Et il lui vint un écrit d'Elie, le prophète. L'auteur n'a pu songer à une lettre qu'Elie aurait écrite après son enlèvement au ciel et envoyée sur la terre ; ce serait là une conception fantastique et sans analogie dans l'Ecriture. Il n'a pas pu penser non plus qu'Elie ait écrit cette lettre avant l'avènement de Joram et sa propre fin, ou même qu'il ait donné à l'un de ses disciples un message oral (mis ensuite par écrit) pour Joram ; car la punition de péchés non encore commis n'est jamais prédite catégoriquement, comme ce serait ici le cas, mais est toujours hypothétiquement annoncée. Il a donc dû admettre qu'Elie vivait encore. D'après 2Rois 1.15 et suivants, il vivait à la mort d'Achazia d'Israël, c'est-à-dire (d'après 1Rois 22.52) dans la dix-huit ou dix-neuvième année de Josaphat. Celui-ci ayant régné 25 ans (1Rois 22.42), Elie peut avoir assisté encore, 7 ans après sa dernière entrée en scène dans le livre des Rois, aux débuts de Joram de Juda (meurtre de ses frères et déchéance religieuse). Toutefois cette combinaison a contre elle la place donnée à l'ascension d'Elie dans le livre des Rois, entre la mort d'Achazia et l'avènement au trône de Joram d'Israël, qui, d'après 2Rois 3.1, eut lieu la dix-huitième année de Josaphat ; puis le passage 2Rois 3.11, où Elie semble bien avoir disparu de la scène de l'histoire. On peut, il est vrai, répondre à cela que le récit de l'ascension d'Elie a été anticipé dans 2 Rois parce que l'activité publique du prophète avait cessé sous Joram d'Israël et afin de donner place au récit des miracles d'Elisée. Et quant à 2Rois 3.11, ce passage ne signifie pas nécessairement qu'Elie avait disparu de la terre, mais simplement qu'il ne faisait pas partie de l'expédition. Cependant la pensée de 2 Rois chapitre 2 paraît plutôt être qu'Elisée n'a commencé son activité prophétique personnelle qu'après le départ de son maître. Cette histoire demeure donc obscure, et si l'on ne croit pas pouvoir admettre qu'Elie vivait encore à ce moment, il ne reste, ou bien qu'à corriger Elie en Elisée, ou qu'à envisager la lettre en question comme imaginée plus tard par l'auteur d'une des sources ou par le rédacteur lui-même.