Comparer 1Pierre 1.19, note ; Hébreux 9.28 note.
Il a pris lui-même, spontanément, nos péchés, et les a portés en son corps sur le bois, sur la croix, instrument de supplice des esclaves. Il les a (gr) portés en haut comme sur un autel. (Jacques 2.21)
Luther traduit : "Il les a offerts en sacrifice."
Dans les sacrifices de l'ancienne Alliance, les péchés étaient mis sur la victime ; ici la victime, c'est lui-même ; et pour rendre l'idée plus personnelle encore, l'apôtre ajoute : en son corps.
Dans tout ce passage, Pierre s'inspire de Esaïe 53, surtout de Esaïe 53.4-6. Dans l'indication de la valeur expiatoire des souffrances du Christ (verset 24), il complète les paroles du prophète en y ajoutant : en son corps sur le bois, deux traits empruntés à la pratique des sacrifices. (Comparer Hébreux 10.10)
D'autres relèvent plutôt dans l'élévation de Christ sur le bois, l'idée de l'opprobre, (Actes 5.30) du supplice infamant, (Actes 10.39) de la malédiction. (Galates 3.13)
Ces deux notions ne s'excluent pas, puisque la victime chargée des péchés du peuple était réputée Impure. (Lévitique 16) L'auteur de l'épître aux Hébreux aussi, tout en présentant la mort de Christ comme un sacrifice, fait ressortir son caractère ignominieux. (Hébreux 11.26 ; 13.10-13, notes) Pierre de même rappellera (1Pierre 4.14) ce caractère pour encourager ses lecteurs à supporter les injures.
La mort de Jésus-Christ atteint dans les croyants un double but. D'une part, l'expiation de leurs péchés et leur réconciliation avec Dieu ; d'autre part, et comme un effet naturel et nécessaire de cette grâce, leur affranchissement personnel de l'esclavage de la chair, la mort au péché, la liberté de vivre à la justice.
Cette dernière œuvre est accomplie par la première : rentrés en communion avec Dieu, source de toute vie, de toute sainteté, de toute justice, les chrétiens puisent en lui cette vie nouvelle qui les délivre de la servitude intérieure, et fait mourir par degrés en eux le vieil homme, l'homme du péché. C'est cette vue profonde de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, dans son rapport vivant avec la mort et la résurrection spirituelles de ses disciples, que l'apôtre Paul développe dans Romains 6.1-11.
Par un dernier mot, emprunté à Esaïe 53.5. l'apôtre exprime tout ce que les croyants reçoivent de la mort de Christ : Vous avez été guéris. La guérison implique la cessation de la maladie et le rétablissement de la santé, ou, sans figure, la "mort au péché" et la "vie pour la justice."