombres 6.12-21)
Paul, selon le conseil des anciens, devait donc se joindre à ces hommes, se purifier avec eux et, comme il paraît qu'ils étaient pauvres, payer leur part du sacrifice commun, ce qui était considéré par les Juifs comme une œuvre de piété.
De cette manière tomberont les faux bruits répandus contre lui, et tous connaîtront qu'il ne se faisait lui-même aucun scrupule d'observer une cérémonie juive.
Comment devons-nous apprécier le conseil donné à Paul ?
Si l'idée défavorable que les chrétiens judaïsants se faisaient de son ministère avait été justifiée, si l'apôtre avait réellement voué ses efforts à détourner les Juifs de la loi de Moïse, en leur persuadant qu'elle était abolie, (verset 21) l'acte par lequel il aurait affirmé son respect pour cette même loi eût été entaché d'hypocrisie.
Mais la position que Paul prenait à l'égard de la loi n'était nullement celle que ses adversaires lui attribuaient.
Il exemptait les païens d'observer la loi, parce qu'il estimait qu'ils étaient pleinement sauvés en embrassant par la foi l'œuvre que Christ avait accomplie pour eux et voulait accomplir en eux.
Quant aux Juifs, il leur laissait toute liberté de se conformer aux commandements de la loi, pourvu qu'ils n'y vissent pas le moyen de leur salut ; il les exhortait même à rester dans la condition où ils se trouvaient quand ils avaient été appelés, (1Corinthiens 7.18-20) il prescrivait à tous les membres des Eglises, dans leurs rapports avec "les faibles," qui considéraient les ordonnances légales comme sacrées, d'observer les plus grands ménagements et de se soumettre à tous les renoncements dictés par la charité (Romains 14.1 et suivants ; 1Corinthiens 8.1 ; 10.23 et suivants)
Lui-même avait fait circoncire Timothée par condescendance pour les Juifs, (Actes 16.3) et, dans sa propre vie spirituelle, il ne craignait pas de recourir encore aux vœux pratiqués par les Juifs, (Actes 18.18) il tenait, pour son édification personnelle, à venir célébrer à Jérusalem une des grandes fêtes Israélites. (Actes 18.21)
Telle étant l'attitude réelle de l'apôtre a l'égard des institutions mosaïques, comment dissiper les injustes préventions qu'avaient conçues à son sujet les chrétiens judaïsants ?
Des explications verbales n'auraient pas été suffisantes ; elles pouvaient engager des discussions qu'il valait mieux éviter.
Un acte public, attestant d'une manière irrécusable le respect de Paul pour la loi devait atteindre, semblait-il, le but visé, plus promptement et plus sûrement.
Les anciens pouvaient conseiller à l'apôtre d'accomplir un tel acte, puisque celui-ci était conforme à sa manière d'agir habituelle et qu'il ne portait nulle atteinte au principe du salut Gratuit et de la liberté des païens à l'égard de la loi. (verset 25, note.)
La proposition faite à Paul n'était donc en rien contraire à la vérité. Cependant elle était dictée peut-être par la prudence humaine plus que par la sagesse d'en haut. Elle aboutit, en fait, à l'émeute qui valut à l'apôtre de longues années de captivité, après avoir failli lui coûter la vie.