Quel ingénieux exorde, et combien il était propre à éveiller l'attention des auditeurs !
Paul montre qu'il savait observer ; car en considérant attentivement (sens du verbe grec) les objets du culte des Athéniens, c'est-à-dire les temples, les images des dieux, les autels, il avait remarqué un de ces derniers, portant l'inscription : A un Dieu inconnu.
Le mot est sans article, il ne faut donc pas traduire au dieu inconnu, mais lui laisser son sens indéterminé.
On sait par deux écrivains anciens, Pausanias et Philostrate, qu'il y avait à Athènes plus d'un autel pareil. On sait encore, par un récit de Diogène Laërce, que certains autels de ce genre devaient leur origine à une époque de peste, où Epiménide avait laissé courir des brebis noires et blanches, puis les avait immolées là où elles s'étaient arrêtées, les sacrifiant "au dieu que cela concernait," à celui dont il fallait apaiser la colère.
La peste avait cessé, et depuis lors on trouvait à Athènes des autels voués à des dieux inconnus.
L'idée qu'il y avait des dieux inconnus s'accordait avec les conceptions du polythéisme ; la philosophie grecque, de son côté, s'était élevée à la penses d'une divinité infiniment plus grande que tous les dieux connus. L'apôtre va maintenant appliquer son observation au moment actuel.
Le texte reçu porte Celui que,...c'est celui que je vous annonce. Mais Paul ne pouvait pas, en restant vrai, supposer que les Athéniens honoraient sur cet autel le Dieu même qu'il leur annonçait.
- Le texte authentique, qui se fonde sur Sin., B, A, D et sur le témoignage de plusieurs Pères, porte : Ce que vous honorez sans le connaître, cela, je vous l'annonce.
Le pronom neutre montre que Paul suppose seulement chez ses auditeurs une vague aspiration vers le vrai Dieu qu'il leur annonce et dont ils ne pouvaient encore avoir qu'une idée fort indéterminée. (Comparer Jean 4.22)
Ainsi sa parole reste dans les limites de la stricte vérité. L'inscription même dont il parlait proclamait l'insuffisance du polythéisme, puisqu'il restait toujours des dieux inconnus ; et de plus, tous les efforts des païens pour s'élever par leur culte jusqu'à la divinité, révélaient en eux un besoin inconscient, mais indestructible, du vrai Dieu, du Dieu que Paul annonçait.
Ce besoin se trahit encore aujourd'hui dans notre humanité en ce que tout homme inconverti a son dieu inconnu qu'il cherche et adore sous toutes les formes et tous les noms qui lui promettent le bonheur.