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Le Voyage du pèlerin · John Bunyan

Chapitre IV

Chrétien arrive à la porte étroite en invoquant les promesses de l’Évangile ; il frappe et est reçu avec bienveillance.

Au bout de quelque temps, Chrétien arriva à la porte, sur laquelle on lisait cette inscription : « Frappez, et l’on vous ouvrira »1. Il frappa donc à plusieurs reprises, en se disant : Ah ! si celui qui peut ouvrir cette porte veut bien m’admettre en ces lieux malgré mes fautes et mes égarements, je ne cesserai jamais de glorifier son nom et de chanter ses louanges.

À la fin, un homme vénérable, nommé Bienveillant, vint à la porte et dit : Qui est là ? D’où venez-vous ? et que voulez-vous ?

Chrétien. Je suis un pauvre pécheur fatigué et chargé, qui viens de la ville de Perdition et qui vais à la montagne de Sion, pour me mettre à l’abri de la colère à venir. Je vous supplie donc de bien vouloir m’ouvrir cette porte, car on m’a assuré que c’est ici le seul chemin qui puisse conduire au lieu où je me rends.

De tout mon cœur, répondit Bienveillant, en ouvrant la porte. - Mais au moment où Chrétien s’apprêtait à entrer, Bienveillant le tira vivement par le bras. - Chrétien lui demanda ce que cela signifiait.

Bienveillant. À une petite distance de cette porte se trouve un château fort dont Belzébuth est le maître ; du haut de ce château, lui et ses complices décochent des traits enflammés contre ceux qui passent par ici, dans l’espoir de les tuer avant qu’ils aient atteint la porte.

Je frémis à l’idée de ce danger, dit Chrétien, tout en me réjouissant d’y avoir échappé.

Après qu’il fut entré, le portier lui demanda qui lui avait indiqué le chemin.

Chrétien. C’est Évangéliste qui m’a dit de venir ici et de frapper à cette porte. Il a ajouté que vous me diriez ce que j’aurais à faire ensuite.

Bienveillant. Nul ne peut fermer la porte que vous voyez ouverte devant vous2.

Chrétien. C’est donc maintenant que je vais commencer à recueillir le fruit de mes peines.

Bienveillant. Mais comment se fait-il que vous arriviez tout seul ?

Chrétien. C’est qu’aucun de mes voisins n’a cru, comme moi, au danger qui nous menaçait.

Bienveillant. Y en a-t-il parmi eux qui aient su que vous veniez ici ?

Chrétien. Oui, ma femme et mes enfants m’ont vu partir et m’ont crié de revenir sur mes pas. Et là-dessus, Chrétien raconta à Bienveillant tout ce qui lui était arrivé : comment ses voisins l’avaient poursuivi, sa rencontre avec Sage-Mondain, la frayeur qu’il avait eue au mont Sinaï, et la manière dont Évangéliste était venu à son aide. Maintenant, ajouta-t-il, me voici arrivé par la bonté de Dieu. Mais, hélas ! j’aurais bien plutôt mérité d’être écrasé sous cette montagne que d’avoir le bonheur de m’entretenir avec vous. Quelle faveur insigne pour moi d’avoir été admis ici !

Bienveillant. Nous ne faisons aucune différence entre les hommes ; quelque méchants qu’ils aient été, quelques crimes qu’ils aient commis, ils ne sont jamais rejetés quand ils se présentent ici3 ; venez donc avec moi, mon cher Chrétien, et je vous montrerai le chemin que vous devez suivre. Vous voyez devant vous cet étroit sentier ; il a été tracé par les patriarches, par les prophètes, par Jésus-Christ et par ses apôtres ; et il est aussi droit que s’il avait été tiré au cordeau : voilà votre route.

Chrétien. Mais n’y a-t-il pas des chemins de traverse dans lesquels on risque de s’égarer ?

Bienveillant. Oui vraiment, il y en a un grand nombre, mais ils sont larges et tortueux ; c’est justement à cela que vous pouvez distinguer le bon chemin des mauvais ; car le premier seul est étroit et en ligne droite. - Chrétien demanda ensuite au portier s’il ne pouvait pas le délivrer du fardeau dont tous ses efforts n’avaient encore pu le débarrasser.

Quant à votre fardeau, répondit Bienveillant, portez-le avec courage jusqu’à ce que vous soyez arrivé au lieu de la délivrance ; car alors il tombera de lui-même.

Chrétien se ceignit les reins et s’apprêta à continuer son voyage. Il prit congé de Bienveillant, qui l’avertit qu’après avoir marché quelque temps, il arriverait à la maison d’un homme appelé l’Interprète, qui lui ferait voir des choses merveilleuses. Là-dessus, il lui souhaita un bon voyage, et ils se séparèrent.

Texte : Traduction française de 1831 (J. J. Risler), mise en français courant par biblelibre.org. Source : Wikisource, « Le Pèlerinage du chrétien à la cité céleste » (traduction de 1831) (Traduction de 1831 du domaine public ; transcription Wikisource et version en français courant de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant ces sources).

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