11 et 12 Il y a un grand rapport entre cette scène de l'apparition divine à Elie et celle de l'apparition à Moïse dans le même lieu. Dans toutes deux le serviteur de Dieu ne peut contempler la face du Maître ; l'un le voit venir, puis, au moment où il passe, se couvre la figure de son manteau ; sur l'autre se pose la main divine pendant que l'Eternel passe, et il ne le voit qu'après qu'il a passé. Mais dans les deux scènes l'essence divine est présentée sous le même aspect, celui de la miséricorde infinie de Dieu, qui était comme voilée, dans le cas de Moïse par l'austérité de la loi, dans celui d'Elie par la sévérité des jugements divins exercés par lui. Aussi à l'un et à l'autre de ses deux serviteurs, Dieu fait contempler une manifestation de son être qui surpasse toutes celles du moment présent et dont la pleine réalisation est réservée à l'avenir. Le tourbillon de vent, le tremblement du sol, le feu qui éclate et environne le prophète sont, comme les tonnerres et les éclairs qui avaient accompagné la promulgation de la loi, l'emblème de la justice divine qui se manifeste dans l'histoire et qui peut bien préparer l'avènement du règne de Dieu, mais non le réaliser. La sanctification du nom de Dieu par ces jugements est la condition de la venue de son règne ; mais cette venue elle-même s'opère par un tout autre moyen. Les trois phénomènes précurseurs mentionnés ici rappellent, comme la suite va le montrer, le premier, l'invasion étrangère ; le second, la révolution intestine ; le troisième, la répréhension prophétique, ces grands moyens de l'action éducative de Dieu dans l'ancienne alliance.
Un son à peine perceptible, littéralement : un son de silence, que l'on ne perçoit qu'en l'absence de tout autre bruit. Cela revient bien au sens de la traduction ordinaire : un son doux et subtil, quoique celle-ci présente une nuance qui n'est pas dans le texte. Cette manifestation du Saint des saints saisit l'âme non par sa force, son impétuosité, son éclat, mais par sa faiblesse même. Elle fait pressentir au prophète un mode de révélation divine dont il n'a eu jusqu'ici aucune idée et qui l'émeut si profondément qu'il n'en peut supporter la pensée et se voile la face pour échapper à la vue de Celui dont elle révèle la réelle présence. Lui qui est resté le cur ferme, le front levé au milieu du tourbillon de l'ouragan, de l'ébranlement du sol et de la lueur des éclairs se croisant autour de lui, il se sent vaincu par la puissance indicible de la douceur divine, et il comprend qu'il y a en Dieu quelque chose par quoi il opérera ce que son ministère prophétique n'a pu produire. C'est le mot de l'apôtre : La faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes (1Corinthiens 1.25) ; comparez la parole de Dieu à Moïse Exode 34.5-6. On a essayé de rapporter le symbole du son doux et subtil au ministère d'Elisée, qui a eu quelque chose de moins terrible que celui d'Elie : mais au verset 15 ce ministère est mis sur la même ligne que la mission des deux exterminateurs Hazaël et Jéhu ! On a voulu le rapporter aussi au ministère prophétique en général, plus encourageant que celui de la loi ; comme si les discours des prophètes n'étaient pas remplis de reproches et de menaces de jugement, aussi bien que le ministère d'Elie ! Il faudrait, pour soutenir cette dernière explication, ne considérer dans le ministère prophétique que les promesses de la grâce messianique, ce qui nous ramènerait précisément à l'explication proposée, la seule soutenable à nos yeux : la condescendance infinie de la miséricorde divine dans une alliance nouvelle, faisant ce qu'aucune manifestation de justice et de puissance n'a pu accomplir.