Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney
Sermon 2
Compter sur la miséricorde de Dieu
« Je me confierai en la bonté de Dieu, pour toujours et à perpétuité » (Psaume 52,10)
Pour traiter ce sujet, je chercherai : I. Ce qu'est la miséricorde.
II. Ce que veut dire compter pour toujours sur la miséricorde du Seigneur.
III. Je montrerai à quelles conditions nous pouvons compter sans danger sur la miséricorde de Dieu.
IV. Je signalerai plusieurs erreurs que l'on commet à ce sujet.
1. La miséricorde, en tant que qualité de Dieu, ne doit pas être confondue avec la simple bonté. On fait souvent cette erreur. Vous verrez tout de suite que c'en est une si vous remarquez que la miséricorde est directement opposée à la justice, alors que la justice est l'une des manières naturelles et légitimes dont la bonté s'exprime. La bonté peut exiger que la justice soit appliquée ; en fait, elle l'exige souvent. Mais dire que la miséricorde exige que la justice soit appliquée, c'est employer le mot sans lui donner aucun sens. La miséricorde demande que la justice soit mise de côté. La miséricorde et la bonté ont donc des rapports très différents avec la justice, et ce sont deux qualités très différentes.
2. La miséricorde, c'est la disposition à pardonner au coupable. Elle s'exerce en arrêtant et en mettant de côté la peine prévue par la loi, quand cette peine a été méritée par une désobéissance. Elle est, comme on l'a dit, directement opposée à la justice. La justice traite chacun selon ce qu'il mérite ; la miséricorde traite le criminel tout autrement qu'il ne mérite d'être traité. Ce que l'on mérite n'est jamais la règle qui guide la miséricorde, alors que c'est exactement la règle de la justice.
3. La miséricorde ne s'exerce que là où il y a une faute. Elle suppose toujours une culpabilité. Il faut que la peine prévue par la loi ait d'abord été méritée ; sinon, la miséricorde n'a aucune place.
4. La miséricorde ne peut pas aller plus loin que la punition que l'on mérite. Elle peut continuer à s'exercer aussi longtemps que la punition est méritée, mais pas plus longtemps ; aussi loin que va la culpabilité, mais pas au-delà. Si l'on mérite une grande punition, on peut recevoir une grande miséricorde ; si l'on mérite une punition sans fin, il y a alors place pour une miséricorde infinie, mais pas autrement.
II. Je dois montrer ce que veut dire compter sur la miséricorde de Dieu.
1. Cela suppose d'avoir conscience de sa culpabilité. On ne peut vraiment dire de personne qu'il compte sur la miséricorde de Dieu, à moins qu'il ait commis des fautes et qu'il en ait conscience. La justice protège les innocents : ils peuvent faire appel à elle sans crainte pour être défendus ou obtenir réparation. Mais pour le coupable, il ne reste rien d'autre que de compter sur la miséricorde. Compter sur la miséricorde suppose toujours d'être profondément saisi, au fond du cœur, par le sentiment de sa propre culpabilité.
2. Compter sur la miséricorde suppose toujours que nous n'avons aucun espoir du côté de la justice. Si nous avions quelque chose à attendre de la justice, nous ne nous tournerions pas vers la miséricorde. Le cœur humain est trop orgueilleux pour se jeter dans les bras de la miséricorde tant qu'il s'imagine avoir, au nom de la justice, un droit valable à être bien traité. Plus encore : faire appel à la miséricorde quand on pourrait à bon droit faire appel à la justice, ni la loi de Dieu ni l'Évangile ne le demandent jamais, et cela ne peut pas s'accorder avec notre situation face au gouvernement de l'Éternel. En fait, par la nature même de notre esprit, c'est impossible.
3. Compter sur la miséricorde suppose d'avoir une idée juste de ce qu'elle est. Sur ce point, beaucoup se trompent, parce qu'ils confondent la miséricorde avec la simple bonté, ou avec la grâce comprise comme une simple faveur accordée à ceux qui ne la méritent pas. Cette faveur peut être montrée là où il n'y a aucune miséricorde, puisque le mot « miséricorde » s'applique au pardon des fautes. Nous savons tous que Dieu montre sa faveur, sa grâce au sens général, à tous les méchants de la terre. Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les injustes comme sur les justes. Mais compter sur cette faveur générale, accordée aux méchants pendant qu'ils sont mis à l'épreuve ici-bas, ce n'est pas compter sur la miséricorde de Dieu. Nous ne comptons jamais sur la miséricorde tant que nous n'avons pas vraiment compris ce qu'elle est : le pardon accordé aux coupables pour leurs fautes.
4. Compter sur la miséricorde de Dieu suppose de croire qu'il est miséricordieux. Nous ne pourrions pas lui faire confiance si nous ne le croyions pas. Cette conviction doit toujours être à la base d'une vraie confiance. D'ailleurs, elle fait naître si naturellement cet élan de l'âme qui va vers Dieu et se repose sur lui, ce que nous appelons la confiance, que, dans le Nouveau Testament, le mot « foi » comprend d'habitude les deux. La foi, le fait de croire, comprend le don de son âme à Dieu, de tout son cœur, et une confiance sincère en lui.
5. « Compter sur la miséricorde de Dieu éternellement et à jamais » suppose d'être convaincu qu'on mérite une punition sans fin. La miséricorde s'étend exactement aussi loin que la punition méritée et, par sa nature, elle ne peut pas aller plus loin. Il est raisonnable de compter sur la miséricorde aussi longtemps que nous méritons d'être punis, mais pas plus longtemps. Un prisonnier condamné à trois ans de prison peut demander qu'on use de miséricorde envers lui en lui accordant sa grâce pour cette durée ; mais il ne demandera pas une grâce pour dix ans quand il n'en a besoin que pour trois, ni une grâce une fois ses trois ans de peine terminés. Ce principe est tout à fait évident : là où s'arrête la punition méritée, la miséricorde s'arrête aussi, et notre confiance en elle aussi. Tant que la punition méritée continue, la miséricorde peut continuer, et notre confiance en elle aussi. Donc, quand le psalmiste compte pour toujours sur la miséricorde de Dieu, il renonce à tout espoir d'être un jour bien accueilli au nom de la justice.
6. Compter sur la miséricorde suppose qu'on arrête complètement de chercher des excuses. Dès l'instant où vous comptez sur la miséricorde, vous abandonnez toutes vos justifications et toutes vos excuses, tout de suite et entièrement, car elles supposent qu'on s'appuie sur la justice de Dieu. Une excuse ou une justification n'est rien d'autre qu'un appel à la justice : un argument destiné à prouver que notre conduite était juste. Compter pour toujours sur la miséricorde suppose qu'on a arrêté pour toujours de chercher des excuses.
Ainsi, un homme jugé devant un tribunal fait appel à la justice tant qu'il présente des justifications et des excuses ; mais s'il se présente devant le tribunal et plaide coupable, sans présenter la moindre justification ni la moindre excuse, il s'en remet à la clémence du tribunal. C'est tout autre chose que de se justifier soi-même. Il arrive parfois qu'au cours du même procès, l'accusé essaie les deux moyens. Il tente d'abord de se défendre lui-même ; mais, voyant que c'est inutile, il change d'attitude, avoue son crime, reconnaît qu'il mérite d'être puni, et s'en remet à la clémence du tribunal. Peut-être supplie-t-il le tribunal de le recommander à la clémence de l'autorité qui a le droit de grâce.
Or il est toujours entendu que, lorsqu'un homme plaide coupable, il cesse de chercher des excuses et ne fait plus appel qu'à la miséricorde. Il en va de même dans une affaire privée avec mon voisin. Si je me justifie entièrement, je n'ai évidemment rien à avouer. Mais si j'ai conscience de lui avoir fait du tort, je reconnais franchement mes torts et je fais appel à sa miséricorde. Se justifier soi-même, c'est exactement le contraire d'avouer.
C'est pareil quand des parents doivent corriger un enfant. Si votre enfant se justifie avec obstination, il ne fait pas appel à votre miséricorde. Mais dès qu'il se jette dans vos bras en pleurant et vous dit : « J'ai entièrement tort », il cesse de chercher des excuses et s'en remet à votre miséricorde. Il en va de même dans le gouvernement de Dieu. Compter sur la miséricorde, c'est renoncer définitivement à s'appuyer sur la justice. Vous n'avez plus d'excuses ; vous n'en présentez aucune.
III. Nous devons maintenant examiner à quelles conditions nous pouvons compter avec confiance et en toute sécurité sur la miséricorde de Dieu pour toujours.
1. Il faut que la justice publique soit satisfaite. Il faut répondre à ses exigences. Dieu est un grand magistrat public, qui porte des responsabilités infinies envers tout l'univers des êtres libres et responsables. Il doit faire très attention à ce qu'il fait.
Il n'y a peut-être pas de décision de gouvernement plus délicate et plus difficile, dans ses conséquences, que l'exercice de la miséricorde. C'est un point extrêmement sensible. On court un grand risque de donner l'impression que la miséricorde piétine la loi. Ce que fait précisément la miséricorde, c'est mettre de côté l'application de la peine prévue par la loi ; le danger, c'est que cela paraisse mettre de côté la loi elle-même. Le grand problème est celui-ci : comment la loi peut-elle garder toute sa majesté quand on renonce entièrement à appliquer sa peine ? C'est toujours une question difficile et délicate.
Dans les gouvernements humains, on voit souvent un magistrat faire preuve d'une grande fermeté. Pendant la guerre d'indépendance américaine, on supplia Washington avec insistance de gracier André. Celui-ci était un homme particulièrement aimable et attachant, et son sort suscitait une profonde sympathie dans l'armée américaine. De nombreuses demandes pressantes furent adressées à Washington en sa faveur ; mais non, Washington ne pouvait pas céder. On le supplia d'aller voir André, dans l'espoir qu'une rencontre en personne toucherait son cœur ; mais il refusa même de le voir. Il n'osait pas se fier à ses propres sentiments. Il sentait que c'était un moment décisif et que le bien de toute une nation était en danger. D'où sa décision ferme et inflexible. Ce n'est pas qu'il manquait de compassion. Il avait un cœur capable de sentir. Mais, dans ces circonstances, il savait trop bien qu'il ne devait laisser aucune place à ses sentiments de tendresse. Il n'osait pas leur céder, de peur que la ruine d'une nation n'en soit le prix.
Des cas semblables se sont souvent produits dans les gouvernements humains : tous les sentiments du cœur sont du côté de la miséricorde et réclament avec force qu'on leur cède, mais la justice l'interdit.
Souvent, dans la famille, un père traverse une épreuve déchirante : il préférerait supporter lui-même trois fois cette douleur plutôt que de l'infliger à son fils ; mais des intérêts d'une importance peut-être infinie sont en jeu, et il ne doit pas les mettre en danger en cédant à sa compassion.
Or, si l'exercice de la miséricorde est difficile dans de tels cas, combien plus dans le gouvernement de Dieu ! Ainsi, la première condition pour que la miséricorde s'exerce, c'est que quelque chose soit fait pour répondre aux exigences de la justice publique. Il est absolument indispensable que la loi soit maintenue. Si disposé que Dieu soit à pardonner, il est trop bon pour faire miséricorde à des conditions ou dans des circonstances qui abîmeraient la dignité de sa loi, donneraient la permission de pécher et ouvriraient toutes grandes les vannes du mal. L'Éternel ne peut jamais faire cela. Il sait qu'il ne le doit jamais.
Sur ce point, il suffit pour le moment de dire que cette difficulté est entièrement levée par le sacrifice de Christ.
2. Une deuxième condition, c'est que nous nous repentions. Il est certain qu'aucun pécheur n'a le moindre motif d'espérer la miséricorde tant qu'il ne se repent pas. Dieu va-t-il pardonner au pécheur pendant qu'il est encore en révolte ? Jamais. Ce serait de la part de Dieu une très grande injustice, et une ruine pour l'univers. Ce serait en fait proclamer que le péché compte moins qu'une broutille ; que Dieu ne s'inquiète pas de voir le cœur du pécheur attaché au mal ; qu'il est prêt à serrer contre lui le cœur le plus révolté, sans qu'il se soit humilié. Avant de pouvoir faire cela, Dieu devrait cesser d'être saint.
3. Nous devons avouer nos péchés. Il est écrit : « Celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde » (Proverbes 28,13), et lui seul. L'Éternel a de telles relations avec tout l'univers des êtres libres qu'il ne peut pas pardonner sans que le pécheur avoue. Il faut que le pécheur témoigne contre lui-même, et en faveur de la loi et de l'obéissance.
Imaginez un homme reconnu coupable et condamné à être pendu. Il demande sa grâce au gouverneur, mais il est trop orgueilleux pour avouer, du moins en public. « Monsieur le gouverneur, dit-il, entre vous et moi, je veux bien reconnaître que j'ai commis le crime dont on m'accuse, mais ne me demandez pas de l'avouer devant tout le monde. Vous tiendrez un peu compte de mes sentiments, et des sentiments de mes nombreux amis, qui sont des gens très respectables. Devant tout le monde, je continuerai donc à nier ce crime. J'espère cependant que vous prendrez bien en compte toutes les circonstances, et que vous m'accorderez ma grâce. » « Vous gracier, misérable ! » répondrait le gouverneur. « Vous gracier, quand vous accusez d'injustice tout le tribunal et le jury, et de mensonge les témoins ? Vous gracier, alors que vous vous dressez contre toute la justice de l'État ? Jamais ! jamais ! Vous êtes trop orgueilleux pour prendre votre vraie place et vous montrer tel que vous êtes ; comment pourrais-je compter sur vous pour être un bon citoyen ? Comment pourrais-je attendre de vous autre chose que d'être un parfait scélérat ? »
Qu'on le comprenne donc bien : avant de pouvoir compter sur la miséricorde de Dieu, nous devons vraiment nous repentir, et rendre notre aveu aussi public que l'a été notre crime.
Imaginez encore un homme reconnu coupable qui demande sa grâce, mais qui refuse absolument d'avouer. « Oh, dit-il, je n'ai pas de crimes à avouer ; je n'ai rien fait de particulièrement mal ; si j'ai agi comme je l'ai fait, c'est que j'ai un cœur terriblement méchant. Je ne peux pas me repentir, je ne l'ai jamais pu. Je ne sais pas comment il se fait que je commets des meurtres si facilement ; tuer mon voisin semble être devenu pour moi une seconde nature ; je n'y peux rien. » Puis il dit au gouverneur : « On m'a dit que vous êtes très bon, très miséricordieux ; on dit même que vous êtes l'amour en personne, et je le crois. Vous allez donc sûrement m'accorder ma grâce : ce sera si facile pour vous, et c'est si horrible pour moi d'être pendu. Vous savez que je n'ai fait qu'un petit peu de mal, et seulement parce que je ne pouvais pas faire autrement ; vous ne pouvez certainement pas exiger que je fasse le moindre aveu. Quoi ! Me faire pendre parce que je ne me repens pas ? Vous êtes certainement trop bon pour faire une chose pareille. »
La réponse serait forcément, avec indignation : « Je ne vous remercie pas de votre bonne opinion de moi ; la loi suivra son cours ; votre chemin mène à la potence. »
Regardez ce pécheur ; écoutez-le se moquer de Dieu dans sa prière : « Je compte sur la miséricorde de Dieu, car Dieu est amour. » Vous repentez-vous ? « Je ne sais pas trop ce qu'est la repentance ; là n'est pas la question. Dieu est amour ; Dieu est trop bon pour envoyer des hommes en enfer ; ceux qui pensent qu'il envoie qui que ce soit en enfer croient que Dieu ne sauve qu'une partie des hommes, et ils calomnient Dieu. » Trop bon ! dites-vous ; trop bon ! Si bon qu'il pardonnera, que le pécheur se repente ou non ; trop bon pour tenir fermement les rênes de son gouvernement ; trop bon pour protéger les intérêts les plus importants de son immense royaume ! Pécheur, le Dieu auquel vous pensez est un être sorti de votre imagination déréglée : ce n'est pas le Dieu qui a construit la prison du désespoir pour les pécheurs endurcis ; ce n'est pas le Dieu qui gouverne l'univers par une loi juste, et notre race aussi, selon le plan de l'Évangile, qui fait paraître cette loi grande et lui rend honneur.
4. Nous devons vraiment réparer le tort causé, autant que cela dépend de nous. Vous pouvez voir ce que cela veut dire dans le cas d'un voleur de grand chemin. Il a volé dix mille dollars à un voyageur et a été condamné à la prison à vie. Il demande sa grâce. Il regrette beaucoup son crime ; il est prêt à faire tous les aveux qu'on voudra, aussi publics qu'on voudra ; mais va-t-il rendre l'argent ? Lui ? Non ! Il a besoin de cet argent pour lui-même. Il en cédera peut-être la moitié à l'État : le voilà tout à coup plein d'amour pour son pays, et généreux en plus ; prêt à faire don de cinq mille dollars pour le bien public ! Prêt à consacrer une magnifique somme d'argent aux œuvres les plus charitables ; mais l'argent de qui ? Où est sa justice envers l'homme qu'il a volé ? Misérable ! Consacrer au public ce que vous avez arraché à votre voisin, et le verser dans le trésor de l'État ! Non ; un tel don brûlerait le coffre de part en part ! Que penseriez-vous si le gouvernement fermait les yeux sur une telle abomination ? Vous auriez horreur de sa corruption détestable.
Regardez cet homme du monde. Toute sa carrière dans les affaires n'est qu'une suite de tromperies. Il glisse discrètement la main dans la poche de son voisin, et c'est ainsi qu'il remplit la sienne. Sa règle, toujours la même, est de vendre plus cher que la chose ne vaut, et d'acheter moins cher. Il sait accaparer le marché et faire monter les prix, puis revendre les stocks qu'il a accumulés. Son esprit est toujours tendu pour manœuvrer et faire de bonnes affaires. Mais cet homme doit enfin se préparer à rencontrer Dieu. Alors il se tourne vers son argent, pour qu'il règle tout. Il a un gros don pour Dieu. Peut-être va-t-il construire une église ou envoyer un missionnaire : quelque chose d'assez généreux, au moins, pour acheter le pardon d'une vie qui ne laisse pas sa conscience très tranquille. Oui, il a un magnifique pot-de-vin pour Dieu. Ah, mais Dieu va-t-il l'accepter ? Jamais ! Dieu brûle d'indignation à cette pensée. Dieu veut-il de votre argent taché de sang, de ces gains tirés de l'oppression ? Allez les rendre aux pauvres qui souffrent, dont les cris sont montés jusqu'à Dieu contre vous. Oh, quelle honte, de penser voler votre frère pour donner à Dieu ! Ce n'est pas seulement déshabiller Pierre pour habiller Paul, c'est voler l'homme pour payer Dieu ! Ce n'est pas ainsi qu'on achète le pardon de son âme !
5. Une autre condition, c'est que vous changiez vraiment de conduite. Supposons qu'il y ait dans notre voisinage un bandit devenu la terreur de toute la région. Il a déjà assassiné une vingtaine de femmes et d'enfants sans défense ; il incendie nos maisons la nuit ; il pille et vole tous les jours ; et chaque jour apporte la nouvelle de crimes qui font frémir tous ceux qui les apprennent. Personne ne se sent en sécurité un seul instant. C'est un bandit sanguinaire de la pire espèce. Enfin, il est arrêté, et nous respirons tous plus librement. La paix revient. Mais ce misérable, condamné à mort, demande sa grâce. Il ne montre aucun regret, et ne promet même pas de changer ; pourtant le gouverneur s'apprête à lui accorder une grâce complète. S'il le fait, qui ne dira pas : « C'est lui qu'il faudrait pendre par le cou jusqu'à ce qu'il soit mort, bien mort ! » Mais que dit ce pécheur ? « Je compte, dit-il, sur la grande miséricorde de Dieu. Je n'ai rien à craindre. » Mais change-t-il de conduite ? Non. À quoi peut lui servir la miséricorde de Dieu s'il ne change pas de conduite ?
6. Vous devez aller jusqu'au bout pour reconnaître que la loi et sa peine sont justes.
Regardez ce criminel condamné. Il ne croit pas que l'État ait le droit d'ôter la vie pour quelque crime que ce soit ; il conteste absolument qu'une telle procédure soit juste et, pour cette raison, il exige qu'on le gracie. L'obtiendra-t-il ? Le gouverneur va-t-il prendre une position directement opposée à la loi et à la Constitution qu'il a juré de défendre ? Va-t-il écraser la loi pour sauver un criminel, ou même mille criminels ? Non, s'il a dans le cœur l'esprit de quelqu'un qui gouverne. Ce coupable, s'il veut obtenir la miséricorde du gouverneur, doit reconnaître que la loi et sa peine sont justes. Sinon, il se dresse contre la loi, et on ne peut pas lui faire confiance pour vivre au milieu des autres.
Écoutez maintenant ce pécheur. Que de choses il trouve à dire pour nier qu'il mérite d'être puni, et contre la justice d'une punition éternelle ! Il dénonce les lois de Dieu comme cruelles et injustement sévères. Pécheur, pensez-vous que Dieu puisse vous pardonner pendant que vous vous conduisez ainsi ? Autant abolir sa loi et quitter son trône ! Vous mettez Dieu dans l'impossibilité de vous pardonner.
7. Aucun pécheur ne peut recevoir la miséricorde comme il convient s'il ne se soumet pas entièrement à tous les moyens que le gouvernement a employés pour le convaincre de sa culpabilité.
Supposons qu'un criminel prétende qu'on a monté un complot pour lui tendre un piège et l'arrêter ; qu'on a payé des témoins pour faire de faux témoignages ; que le juge a donné au jury des instructions fausses, ou que le jury a rendu un verdict injuste : pourrait-il espérer obtenir sa grâce par de telles accusations mensongères ? Non, vraiment. On ne peut pas faire confiance à un tel homme pour défendre la loi et l'ordre au milieu des autres, sous aucun gouvernement, humain ou divin.
Mais écoutez ce pécheur se plaindre et ergoter. « Pourquoi, dit-il, Dieu a-t-il permis que le péché et la tentation entrent dans ce monde ? Pourquoi Dieu laisse-t-il seulement vivre le pécheur, pour qu'il s'attire un sort si terrible ? Et pourquoi Dieu barre-t-il le chemin du pécheur par les événements qu'il dirige, et le fauche-t-il au milieu de ses péchés ? » Et c'est ce même pécheur qui parle de compter sur la miséricorde de Dieu ! Vraiment ? Alors que, pendant tout ce temps, il accuse Dieu d'être un tyran sans limite et de chercher à écraser le pauvre pécheur, malheureux et sans défense ! Que veulent dire ces objections ? Que sont-elles, sinon la voix élevée d'un rebelle coupable qui accuse son Créateur de faire le bien et de montrer de la miséricorde à ses propres créatures révoltées ? Car il suffit d'un instant de réflexion pour voir que la tentation dont il se plaint n'est rien d'autre qu'un bien placé devant un être libre et responsable, pour attendrir son cœur par l'amour. Et pourtant, le pécheur murmure contre cela et déverse ses plaintes contre Dieu. Soyez-en sûrs : si vous n'êtes pas prêts à aller jusqu'au bout pour reconnaître que tout ce que Dieu fait est juste, il ne pourra jamais vous pardonner. Dieu n'a pas le choix : il ne peut pas pardonner à un rebelle qui se justifie lui-même. Les intérêts de myriades d'êtres libres et responsables le lui interdisent. Quand vous vous placerez pleinement du côté de Dieu, en lui donnant raison et en vous condamnant vous-même, vous vous mettrez là où la miséricorde peut vous atteindre, et alors elle vous atteindra sûrement. Pas avant.
8. Vous devez accepter de tout votre cœur le plan du salut. Ce plan part de l'idée que nous méritons la mort éternelle et que, si nous sommes sauvés, ce ne peut être que par la grâce et la miséricorde que Dieu accorde librement. Rien ne peut sauver, sauf la miséricorde : une miséricorde qui vient rejoindre le pécheur dans la poussière, couché face contre terre, sans excuse ni justification, qui rend à Dieu toute la gloire et prend pour lui-même toute la culpabilité et toute la honte. Il y a de l'espoir pour toi, pécheur, si tu acceptes ce plan de tout ton cœur.
IV. Voyons maintenant quelques erreurs dans lesquelles beaucoup tombent.
1. Beaucoup comptent en réalité sur la justice, et non sur la miséricorde. Ils disent : « Dieu est juste ; Dieu ne me fera aucune injustice ; j'ai l'intention de faire de mon mieux, et ensuite je pourrai m'en remettre sans crainte entre les mains d'un Dieu juste. » C'est vrai, Dieu ne vous fera aucune injustice. Vous n'avez jamais à craindre cela. Mais quelle horreur, si Dieu vous traitait selon la stricte justice ! Quel effroi, si vous ne receviez aucune miséricorde ! Si Dieu ne vous montre pas une miséricorde infinie, vous êtes perdu pour toujours, aussi sûrement que vous êtes un pécheur ! Compter ainsi sur la justice de Dieu, c'est foncer sur un écueil mortel. Le pécheur qui peut le faire calmement n'a jamais vu ce qu'est la loi de Dieu, ni ce qu'est son propre cœur. Le psalmiste n'a pas dit : « Je compte sur la justice de Dieu éternellement et à jamais. »
2. Beaucoup disent compter sur la miséricorde de Dieu sans remplir les conditions sans lesquelles la miséricorde ne peut pas être accordée. Ils peuvent continuer à compter ainsi sur elle jusqu'à leur mort, mais pas plus loin.
3. Les pécheurs ne réfléchissent pas que Dieu ne peut pas les dispenser de remplir ces conditions. Il n'en a pas le droit. Elles découlent de la constitution même de son gouvernement, de sa nature même, et doivent donc être remplies à la lettre. Plutôt que de les en dispenser, Dieu enverrait en enfer toute la race humaine, et même l'univers entier. Si Dieu mettait ces conditions de côté et pardonnait à un pécheur qui ne s'est pas humilié, qui ne s'est pas repenti et qui ne croit pas, il renverserait son trône, bouleverserait tout l'univers des êtres libres et responsables, et allumerait un autre enfer dans son propre cœur.
4. Beaucoup ruinent eux-mêmes leur salut en se justifiant. Les arguments qui excusent le moi et les objections qui accusent Dieu barrent également, et de façon fatale, la route du pardon. Depuis que le monde existe, on n'a jamais vu un pécheur obtenir miséricorde dans cet état d'esprit.
5. Beaucoup prétendent compter sur la miséricorde, tout en affirmant qu'ils sont punis de leurs péchés au fur et à mesure. Ils espèrent être sauvés par miséricorde, et pourtant ils seraient punis de tous leurs péchés dans cette vie. On n'a jamais réuni deux choses plus absurdes et plus contradictoires. Punis ici-bas autant qu'ils le méritent, et pourtant sauvés par miséricorde ! Pourquoi ne disent-ils pas franchement qu'ils seront sauvés après la mort par justice ? Si vraiment ils sont punis de tout ce qu'ils méritent au fur et à mesure, la justice ne demandera plus rien après la mort.
6. Des gens qui, en paroles, demandent miséricorde, comptent souvent en réalité sur la justice. Le sentiment profond de leur péché et de ce qu'ils méritent ne pénètre pas dans leur âme tant qu'ils ne comprennent pas vraiment ce qu'est la miséricorde, et qu'ils ne sentent pas qu'ils ne peuvent compter sur rien d'autre.
7. Certains cachent leurs péchés, et rêvent pourtant d'aller au ciel. Pensent-ils pouvoir cacher ces péchés à l'œil de Dieu, qui voit tout ? Pensent-ils couvrir leurs péchés et pourtant « prospérer » (Proverbes 28,13), malgré la parole redoutable de Dieu ?
8. Nous ne pouvons pas raisonnablement demander une miséricorde plus grande que la culpabilité que nous reconnaissons et que nous ressentons ; et ceux qui pensent le pouvoir se trompent de façon fatale. Sans être profondément saisis par la conscience de notre culpabilité, nous ne pouvons pas être sincères et sérieux quand nous supplions Dieu de nous faire miséricorde. Écoutez prier cet homme qui pense que le péché est une broutille et que la punition qu'il mérite est peu de chose : « Ô Seigneur, j'ai besoin d'un peu de miséricorde, rien qu'un peu ; mes péchés ont été peu nombreux et sans grande importance ; accorde-moi, Seigneur, d'échapper à la punition courte et légère que mes quelques erreurs et défauts ont pu mériter. » Ou bien écoutez prier cet universaliste : « Ô Seigneur, tu sais que j'ai été puni de mes péchés au fur et à mesure ; j'ai eu une maladie, et diverses souffrances et pertes, presque assez, ou même tout à fait assez, tu le sais, pour punir tous les péchés que j'ai commis ; maintenant donc, je te prie de me donner le salut par ta grande miséricorde. » Comme il est étonnant que des hommes sains d'esprit puissent croire de telles absurdités ! Comment un universaliste peut-il seulement prier ? Que devrait-il demander ? Pas le pardon, car, selon ses principes, il a, au nom de la justice, un droit valable à ne pas être puni, comme le criminel qui a fini de purger sa peine en prison. La seule prière raisonnable qu'il puisse faire, c'est de demander à Dieu de lui rendre justice et de le laisser partir, puisqu'il a déjà été assez puni. Mais pourquoi prierait-il pour cela ? On peut compter sur Dieu pour rendre justice sans qu'on ait besoin de le lui demander. Je ne m'étonne pas que les universalistes prient peu ; qu'ont-ils à demander ? Leur pain de chaque jour ? Très bien. Mais la miséricorde de Dieu, dans leur système, ils n'en ont pas besoin, puisqu'ils subissent tout ce qu'ils méritent. Illusion agréable, assez flatteuse pour l'orgueil humain, mais étrange pour des esprits raisonnables, et terriblement dangereuse ! Ceux qui croient que tous les hommes seront finalement rétablis après une punition se placent pour l'essentiel sur le même terrain : ils laissent seulement une partie de la peine à purger au purgatoire, mais ils réclament le salut au nom de la justice et non de la miséricorde. La miséricorde ne peut avoir aucune place dans aucune forme d'universalisme. Toutes les formes de ce système revêtent Dieu des habits de la justice, une justice inflexible et redoutable ; et pourtant ces hommes comptent, disent-ils, sur la miséricorde de Dieu ! Mais qu'ont-ils fait de l'Évangile ? Qu'ont-ils fait de tout ce que la Bible dit du pardon gratuit offert aux coupables ? Ils l'ont chassé de la Bible ; et que nous ont-ils donné à la place ? Rien que la justice, la justice : assez de punition pour le péché dans ce monde, ou au moins en quelques années de purgatoire ; le péché, une broutille ; le gouvernement de Dieu, une simple comédie ; Dieu, un menteur ; l'enfer, un épouvantail et une supercherie ! Qu'est-ce que tout cela, sinon un blasphème aussi terrible que tout ce qui est jamais sorti de l'enfer ?
Si nous ne demandons qu'un peu de miséricorde, nous n'en recevrons pas du tout. Cela peut paraître étrange, mais ce n'en est pas moins vrai. Si nous voulons recevoir quelque chose, nous devons demander de grandes grâces. Supposons qu'un homme mérite d'être pendu, et qu'il ne demande pourtant qu'une petite faveur ; s'il parlait ainsi, pourrait-il être pardonné ? Non. Il doit avouer toute sa culpabilité, dans toute son étendue et toute son horreur, et montrer qu'il la ressent au plus profond de son âme. De même, pécheur, vous devez venir avouer toute votre culpabilité telle qu'elle est, sinon vous n'aurez aucune miséricorde. Venez, abaissez-vous, plus bas, infiniment bas devant Dieu, et recevez là sa miséricorde. Écoutez cet universaliste. Au début, tout ce qu'il trouve à dire, c'est : « Je remercie Dieu pour mille choses. » Mais il commence à douter que cela suffise vraiment. Peut-être a-t-il besoin d'un peu plus de punition que ce qu'il a subi dans cette vie ; il voit un peu plus de culpabilité ; alors il prie Dieu de lui épargner dix ans de la punition qu'il mérite en enfer. Et s'il voit encore un peu plus de culpabilité, il demande à être dispensé d'autant plus de punition. Si la vérité éclaire soudain son âme et qu'il voit son cœur et sa vie à la lumière de la loi de l'Éternel, il s'abaisse de plus en plus, aussi bas qu'il le peut, et il répand sa prière pour que Dieu le sauve de l'enfer éternel qu'il mérite. « Oh, s'écrie-t-il, Dieu peut-il pardonner à un si grand pécheur ? » Oui, et d'autant plus volontiers que vous vous humiliez davantage, et que la miséricorde que vous demandez, et dont vous sentez le besoin, est plus grande. Descendez seulement, et placez-vous là où Dieu peut vous rejoindre. Souvenez-vous du fils prodigue, et de ce père qui court, se jette à son cou, pleure, l'accueille, lui pardonne ! Oh, comme le cœur de ce père débordait de tendresse !
Ce n'est pas la grandeur de vos péchés, c'est l'orgueil de votre cœur qui empêche votre salut. Ce n'est rien dans votre vie passée : c'est l'état d'esprit où vous êtes maintenant qui rend votre salut impossible. Réfléchissez-y.
Vous n'avez pas besoin d'attendre pour employer des moyens auprès de Dieu afin de le persuader de vous sauver. C'est lui qui emploie des moyens auprès de vous pour vous persuader d'être sauvé. Vous agissez comme si aucune supplication, aucune soumission ne pouvait pousser Dieu, sinon à grand-peine, à faire miséricorde. Oh, vous ne voyez pas comme son grand cœur bat de compassion et fait jaillir de tous côtés les flots de sa miséricorde, répandant jusqu'à vos pieds le fleuve d'eau de la vie, et exerçant sur votre cœur une telle pression d'appels que vous devez vous raidir pour y résister, de peur de vous laisser convaincre de vous repentir. Oh, voyez-vous comme Dieu voudrait vous persuader, et briser votre cœur dans la repentance, pour vous amener là où il peut vous atteindre par sa miséricorde qui pardonne, là où il peut venir vous bénir sans renoncer à son trône !
Nier que vous méritez une punition sans fin, c'est rendre votre salut absolument impossible. Dieu ne pourra jamais vous pardonner sur cette base, parce que vous essayez d'être sauvé au nom de la justice. Vous ne pourriez pas rendre votre condamnation plus certaine que vous ne la rendez ainsi, même si vous assassiniez tous les hommes que vous rencontrez. Vous liez les mains de la miséricorde et vous ne la laissez pas vous arracher aux griffes de la mort. C'est comme si votre maison était en feu et que vous saisissiez votre fusil chargé pour abattre tous ceux qui arrivent avec leur seau pour vous aider. Vous tenez bon au milieu de l'incendie qui fait rage, jusqu'à ce que vous disparaissiez sous les flammes. Qui peut vous aider ? Que fait cet homme qui essaie de faire croire à sa famille que tous les hommes seront sauvés ? C'est comme s'il tirait avec son fusil en plein cœur de la Miséricorde chaque fois qu'elle apparaît. Il semble décidé à chasser la Miséricorde, et pour cela il fait jouer toute la machinerie de l'universalisme et se jette dans la forteresse de ce refuge de mensonge ! Oh, quelle œuvre de mort ! La Miséricorde ne l'atteindra pas, ni lui ni sa famille : voilà ce qu'il semble avoir décidé, et la Miséricorde ne peut pas venir. Voyez comme elle se penche du haut du ciel ; l'Éternel sourit avec amour, il pleure de pitié, il se penche du haut même des nuées et tend la main percée du Crucifié. Mais non ! « Je ne mérite pas cette punition ; arrière l'insulte d'un pardon offert par pure miséricorde ! » Que peut-il y avoir de plus fatal, de plus sûr pour se perdre, de plus ruineux pour l'âme ?
Vous voyez très clairement pourquoi tous ne sont pas sauvés. Ce n'est pas parce que Dieu ne veut pas sauver tout le monde, mais parce que les hommes font échouer les efforts que Dieu fait pour les sauver. Ils se réfugient derrière tous les abris et tous les faux-fuyants possibles ; ils résistent quand ils commencent à sentir leur culpabilité, et ils repoussent chaque appel de la miséricorde. Qu'ont donc ces jeunes gens ? Que font-ils ? Dieu est-il descendu dans sa colère ardente et sa vengeance, pour qu'ils rassemblent toutes leurs forces contre lui ? Oh non, il est seulement venu avec miséricorde, c'est tout ; et ils combattent sa miséricorde, et non ses justes châtiments. Si c'était son bras terrible qui venait punir, vous plieriez bien vite le genou, ou vous seriez brisés sous ses coups. Mais la miséricorde de Dieu vient avec ses doux murmures (si seulement vous vouliez le comprendre) ; elle vient pour gagner votre cœur ; et que faites-vous ? Vous vous liguez pour résister à ses appels ; vous inventez mille excuses ; vous courez vous retrouver pour bavarder, et chasser à force de bavardages toute pensée sérieuse ; vous courez trouver quelque incroyant ou quelque universaliste pour soulager une conscience inquiète. Ah, pécheur, cela ne peut vous faire aucun bien. Vous fuyez loin de Dieu : pourquoi ? Que se passe-t-il ? Dieu déverse-t-il les flots de sa grande colère ? Non, non ; mais la Miséricorde est venue, et elle voudrait vous rassembler sous ses ailes déployées, là où les tempêtes de la colère ne peuvent jamais venir. Mais non, le pécheur plaide contre elle : il ergote, il fuit, il se bat, il repousse l'ange de la miséricorde, il écarte de ses lèvres l'eau de la vie. Pécheur, cette scène va bientôt prendre fin. Le temps est court. Bientôt Dieu vient ; la mort brandit sa flèche ; ce jeune homme est malade ; écoutez ses gémissements. « Allez-vous mourir, mon jeune ami ? Êtes-vous prêt ? » « Oh, je ne sais pas ; je souffre beaucoup. Oh ! oh ! comment vivre ainsi ? Hélas, comment mourir ? Je ne peux pas m'en occuper maintenant ; trop tard, trop tard ! » Oui, jeune homme, vous voilà faible maintenant. Le doigt de Dieu vous a touché. Oh, si seulement je pouvais vous raconter quelques-unes des scènes de lit de mort dont j'ai été témoin ; si je pouvais vous les faire voir, vous faire entendre les plaintes profondes d'une angoisse indicible, quand l'âme tremblait, frissonnait, aurait voulu disparaître dans le néant pour échapper à ce regard redoutable, et qu'elle était emportée à toute vitesse en enfer ! Ce sont justement ces hommes-là qui avaient fui la miséricorde ! La miséricorde n'a pas pu les atteindre, mais la mort, elle, le peut. La mort saisit sa victime. Voyez, elle traîne l'âme terrifiée et hurlante jusqu'à la porte de l'enfer ; comme cette âme recule, comme elle gémit, quel gémissement qui n'a rien de ce monde ! Et la voilà partie ! L'ordre d'exécution est donné, et il n'y a pas de sursis. Ce pécheur n'a pas voulu de la miséricorde quand il le pouvait ; maintenant, il ne le peut plus, alors qu'il le voudrait. Tout est fini.
Pécheur, vous qui allez mourir, vous pouvez tout aussi bien recevoir la miséricorde aujourd'hui. Tous vos péchés passés ne sont pas du tout un obstacle, si seulement vous vous repentez et acceptez le pardon qui vous est offert. Votre Dieu vous offre la vie. Il dit : « Je suis vivant, dit le Seigneur, l'Éternel, si je prends plaisir en la mort du méchant… mais plutôt à ce que le méchant se détourne de sa voie et qu'il vive ! Détournez-vous, détournez-vous de vos mauvaises voies ; et pourquoi mourriez-vous ? » (Ézéchiel 33,11). Pourquoi rejeter la vie qu'on vous offre ainsi ? Allez-vous encore vous obstiner ? « Cieux, soyez étonnés » (Jérémie 2,12) ! Vraiment, s'il y a jamais eu quelque chose qui ait rempli l'univers d'étonnement, c'est le pécheur qui rejette la miséricorde. Les anges ont été étonnés quand ils ont vu le Fils de Dieu devenir homme, et quand ils l'ont vu cloué sur le bois ; combien plus maintenant, en voyant le pécheur coupable, condamné à l'enfer, repousser avec mépris le pardon qu'on lui offre ! Que voient-ils ? Ce pécheur qui remet à plus tard, encore et toujours, qui tarde et tarde encore, jusqu'à quoi ? Jusqu'à ce que tombe le dernier rideau, et que la grande cloche sonne, sonne, sonne le glas terrible de la mort éternelle du pécheur ! Où est ce pécheur ? Suivez-le : le voilà qui descend, en pleurant, en gémissant, le long des parois de l'abîme ; il arrive à sa demeure définitive ; le voilà parti « en son propre lieu » (Actes 1,25), maintenant et pour toujours ! La miséricorde l'a suivi jusqu'au dernier bord du précipice, et ne pouvait pas aller plus loin. Elle a fait sa part.
Et si un esprit venait de la gloire du ciel pour vous parler cinq minutes, un proche par exemple, peut-être votre mère : que vous dirait-elle ? Ou un esprit venu de ce monde du désespoir : oh, si un tel esprit pouvait exprimer les terribles réalités de cette prison, que dirait-il ? Vous dirait-il que le prédicateur vous a raconté des mensonges ? Dirait-il : « Ne vous laissez pas effrayer par ces histoires d'horreur inventées » ? Oh non ; il vous dirait qu'on ne vous en a pas raconté la moitié, et qu'on ne pourra jamais le faire. Oh, comme il vous presserait, s'il le pouvait, de « fuir la colère qui vient » (Matthieu 3,7) !
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).