Vit Samuel. Les uns ont vu là un prestige diabolique, comme si Satan avait pris lui-même la forme de Samuel ou avait fait apparaître sa forme fantastique. Mais le discours de Samuel qui suit est trop sérieux, trop saint pour être mis dans une pareille bouche, et l'Ecriture ne nous raconte aucune apparition visible de l'esprit des ténèbres ou produite par lui.
D'autres ont vu là une pure imposture de la pythonisse. Mais il est évident qu'elle est elle-même surprise et saisie d'effroi à la vue de cette apparition, à laquelle elle ne s'attendait point. On a prétendu, il est vrai, que le cri d'effroi qu'elle pousse à cette vue, provenait uniquement de la conclusion tirée par elle, en voyant l'apparition, qu'elle avait affaire à Saül. Mais cette conclusion elle-même supposerait encore la réalité de l'apparition et l'effroi qu'elle en ressent. Si l'on prétend que c'est uniquement la demande de voir un personnage tel que Samuel qui lui fait soupçonner le roi en la personne de son visiteur, on se heurte au récit lui-même qui place le cri de la femme non après la demande de Saül (verset 11), mais après ces mots du verset 11 : Et voyant Samuel, elle s'écria. Il est donc certain que l'apparition de Samuel a été, d'après le texte, un fait qui dépassait absolument l'attente de la pythonisse, ce qui nous empêche de n'y voir qu'une tromperie de sa part. Le récit ne dit pas si l'apparition aux yeux de la femme a précédé ou suivi l'emploi des moyens occultes par lesquels elle avait coutume de se mettre en état de clairvoyance. Le texte, en ne les mentionnant point, rend la première supposition plus probable. La magicienne allait commencer ses opérations quand l'apparition l'a surprise. Aussi n'est-ce point à elle, mais à Saül, que Samuel adresse ce reproche (verset 15) : Pourquoi as-tu troublé mon repos ? S'il en est ainsi, nous devons reconnaître que, dans ce cas tout spécial, c'est Dieu qui a permis l'apparition demandée dans le but d'amener Saül à la pleine conscience de ses fautes et de la justice du châtiment dont il allait être frappé. On a objecté que Dieu qui avait refusé de répondre à Saül à la suite des différents moyens employés par lui (verset 6), ne pouvait avoir aucune raison d'en user autrement avec lui en ce moment. Mais l'interrogation de Saül, verset 6, portait sur le moyen d'échapper à une défaite ; Dieu s'est tu, parce que ce moyen n'existait pas. Dans ce moment Samuel se borne a déclarer à Saül l'irrévocabilité de l'arrêt divin.
Tu es Saül. Elle comprend que ce n'est que pour le roi d'Israël qu'un personnage tel que Samuel a pu quitter le lieu de son repos.