Les Juifs, plusieurs des premiers chrétiens, et la plupart des Pères de l'Eglise considéraient toutes les fausses divinités adorées dans le paganisme comme autant de mauvais esprits (démons) avec lesquels leurs adorateurs entraient nécessairement en communion ; de là, l'horreur que leur inspirait un tel culte.
Les Corinthiens, au contraire, trop éclairés pour ne pas savoir que tous ces faux dieux n'étaient que le produit de l'imagination de l'homme (ce que Paul leur a déjà concédé, 1Corinthiens 8.4 et suivants), en étaient venus, par de fausses conséquences de ce principe, à ne se faire aucun scrupule de prendre part aux repas des sacrifices païens.
L'apôtre doit combattre cette dangereuse application de la liberté chrétienne, et pour cela il rétablit la vérité sur la nature du paganisme, vérité qui n'est ni dans l'un ni dans l'autre des extrêmes que nous venons d'indiquer.
Non, dit-il, les idoles en elles-mêmes ne sont rien ; tel qui leur rend un culte dans son ignorance, ne fait même que chercher Dieu "en tâtonnant."
Mais, comme l'homme déchu est sous la puissance des ténèbres, comme, en adorant la créature au lieu du Créateur, il obéit à cette puissance et s'éloigne toujours plus de Dieu, comme les fausses divinités ne sont que les impures passions de l'homme divinisées, comme enfin les actes mêmes de ce culte consistaient le plus souvent en abominables souillures (ainsi le culte de Vénus qui florissait à Corinthe), il est évident que toute participation à une telle religion est une communion avec la puissance diabolique du mal, alors même qu'en s'y mêlant on parviendrait à s'abstenir de tout acte positif de péché.
Et qui pouvait s'en flatter ? En fait, c'était chercher la tentation ; en principe, c'était méconnaître l'esprit du paganisme. L'admirable sagesse de cette instruction peut trouver aujourd'hui encore mille applications dans les rapports du chrétien avec le monde.