L'apôtre fait ici une application nouvelle de la pensée de verset 10. Tant qu'il vit sur cette terre, à lui la mort, chaque jour, pour la cause de Jésus ; à ses frères la vie. C'est-à-dire qu'imitant le renoncement complet de son Sauveur, son dévouement pour les siens jusqu'à la mort, (Matthieu 20.28) pénétré du plus intime amour pour les Eglises, Paul consent à tout souffrir, tout, jusqu'à cette mort graduelle ou violente à laquelle il s'était voué, pourvu que ses frères en recueillissent les fruits de régénération et de vie que l'Evangile leur apportait par lui.
Il faut bien se garder de voir en ces paroles, avec Chrysostôme et Calvin, une ironie, par laquelle l'apôtre voulait faire honte aux Corinthiens de leurs aises, tandis que lui souffrait. C'est du sérieux le plus tragique. Mourir à soi-même avec Jésus, dans sa communion et par l'efficace de sa croix, telle est la destination de tout véritable disciple du Maître.
Paul donne dans versets 10,11 la définition la plus profonde du ministère évangélique. Le but de ce ministère est de produire la vie. Or, la vie n'est produite qu'au prix de la mort. Le Sauveur se comparaît au grain de froment qui ne peut porter du fruit s'il ne meurt ; (Jean 12.24) cette image s'applique également au disciple. Par la mort à la vie : cette grande loi, qui se manifeste déjà au sein de la nature, est la loi du développement du règne de Dieu et doit être la norme de toute activité tendant à contribuer à ce développement.