Quelle est cette parole du Seigneur, sur laquelle Paul fonde l'instruction qui va suivre ? Est-ce Matthieu 24.31 ? ou une autre parole de Jésus, qui lui était parvenue par tradition, comme le pense Calvin (comparez, par exemple, Actes 20.35) ? ou l'une des révélations que Paul avait reçues directement du Seigneur ? (comparez 1Corinthiens 7.10-12,25 ; 1Corinthiens 11.23 ; Galates 1.12) ou enfin simplement la Parole du Seigneur que Paul annonçait en ceci, comme dans tout son enseignement ?
Les opinions peuvent varier sur ces suppositions ; mais, au fond, la déclaration de l'apôtre reste la même : ce qu'il va nous apprendre sur les scènes futures du jour de Christ est la Parole du Seigneur.
Nous les vivants qui sommes laissés pour la venue du Seigneur,...à prendre ces paroles dans leur sens le plus simple, elles signifient que Paul attendait la venue du Seigneur comme imminente et supposait qu'elle le trouverait encore au nombre des vivants. L'événement n'a point confirmé cette prévision.
Certains exégètes modernes font grand état de l'erreur que l'apôtre aurait commise en ceci. Pour éluder la difficulté et sauvegarder l'autorité de la parole apostolique, faut-il admettre avec plusieurs commentateurs que, quand l'apôtre dit nous, il parle dans un sens communicatif, comme s'il disait : les hommes, ceux qui vivront ? Non, cela est forcé, et l'exégèse ne doit jamais recourir à des expédients.
Il faut encore moins supposer, avec Calvin, que Paul, tout en sachant par quelque révélation spéciale que Christ ne viendrait pas de si tôt, enseignait cependant son retour prochain pour que les fidèles fussent prêts à toute heure. Non, il faut simplement tenir compte de l'état d'esprit des premiers disciples et des conditions dans lesquelles se posait à eux la question du retour de Christ ? Leur Maître avait positivement refusé de répondre à leurs demandes sur l'époque de sa venue, et avait voulu les laisser dans une complète incertitude. (Marc 13.32 ; Actes 1.7)
Ce n'était qu'à cette condition que l'esprit d'attente, de vigilance, de prière, si nécessaire à la vie des fidèles ici-bas, pouvait exercer sur eux, dès l'origine, sa puissante et salutaire influence morale. (Luc 12.35-40 ; Matthieu 24.42-51 ; 25.13)
Après ce refus de toute révélation, d'une part, et ces solennels avertissements, de l'autre, les disciples devaient, pour obéir à Jésus, l'attendre chaque jour, et nous le devons comme eux, au lieu d'imiter tant de chrétiens légers qui disent avec le mauvais serviteur : "Mon maître tarde à venir," (Matthieu 24.48) et en prennent occasion d'oublier la vigilance et de négliger leur devoir. Aussi, est-ce dans cette disposition d'esprit que nous trouvons tous les serviteurs de Christ. (1Corinthiens 15.51, note ; 1Pierre 4.7 ; 1Jean 2.18 ; Jacques 5.8)
Il faut même reconnaître franchement que toute l'Eglise primitive attendait le retour imminent du Seigneur, selon ses enseignements : "Veillez, car vous ne savez ni le jour, ni l'heure."
Le langage de Paul dans notre passage ne dit pas autre chose. Il n'enseigne pas que lui et ses lecteurs vivront au retour de Christ ; il en suppose la possibilité, et il le devait. Ce qui vient d'être indiqué était tellement sa pensée, qu'il prend le plus grand soin, ici même, (1Thessaloniciens 5.1 suivants) de proclamer, dans les termes exprès dont s'était servi Jésus-Christ, la complète incertitude, le redoutable inattendu de l'apparition du Souverain Juge. (Comparer 2Thessaloniciens 2.1 suivants)
Au reste, le but de l'apôtre est de rassurer ses lecteurs au sujet de ceux qui dorment, en leur déclarant qu'ils n'auront aucun désavantage relativement aux vivants, puisque, par une glorieuse résurrection, le Seigneur les ramènera avec lui et tous ses rachetés, (versets 16,17) sans que les uns "devancent" les autres.