Pierre indique à ses lecteurs un nouveau motif de se conduire avec cette crainte sanctifiante dont il vient de parler : (versets 15-17) le prix immense auquel ils ont été rachetés.
D'après d'autres, les paroles qui suivent sont destinées à montrer la possibilité de la sanctification : vous pouvez être saints, car vous avez été rachetés. La première liaison nous paraît plus naturelle. La croix de Jésus-Christ, démonstration du péché de l'homme et de la justice de Dieu, sera toujours le plus puissant mobile de la sanctification, en même temps qu'elle est la source de la paix. Mais tous les détails de cette parole de l'apôtre ont leur importance.
Vous avez été rachetés, de quoi ? de votre vaine manière de vivre. Cette expression semble indiquer que l'apôtre a surtout en vue l'asservissement de la volonté, l'esclavage créé par le péché d'habitude, et que le rachat est pour lui ce que Paul, dans Romains 6, appelle l'affranchissement du péché, en d'autres termes la sanctification. (Comparer. 2.14)
Mais peut-être considère-t-il aussi la malédiction que le péché fait peser sur celui qui l'a commis et envisage-t-il le rachat comme sa réconciliation avec Dieu, d'après Romains 3.24 et suivants ; Hébreux 9.15 ; comparez Hébreux 2.14 et suivants Notre apôtre associe les deux idées dans 1Pierre 2.24. La manière d'être du pécheur est vaine, (comparez Ephésiens 4.17) parce qu'elle est sans réalité, comme les faux dieux que les hommes opposent au Dieu vivant, (Actes 14.15) et parce qu'elle est vouée à la ruine et au néant. (Romains 8.20)
"Une manière de vivre vaine est celle qui ne laisse aucun fruit quand le temps de la vie est écoulé."Bengel.
Telle était la manière de vivre des lecteurs avant qu'ils connussent l'Évangile ; elle leur avait été transmise par leurs pères, et ce pouvait être pour eux une raison d'y persévérer.
"Dans les choses de la religion, les hommes, et les Juifs en particulier, tiennent trop à ce qui leur a été transmis par leurs pères."Bengel.
Le rachat, la délivrance de cette vie de péché ne pouvait se faire par de l'argent ou de l'or, comme pour des prisonniers de guerre ou des esclaves. Cette antithèse fait ressortir la grandeur de l'œuvre accomplie par Christ, et montre en même temps la signification de son sacrifice.
Un sang précieux, voilà le prix de notre rédemption. Sous l'ancienne économie, le rachat du pécheur était accompli symboliquement par le sang d'un agneau, qui toujours devait être sans défaut et sans tache. (Lévitique 4.32 ; Exode 12.5)
La comparaison de Christ avec un agneau est empruntée à la seconde partie du livre d'Esaïe, spécialement à Esaïe 53, où l'image de l'agneau symbolise la patience et l'innocence du serviteur de l'Eternel. (Esaïe 53.7,9) L'idée de la délivrance par voie de rachat est fréquente dans cette prophétie. (Esaïe 44.22,24 ; 51.11 ; 52.3, où il est même dit : "Ce n'est pas à prix d'argent que vous serez rachetés.")
Pierre s'est inspiré de cette prophétie, qu'il cite textuellement dans 1Pierre 2.22-25. La parfaite sainteté du Christ est ce qui rend le sang de son sacrifice précieux. (2Corinthiens 5.21 ; Hébreux 7.26 ; 9.12 ; 1Jean 3.5)
Telle est la pensée de l'apôtre, pensée à laquelle il revient à plusieurs reprises, (1Pierre 1.2 ; 2.22 ; 3.18) comme Jésus-Christ lui-même. (Matthieu 20.28 ; 26.28)